«Le pèlerinage de l’âme»: exposition parisienne et voyage dans le Nord de la Russie

Le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe de Paris accueille jusqu’au 7 octobre une exceptionnelle exposition renfermant de précieuses reliques provenant du Nord de la Russie. Costumes traditionnels et anciens objets du quotidien richement ornés attendent ainsi les visiteurs.

Une exposition de peintures, d’objets d'art populaires et de costumes traditionnels russes, vieux, pour certains, de 300 ans, a été inaugurée au Centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris dans le cadre des Journées européennes du patrimoine, célébrées cette année le week-end des 15 et 16 septembre.

Les objets exposés proviennent de la collection de l'artiste et collectionneur, passionné du Nord russe, Ivan Glazounov, président de l'Académie des beaux-arts de la Fédération de Russie. « Je voulais montrer ce qui m'est cher en Russie, ce que j'aime. J’espère que j’ai pu transmettre mon ressenti par les couleurs et les sons et créer une certaine image du pays à travers la mémoire matérielle, les objets réels qu’on peut toucher », confie l’artiste, expliquant le concept de l’exposition.

Le costume russe dans toute sa splendeur est représenté dans les tableaux du peintre, mais également en version grandeur nature. Selon Ivan Glazounov, le costume traditionnel russe est un phénomène assez bien connu, néanmoins les expositions qui mettent en scène d’authentiques anciens habits traditionnels suscitent toujours beaucoup de curiosité de la part public, y compris en Russie, de par leur rareté due à la complexité d’organisation de ce genre de manifestations. Les pièces anciennes sont fragiles et demandent de l’entretien ainsi que des manipulations particulièrement délicates.

L’exposition actuelle comprend des objets exceptionnels : des costumes, fabriqués et portés durant la période entre le milieu de XVIIIe et la deuxième moitié du XIXe siècles. Ce sont des ensembles sophistiqués, ayant appartenu à des paysans aisés ou des commerçants résidant dans les environs de grandes villes du Nord de la Russie : Nijni Novgorod, Vologda, Arkhangelsk, Kostroma. Les costumes traditionnels de ces régions se distinguent par les ensembles comportant comme pièce principale le sarafane (une longue et ample robe brodée à bretelles larges).

Ces pièces font partie de la collection privée du peintre, qui, depuis ses années d’études, toujours en compagnie de sa femme, la réalisatrice Ioulia Glazounova, voyage régulièrement dans le Nord de la Russie à la recherche de nouveaux sujets et d’inspiration, ainsi que d’objets anciens.

« Dans les régions de Vologda et d’Arkhangelsk, encore récemment, il était possible de trouver en possession des familles, surtout des personnes très âgées, des objets gardés parfois depuis des siècles. Lors de mes rencontres avec les gens sur place, j'ai reçu de nombreuses pièces rares en cadeau, ce qui, bien sûr, est un vrai bonheur pour un collectionneur passionné, car derrière chaque objet se cache une histoire, des générations de personnes et de destins. C’est tout un monde dans lequel on se plonge », raconte l’artiste.

Il remarque néanmoins que les régions du Nord de la Russie ont tendance à se dépeupler, entrainant la disparition de l’artisanat et de ses compétences ancestrales. C’est pour cela aussi que l’exposition est imprégnée de nostalgie pour les temps anciens, pour le mode de vie, marqué par les rituels transmis de génération à génération, pour les traditions perdues, pour tout un monde de la paysannerie russe qui disparait définitivement.

« C’est triste et en même temps j’éprouve la joie de pouvoir participer à la sauvegarde des artefacts de ce monde en voie de disparition et de partager cette partie de la culture russe avec les autres, comme aujourd’hui avec les Français dans le cadre de l’exposition au Centre Culturel et Spirituel russe à Paris. Pour moi c’est une mission et obligation en même temps d’essayer de préserver, de retenir le meilleur de ce que le monde ancien nous a laissé en héritage », avoue Ivan Glazounov.

Le personnage féminin occupe assurément une place prépondérante dans cette exposition, y compris dans les tableaux de l’artiste, mais des objets, qui autrefois accompagnaient la femme dans ses besognes quotidiennes, et qui n’ont toujours pas perdus leurs fonctionnalités, méritent tout autant l’attention des visiteurs. Parmi eux, des coffres et des coffrets en bois peints du XVIIe siècle, étonnamment bien conservés jusqu'à nos jours, de vraies reliques, qui témoignent que le peuple du Nord apportait de la gaieté dans son quotidien, souvent rude et éprouvant, en créant de beaux objets, richement décorés, habités par les personnages des légendes et des contes populaires.

Un autre objet étonnant en provenance de Kholmogori (village natal de Mikhaïl Lomonossov) est une malle du XVIIe siècle, recouverte de fourrure de nerpa (phoque d'eau douce). Ces malles ont été très prisées par les commerçants itinérants des pays de l’Europe du Nord. Parfaitement imperméable, solide, et en même temps jolie, elle servait aussi bien pour les voyages par temps humide et neigeux, que pour décorer les intérieurs des maisons.

Ou encore une grande louche en bois du XVIIe, recouverte d'une peinture graphique d'influence iranienne russisée. C’est incroyable, comment un tel objet a survécu aux guerres et aux incendies, aux vols et autres phénomènes destructeurs dont l’histoire des campagnes russes est tellement riche. « C’est aussi rare que des objets en verre, venus de l’Antiquité », affirme le collectionneur.

Cette exposition, qui accueille le public jusqu’au 7 octobre, est accompagnée de la projection en continu d'une vidéo, créée à partir des enregistrements réalisés par le couple des artistes Glazounov lors de leurs nombreuses expéditions dans des coins reculés du Nord de la Russie.

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