La croisade de Richard McLaren contre la Russie: deuxième épisode

Richard McLaren présente la seconde partie de son rapport sur le dopage en Russie.

Richard McLaren présente la seconde partie de son rapport sur le dopage en Russie.

Reuters
Le chef de la commission indépendante de l’Agence mondiale antidopage (AMA) Richard McLaren a affirmé que le scandale de dopage en Russie entraînait dans son orbite plus d’un millier de sportifs russes.

Après un court moment de répit, le sport russe se retrouve de nouveau à la Une de tous les journaux. Le scandale de dopage, qui semblait s’être apaisé avec la fin des Jeux olympiques de Rio, refait surface : l’avocat canadien Richard McLaren a présenté le 9 décembre à Londres la seconde partie du rapport de la commission indépendante de l’AMA où la Russie est accusée d’avoir créé un système « sans précédent de dopage institutionnalisé ».

Des chiffres choquants

Richard McLaren a rendu publics des chiffres ahurissants. Selon lui, de 2012 à 2014, plus de mille sportifs russes ont été entraînés dans des manipulations de substitution d’échantillons et ce, avec le soutien de fonctionnaires et des services secrets russes. À partir des JO de Londres en 2012, les échantillons de contrôle étaient remplacés à tous les grands tournois, y compris au championnat du monde d’athlétisme qui s’est déroulé en août 2013 à Moscou, a-t-il affirmé. La commission de l’AMA a également découvert, toujours d’après Richard McLaren, l’ouverture de 96 tubes contenant les prélèvements de sportifs aux Jeux olympiques de 2014 de Sotchi et de 21 autres aux Jeux paralympiques.

À Londres, Richard McLaren a concrétisé les déclarations de la première partie de son rapport qui avait été rendu public le 18 juillet à Toronto. C’est là qu’il a déclaré pour la première fois que lors des JO de Sotchi le ministère russe des Sports remplaçait systématiquement, avec l’aide des services secrets, les échantillons « positifs ». Sa commission indépendante est arrivée à ces conclusions sur la base de l’expertise de 11 échantillons russes stockés à Lausanne. Les officiers de contrôle antidopage de l’AMA ont constaté des traces d’ouverture sur tous les tubes avec les prélèvements.

Dans son premier rapport, Richard MacLaren s’appuyait sur les faits rendus publics par l’ancien patron du Laboratoire antidopage de Moscou, Grigori Rodtchenkov, dans une interview accordée au mois de mai au New York Times. C’est en effet quelques jours plus tard qu’il a été décidé de mettre en place un groupe d’enquête sur la violation des règles antidopage par la Russie. Richard McLaren a été nommé à la tête de la commission.

Après la parution de la première partie du rapport, l’AMA a décidé d’écarter la Russie des JO de Rio. Le Comité international olympique (CIO) n’a pas soutenu ces mesures extrêmes, mais par la suite, l’équipe paralympique russe a été interdite de participation aux JO sur recommandation de l’AMA. Les fonctionnaires russes ont alors déclaré que le rapport ne citait aucune preuve concrète.

Y a-t-il des preuves ?

La deuxième partie du rapport se voit également reprocher le manque de faits concrets. « Aucune preuve » : c’est la phrase prononcée le plus souvent par les politiques et les fonctionnaires sportifs russes au cours des premières heures qui ont suivi la présentation du rapport. « Dans son discours, Richard McLaren n’a rien dit de nouveau sur le dopage en Russie. Il est seulement question +d’un millier de sportifs+, de lettres et de témoins quelconques », a écrit sur Twitter le chef de la commission de culture physique et des sports de la Douma (chambre basse du parlement russe), Mikhaïl Degtiariov.

L’irritation de la Russie est compréhensible : le pays espérait que cette fois-ci Richard McLaren baisserait le ton. D’autant plus qu’au cours des quatre mois qui se sont écoulés depuis la publication de la première partie du rapport, beaucoup a été fait pour rétablir la réputation du sport russe.

L’application de mesures anticrise a été confiée à une commission antidopage avec à sa tête Vitaly Smirnov, 81 ans, membre d’honneur du CIO. La commission a proposé d’introduire une responsabilité pénale pour incitation à l’usage de produits dopants et une loi ad hoc est entrée en vigueur en novembre dernier. En outre, elle a exclu le ministère des Sports des rangs des fondateurs de l’Agence antidopage russe (Rusada). À la veille du discours à Londres, Vitaly Smirnov, le plus prestigieux des fonctionnaires sportifs russes, a affirmé que Richard McLaren s’était dit satisfait des activités mises en place par la partie russe.

« La Russie a commencé cette année à lutter contre le système de dopage. C’est dommage si certains ne veulent rien remarquer », a indiqué Sergueï Kouchtchenko, représentant de la commission antidopage.

Richard McLaren a pour sa part affirmé aux journalistes que toutes les conclusions du rapport étaient fondées sur des preuves matérielles et non sur des dépositions orales. Dans le même temps, il n’a cité aucun nom concret de ceux qui seraient impliqués dans le truquage des échantillons, en déclarant qu’il avait remis toutes les informations à l’AMA et aux fédérations sportives. D’ailleurs, l’AMA a créé un site où il est possible de consulter les données de l’enquête. Les noms des sportifs ne sont cependant pas mentionnés, ils sont remplacés par un code.

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