Proxima, nouvelle étape de la collaboration spatiale internationale

19 novembre 2016 Vivien Destro, pour RBTH
Dans la nuit du 17 au 18 novembre, le vaisseau russe Soyouz MS-03 s’envolait pour la Station spatiale internationale (ISS). À son bord, le commandant russe Oleg Novitskiy, l’américaine Peggy Whitson, et le spationaute français Thomas Pesquet ont signé une nouvelle page de la collaboration spatiale internationale.
Soyouz MS-03
Soyouz MS-03 Crédit : Roscosmos/Facebook

En cette année qui marque le 50e anniversaire de la coopération spatiale entre la Russie et la France, le 10e spationaute français a été envoyé dans l’espace dans le cadre de la mission scientifique Proxima. Pendant six mois, Thomas Pesquet réalisera de nombreuses études portant principalement sur la vie dans l’espace : modalités de déplacement dans la station, suivi médical, nutrition, étude du système nerveux en apesanteur, mesure de l’exposition aux radiations, etc. Des expériences seront aussi menées avec des jeunes, afin de susciter des vocations. Enfin, une sculpture de papier, réalisée par Eduardo Kac, sera installée dans la station spatiale. 

Ce vol n’est pas exceptionnel au vu des missions qui lui sont confiées, mais par le contexte dans lequel il a lieu. En effet, les tensions diplomatiques entre la Russie et ses partenaires occidentaux n’ont jamais été aussi fortes. Pourtant, afin de maintenir leur présence à bord de l’ISS, les États-Unis et l’Europe, qui ne disposent pas de leurs propres vaisseaux spatiaux, sont contraints de négocier le prix des places de leurs astronautes dans les Soyouz russes. Cet apport financier permet ainsi aux Russes d’amortir le coût de leur programme spatial. Cette situation crée une interdépendance qui permet la poursuite d’un dialogue entre ces acteurs aux intérêts géostratégiques divergents. Et c’est la figure sympathique de Thomas Pesquet, spationaute de l'ESA formé à Houston et à Moscou, qui incarne le relais de la collaboration spatiale entre les États-Unis, la Russie et l'Europe. 

Inconnu du grand public il y a encore quelques mois, les Français ont depuis découvert leur nouveau héros au travers de nombreux reportages diffusés dernièrement. Thomas Pesquet contraste fortement avec le climat actuel : s’exprimant avec intelligence et modestie, il peut aussi compter sur son physique d’athlète et son large sourire pour dynamiser les audiences et sensibiliser petits et grands aux bénéfices de la conquête spatiale. Sa page Facebook permet à tous de vivre le quotidien incroyable de ce Français pas comme les autres. On a pu y suivre sa longue et exigeante préparation, ses voyages incessants à travers la planète, ses anecdotes croustillantes. Désormais, nous pourrons l’accompagner tout au long de ses six mois de mission à bord de l’ISS. 

Départ de la mission

Comme à l’approche de chaque lancement, la petite ville de Baïkonour, enclave spatiale russe dans le sud-ouest du Kazakhstan commence à s’agiter. On y croise des ingénieurs, des techniciens, des scientifiques, des journalistes et des touristes qui échangent dans de nombreuses langues. Au soir du 17 novembre, tout ce petit monde se déplace vers l’hôtel des cosmonautes, situé en bordure de la ville. La foule assiste à la sortie de l’équipage du Soyouz derrière un cordon sanitaire, afin d’éviter toute contamination microbienne. Les Français, très émus, sont nombreux à assister à la scène. Toute la famille et les amis de Thomas Pesquet sont là et lui souhaitent un bon voyage en chanson.

L’astronaute américaine Peggy Whitson, le commandant russe Oleg Novitskiy et le spationaute français Thomas Pesquet. Roscosmos/Facebook

L’astronaute américaine Peggy Whitson, le commandant russe Oleg Novitskiy et le spationaute français Thomas Pesquet.

Le cosmonaute russe Oleg Novitskiy, l’américaine Peggy Whitson, et le spationaute français Thomas Pesquet. Roscosmos/Facebook

Le cosmonaute russe Oleg Novitskiy, l’américaine Peggy Whitson, et le spationaute français Thomas Pesquet.

 
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Quelques heures plus tard, nous retrouvons l’équipage, cette fois-ci harnaché de combinaisons spatiales et d’une surcouche pour les protéger du froid. Selon la tradition, les cosmonautes s’avancent pour aller saluer les autorités et sont acclamés par la foule. Puis ils montent dans le bus et s’en vont vers le pas de tir. Nous les retrouvons à l’écran lorsque nous prenons place dans les tribunes. De longues minutes s’écoulent sous le vent glacé de la steppe kazakh, tandis que les procédures de préparation se terminent. Deux minutes avant le lancement, on voit Thomas Pesquet signaler quelque chose au commandant Novitskiy : l’une des sangles qui le maintient en position fœtale n’est pas bien positionnée. Peggy Whitson tente de la replacer, c’est finalement le Russe qui, à moins d’une minute du lancement, résout le problème grâce à son stylo. 

Le moment fatidique approche, silence total dans les tribunes. Soudain, les moteurs se mettent en marche. Ils fonctionnent à bas régime, afin que l’on puisse s’assurer de leur bon fonctionnement. Puis ils donnent toute leur puissance : une énorme boule de feu entoure le lanceur Soyouz, qui s’extrait des quatre bras qui le maintiennent à la verticale. La lumière aveuglante, le bruit déchirant, le souffle des moteurs abasourdissent le spectateur. Puis après quelques secondes, les Français exultent : «  Allez Thomas! ». À chaque séparation d’un étage du lanceur, c’est l’enthousiasme et l’on applaudit. Puis après neuf minutes, Soyouz atteint sa première orbite à une altitude de 220 km. En deux jours, le vaisseau passera à une orbite située à plus de 400 km d’altitude et s’arrimera à l’ISS.

Pour Thomas Pesquet, une incroyable aventure commence. Pour sa famille, ses amis, et ses compatriotes, c’est la source d’une immense fierté et un exemple que ne manqueront pas de suivre les générations à venir. 

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