Trois livres qui ont incité Mikhaïl Boulgakov à devenir écrivain

Heritage Images/Getty Images; Robert Laffont; Édition La Bibliothèque digitale; Édition de Michel Aucouturier
Avant de se faire un nom en tant qu'écrivain de génie, Mikhaïl Boulgakov a travaillé comme médecin. Son chemin vers le succès littéraire plonge ses racines dans son amour pour la littérature russe classique. Il y avait beaucoup de livres dans la bibliothèque de Boulgakov, mais seuls quelques-uns ont laissé une empreinte profonde sur l'auteur du Maître et Marguerite.

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La sœur de Mikhaïl Boulgakov, Elena, a rappelé que leurs parents n'avaient jamais bombardé les enfants de questions agaçantes du type : « Qu'est-ce que tu lis ? » ou « Où as-tu trouvé ce livre ? ».

« Nous avions toutes sortes de livres », a déclaré Elena. Mikhaïl aimait lire des poèmes d'Alexandre Pouchkine et des romans d'aventures de James Fenimore Cooper. Il s'est essayé à l'écriture alors qu'il était encore adolescent. Il a écrit des nouvelles sur les habitants de la ville.

« Quoi que vous fassiez, ne lisez pas les journaux soviétiques avant le déjeuner », a conseillé Boulgakov dans son tour de force dystopique Cœur de chien (écrit en 1925, il n’a été officiellement publié en URSS qu’en 1987). Cette phrase est devenue la devise de plusieurs générations de jeunes soviétiques. Boulgakov a lui-même renoncé à lire les journaux soviétiques, optant à la place pour la littérature classique.

Les racines littéraires de Boulgakov remontent au XIXe siècle. Sa bibliothèque personnelle regorgeait de chefs-d'œuvre de grands écrivains russes dont Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï, Nikolaï Nekrassov et Ivan Bounine.

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Mais trois auteurs avaient très probablement un « ADN littéraire » similaire à celui de Boulgakov. L'auteur de la Garde blanche est revenu à ces livres maintes et maintes fois pour trouver des réponses à ses questions existentielles.

Contes de Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine

L'écrivain satirique Saltykov-Chtchedrine a eu une « influence extraordinaire » sur Boulgakov, surtout au début de sa carrière. « Quand j'étais jeune, j'ai décidé de prendre les choses avec une bonne dose d'ironie », a déclaré Boulgakov, notant que le satiriste avait joué un rôle majeur dans la formation de sa vision du monde.

Boulgakov a commencé à se familiariser avec les œuvres de Chtchedrine à l'âge de treize ans environ. « J’ai vraiment aimé ces œuvres et j’y revenais tout le temps. » Plus tard, composant des feuilletons mordants juste pour le plaisir, Boulgakov a déclaré qu'il « imitait les techniques de Saltykov et obtenait immédiatement des résultats ». Plus d'une fois, se souvient Boulgakov, il s’est querellé avec des gens et a dû écouter les reproches amers de ceux dont il se moquait dans ses écrits.

La critique au vitriol de Saltykov-Chtchedrine lui a valu une place particulière dans le cœur des lecteurs. Aucun écrivain n'a critiqué, ridiculisé et déconstruit la réalité russe aussi impitoyablement et implacablement que Saltykov-Chtchedrine ne l'a fait dans ses œuvres mordantes. Le physiologiste et révolutionnaire russe Ivan Setchenov (1829-1905) a un jour porté un toast à Saltykov-Chtchedrine, le décrivant comme « le plus grand diagnosticien ». Mikhaïl Boulgakov, lui-même médecin de formation, a loué cette capacité rare.

Saltykov-Chtchedrine a passé une grande partie de sa vie à travailler au sein d’agences gouvernementales. Il a toujours cherché à dénoncer la corruption et la stupidité, la cupidité et l'hypocrisie, le vol et la trahison. 

