Quand on aide les Russes à prendre conscience de leur judéité

18 novembre 2016 Alexandre Tchernychov
Les trois quarts de la population juive ont quitté la Russie depuis le début de la perestroïka. Les jeunes Russie d’origine juive qui sont restés sont la cible des activités de différentes organisations juives d’action culturelle qui les aident à trouver une nouvelle identité ethnique et religieuse.

Un jeune Juif de Novosibirsk. Crédit : Alexandr Kryazhev / RIA NovostiUn jeune Juif de Novosibirsk. Crédit : Alexandr Kryazhev / RIA Novosti

Des russophones originaires de l’ex-URSS constituent aujourd’hui le quart de la population actuelle d’Israël. Une grande partie de ceux qui y ont émigré n’ont jamais parlé l’hébreu et ne se sont jamais considérés comme des juifs. C’est avant tout le souhait de quitter la Russie et l’intense activité d’organisations juives qui les ont aidés à trouver une nouvelle identité.

Le jeune État avait besoin d’augmenter sa population et les immigrés soviétiques cultivés étaient préférables aux immigrés venus d’Afrique du Nord. Depuis, le flux de migrants s’est réduit, mais les organisations juives continuent de déployer leurs activités ciblant les jeunes de Russie.

Un voyage tous frais payés en Israël ?

Ioulia Dobrina savait depuis l’enfance que sa grand-mère était juive, sans pour autant y avoir accordé de l’importance. « Maman ne reconnaissait qu’à contrecœur le fait de notre appartenance juive parce qu’elle craignait encore d’être humiliée », relate-t-elle. Un jour, la jeune fille se retrouva dans un séminaire organisé dans un centre de la jeunesse juive et s’enregistra en qualité de membre. Six mois plus tard, elle était invitée à faire un voyage gratuit de dix jours en Israël. « J’ai saisi cette chance », reconnaît Ioulia Dobrina. À l’issue d’une visite inoubliable, elle prit part au projet d’instruction pour la jeunesse juive Eurostars et affiche depuis son identité juive.

Anna Birinberg Crédit : Archives personnelles

Anna Birinberg

Ioulia Dobrina Crédit : Archives personnelles

Ioulia Dobrina

 
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Ce phénomène touche plusieurs milliers de jeunes chaque année. TAGLIT, fondation à but non lucratif qui offre un voyage éducatif de dix jours en Israël, est une bonne opportunité pour se convertir pleinement au judaïsme. Une attention qui a son importance lorsque la chute du rouble fait d’un voyage à l’étranger « un luxe inabordable ».

Selon Anna Birinberg, directrice du centre juif Hillel, les jeunes âgés de 18 à 26 ans et dont au moins l’un des grands parents est juif, peuvent profiter de tels voyages. Des documents doivent tout de même attester de leurs origines : il suffit, par exemple, de présenter la carte d’identité de sa grand-mère en mentionnant sa confession juive. Des groupes d’une quarantaine de jeunes font ainsi le tour d’Israël et visitent musées et sites historiques. Le programme est financé par des philanthropes, par l’État hébreu – qui puise dans les impôts de ses citoyens – et par des fondations intéressées.

Immersion totale

Toujours selon Anna Birinberg, à l’issue d’un tel voyage, la plupart des jeunes continuent d’avoir des relations avec des organisations juives en Russie, un ou deux partent vivre en Israël, quatre ou cinq y vont pour un semestre ou une année dans le cadre de l'un des programmes Massa. Le choix de programmes est énorme et va d’une étude approfondie de l’hébreu à une formation concrète, par exemple, moniteur de plongée sous-marine. L’État accorde aux jeunes une subvention leur permettant de payer entièrement ou partiellement leur séjour dans le pays, le temps de leurs études.

Daniil Machtakov semble avoir trouvé le programme qui lui convient : il habite depuis plus d’un an en Israël. « Massa m’aide à faire tranquillement connaissance avec le pays, à apprendre la langue sans avoir à faire face aux problèmes du quotidien. C’est sans doute le meilleur moyen de connaître Israël afin de prendre éventuellement la décision de s’y établir », reconnaît-il.

Daniil Machtakov Crédit : Archives personnelles

Daniil Machtakov

Michael Stavropolski Crédit : Archives personnelles

Michael Stavropolski

 
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Projets russes

Taglit et Massa sont des projets internationaux, mais il existe également des projets spécifiquement russes. L’un des plus connus est le projet d’instruction Eurostars. Michael Stavropolski, son directeur et le chef du club de la jeunesse juive Jewell, explique ainsi qu’Eurostars prend racine dans le projet Stars qui permet aux de bénéficier d’une bourse afin d’étudier les Torah.

Face aux nombreuses critiques sur le fait que la foi était ainsi subventionnée, il a été décidé en 2013 de remplacer ces bourses par un voyage en Europe à la fin d’une année d’études. Un bonus agréable, mais également un moyen de rapprocher les participants entre eux. Cette décision influa tant sur la qualité que la quantité des programmes d’étude qui dispose aujourd’hui d’un réseau ramifié de facultés constitué par les communautés formées dans presque tous les arrondissements de Moscou et dans les régions.

En 2013 le programme ne regroupait que 100 jeunes de 4 villes, mais l’année prochaine il faudra un paquebot pour embarquer les 1200 personnes venues de plus de 40 villes de Russie pour faire une croisière sur la mer Baltique.

Le judaïsme en Russie

Le judaïsme a connu une véritable renaissance en Russie après la disparition du rideau de fer, quand le pays a vu arriver plusieurs émissaires du Rabbi avec à leur tête Berl Lazar. Selon le recensement de la population russe de 2010, 157 800 habitants se reconnaissaient comme juifs. En réalité, les personnes d’origine juive sont des dizaines de fois plus nombreuses, mais soit elles ne le savent pas, soit elles ne veulent pas le dire à haute voix.

Travailler avec elles est l’objectif essentiel des organisations juives. Lioudmila Joukova, du Centre d’étude des religions de l’Université des sciences humaines de Russie, indique que les activités des communautés et organisations juives peuvent être qualifiées en quelque sorte d’œuvre missionnaire, sauf qu’elles sont ciblées non sur tous les citoyens russes, mais uniquement sur les juifs non religieux. « Cela étant, pour les jeunes qui se tournent vers le judaïsme, c’est avant tout un moyen de se trouver une identité », a-t-elle expliqué.

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