Un brise-glace nucléaire comme atelier de peinture

Viktor Kobzev.

Viktor Kobzev.

Vera Kostamo / RIA Novosti
Depuis de nombreuses années, Viktor Kobzev, ou simplement Tioubik (tube en russe) travaille en tant que peintre d’expédition durant les traversées d’été du brise-glace nucléaire 50 Let Pobedy. Pourquoi un officier de sous-marin, capitaine du second rang et journaliste militaire retourne-t-il en Arctique peindre les icebergs et les ours polaires ?

Depuis plusieurs étés, l’officier de sous-marin Viktor Kobzev, ou simplement Tioubik, voyage entre Mourmansk et le pôle Nord à bord du brise-glace nucléaire 50 Let Pobedy (50 ans de la Victoire).

Viktor Kobzev,&nbsp;l&#39;officier de sous-marin et l&#39;artiste.nVera Kostamo / RIA Novosti<p>Viktor Kobzev,&nbsp;l&#39;officier de sous-marin et l&#39;artiste.</p>n
Le peintre dans son atelier &ndash; un cagibi dans la proue du navire.nVera Kostamo / RIA Novosti<p>Le peintre dans son atelier &ndash; un cagibi dans la proue du navire.</p>n
 
1/2
 

Dans son atelier – un cagibi dans la proue du navire – des ours blancs voient le jour, des bateaux qui naguère partaient à la conquête de l’Arctique descendent des chevrons, des morses nagent et la glace acquiert sa couleur.

La mer a accompagné Kobzev toute sa vie durant : il est né en Crimée, a grandi Zapadnaïa Litsa (base navale de la flotte du Nord, région de Mourmansk, à 45 km de la frontière avec la Norvège) où servait son père, puis est devenu capitaine de second rang et officier de sous-marin, avant de servir sur des sous-marins nucléaires de la flotte du Nord et a de travailler en tant que journaliste militaire.

De sous-marinier à artiste

Pourtant, le désir de transmettre sa vision unique du monde n’a jamais quitté Viktor. Ainsi, sa vie est aussi intimement liée à la faculté d’art graphique de l’Université de pédagogie (Université Herzen) et l’Institut de peinture, sculpture et architecture Répine de Leningrad (actuel Saint-Pétersbourg).

C’est surtout la nuit que l’on peut retrouver Tioubik dans son atelier. L’endroit où  était accrochée une esquisse d’ours hier est actuellement vide. « Je ne me souviens plus ce que j’en ai fait. J’ai dû l’offrir ». Kobzev offre souvent ses tableaux.

Des œuvres de Viktor Kobzev. Crédit : Vera Kostamo / RIA NovostiDes œuvres de Viktor Kobzev. Crédit : Vera Kostamo / RIA Novosti

Les œuvres de Viktor Kobzev sont conservées dans les plus grands musées du monde, dont les musées russes l’Ermitage, le Musée russe et la Galerie de peinture de la région de Volgograd. Ils font également partie des collections privées de Margaret Thatcher, Tonino Guerra, François Mitterrand, la reine d’Angleterre Elizabeth II, Mstislav Rostropovitch et Galina Vichnevskaïa et Mikhaïl Gorbatchev.

« À l’âge de 60 ans, j’ai compris que j’avais des choses à dire au monde. Particulièrement aux enfants. J’ai des enfants qui viennent en cours, on peint, on fait des bêtises. Je m’amuse plus avec eux qu’avec les adultes », raconte Viktor en trempant une feuille pour l’eau-forte.

Son atelier est toujours bruyant. On entend la glace de plusieurs mètres de profondeur résister au navire. Viktor ne remarque pas le bruit après ses années de service dans la flotte sous-marine. Viktor connaît également les incendies et d’autres situations d’urgence à bord. Après la marine, il a cessé de craindre la mort – il prend sa vie comme une aventure.

La glace vit sa vie

« J’ai commencé en tant que géographe, j’aime tout. J’adore mon travail, pour être honnête. Regarde, là, c’est la rive qui plonge dans l’eau, puis dans rien, dans l’infini. J’aime les pierres, j’aime les reflets, les glaces en tant que sujet à part entière. La glace doit sans doute vivre sa vie. On ne peut pas comprendre si elle a une âme ou non. La mystique fait toujours partie du programme, ne serait-ce que dans nos têtes ».

Un soleil exalté taquine la mer de Barents. Il esquisse la gelée turquoise de l’eau sur plusieurs mètres avec ses rayons éclatants. Les blocs de glace épars cèderont bientôt la place à de la glace à perte de vue. La feuille, la toile, le papier à dessin avec le navire qui y trace son chemin. Et derrière, le peintre.

Une lettre à soi-même

À quatre heures du matin, Viktor travaille toujours. Il dit qu’il garde cette habitude depuis qu’il servait sur le sous-marin, c’était son heure de prise de service. « Imagine, j’ai retrouvé dans les esquisses une lettre que je me suis écrit à 18 ans. J’en ai presque 60 et rien n’a changé  ».

Dans sa lettre, Victor Viktor qu’il aimait les gens plus que tout au monde. C’est alors, à 18 ans, qu’il l’a compris et en a fait la principale règle de sa vie. Il écrivait : « Je me souhaite de la concentration et de la volonté. Après tout, tu veux devenir officier ».

On pourrait penser que tout est simple dans la mythologie de Tioubik. Les éléments et les contes s’y entremêlent. Les ours blancs sourient au printemps, les poissons tant aimés par l’artiste vaquent à leurs occupations, les chats regardent avec une sagesse autre que celle d’un chat. C’est l’éternel dans le banal que nous peinons souvent à remarquer.

Les toiles de Kobzev ont été exposées en Italie, au Japon, en Finlande, en Allemagne, aux Etats-Unis et en République tchèque – il a eu tant d’expositions qu’il ne se rappelle plus du nombre exact. Il a également eu une exposition à l’autre bout du monde, au pôle Nord. Dans un endroit qui n’appartient à personne tout en appartenant à tout le monde.
Tout comme les toiles de Tioubik.

Version abrégée de l’article publié en russe sur le site de RIA Novosti.

Lire aussi :

Le musée de l’Ermitage rend hommage à l’artiste belge Jan Fabre

Kabirski, un joailler daghestanais dans la cour des grands

Kollektsia ! L’art contemporain soviétique et russe s’expose au Centre Pompidou

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

Ce site utilise des cookies. Cliquez ici pour en savoir plus.

Accepter les cookies