Ses fables et contes satiriques, tels que La Conscience perdueLe Lièvre désintéressé  et Les Voisins, écrits dans les années 1880, ne sont pas des histoires pour enfants. C'est un instantané d’une société engluée dans la faiblesse humaine, la stupidité bureaucratique et une cupidité profonde. Les contes de Saltykov-Chtchedrine sont de petits bijoux de satire qui ont résisté à l'épreuve du temps.

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Lettres et journaux d'Anton Tchekhov

« Il faut autant de temps pour ressentir le bonheur qu'il n’en faut habituellement pour remonter sa montre », estimait Anton Tchekhov. Tchekhov, l'un des plus grands dramaturges de l'histoire, a en outre été un « aimant » intellectuel sans précédent pour Boulgakov.

À ses débuts, les écrits de Tchekhov étaient « lus et relus, constamment cités, et ses pièces en un acte mises en scène plusieurs fois » par l’auteur de la Garde blanche, a raconté la sœur de Boulgakov, Nadejda.

La deuxième épouse de Boulgakov, Lioubov Belozerskaïa, a également rappelé que son mari traitait Tchekhov avec une crainte et un amour particuliers – « cette sorte d'amour affectueux que vous éprouvez pour votre frère aîné studieux. »

Les motifs littéraires de Tchekhov ont trouvé une place dans les œuvres de Boulgakov. Les deux écrivains ont exercé le métier de médecin. L'auteur du Roman théâtral connaissait les écrits de Tchekhov comme les siens, admirait ses cahiers et connaissait par cœur nombre de ses lettres. « Comme c'est agréable de rester à la maison, la pluie battante tombe et vous savez qu'il n'y a pas de personnes toxiques et ennuyeuses dans votre maison », a écrit l'auteur de La Mouette dans ses journaux intimes. Quelque 130 ans plus tard, les observations philosophiques de Tchekhov sont toujours aussi pertinentes.

Le Révizor de Nikolaï Gogol

Bien que Gogol (1809-1852) et Boulgakov (1891-1940) soient nés à des époques différentes, leurs noms se côtoient souvent.

« Parmi les écrivains, je préfère Gogol », a déclaré Mikhaïl Boulgakov, cité par l'un de ses biographes.

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Dans ses lettres, Boulgakov faisait souvent référence à l'auteur du Nez (la nouvelle la plus absurde de la littérature russe) comme son maître, et il est plus tard devenu le successeur de ses traditions littéraires. Nikolaï Gogol était l'un des auteurs préférés de Boulgakov. Il a lu pour la première fois la grande œuvre de Gogol, Les Âmes mortes, alors qu'il n'avait que neuf ans. Campé dans la première moitié du XIXe siècle dans l'arrière-pays de l'Empire russe, il évoque un fonctionnaire à la retraite, Pavel Tchitchikov, qui arrive dans une petite ville russe dans le but d'acheter des « âmes mortes », des paysans décédés mais répertoriés sur le papier.

Le roman de Gogol a eu un tel impact sur Boulgakov qu’il a écrit une sorte de suite, intitulée Les aventures de Tchitchikov. L'intrigue du récit satirique (publié en 1922) envisage la « téléportation » des personnages de Gogol dans la Russie soviétique. Boulgakov a également écrit une adaptation théâtrale des Âmes mortes.

En outre, la pièce satirique de Gogol Le Révizor figurait en tête de la liste des livres préférés de Boulgakov.

Le Révizor raconte tout ce que vous devez savoir sur la bureaucratie florissante de l'Empire russe, avec une bonne dose d'ironie et d'esprit sardonique. Des fonctionnaires profondément corrompus d’une ville de province découvrent que le gouvernement envoie un « auditeur » pour réaliser une inspection. La nouvelle fait l’effet d’une bombe, tout le monde se dépêchant de cacher ses mauvaises actions pour se montrer sous son meilleur jour lorsque le « méchant flic » arrivera. L'idée de confusion d'identité occupe une place centrale dans ce roman, qui est certainement le plus grand chef-d'œuvre de Gogol.

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