Traces d’iode radioactif en Europe: la Russie impliquée?

28 février 2017 Alexeï Timofeïtchev
Les médias essaient d’établir la source des traces d’iode radioactif détectées dans l’air de l’Europe. Certains lient l’apparition du radionucléide iode 131 à la Russie, estimant que Moscou pourrait avoir effectué un essai nucléaire secret ou qu’un accident a eu lieu dans une centrale nucléaire russe. Toutefois, les experts sont convaincus que l’émission d’iode a une autre source.
The Kola nuclear power plant
Certains médias estiment que Moscou pourrait avoir effectué un test nucléaire secret. Les experts en doutent. Crédit : Roman Denisov / RIA Novosti

Selon les médias, la présence d’iode radioactif a été signalée dès la première quinzaine de janvier en Norvège, non loin de la frontière avec la péninsule de Kola (nord de la Russie occidentale). Dans les semaines suivantes, le radioélément a été également décelé dans l’air ambiant de plusieurs pays d’Europe occidentale et orientale.

Et bien que les médias citent une longue liste de pays européens touchés par les traces d’iode – de la Pologne à l’est jusqu’à l’Espagne à l’ouest –, il s’agit de teneurs minimales. L’information sur l’apparition d’iode radioactif a été rendue publique non par les pays scandinaves, mais par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) français.

Astrid Liland, responsable de l’Agence norvégienne de protection contre les radiations nucléaires, a déclaré au Barents Observer : « Les niveaux ne suscitent aucune préoccupation pour les humains ou l'environnement. Par conséquent, nous estimons qu'il n'est pas utile d'en parler ».

Or cet avis n’est pas partagé par tout le monde. Le quotidien britannique The Independent a publié un article liant l’apparition d'iode 131 radioactif à un éventuel « tir secret de missile nucléaire » par la Russie. Le Sun évoque pour sa part de possibles essais nucléaires dans le polygone russe situé en Nouvelle-Zemble et en Arctique.

Un millième de Fukushima

Alexandre Ouvarov, expert russe du secteur nucléaire et rédacteur en chef du site Atominfo, a confirmé dans une interview à RBTH qu’il s’agit de « teneurs infimes enregistrées uniquement par des appareils à capteurs sensibles et ne présentant aucun danger (pour la santé de l’homme) ». Les teneurs ne constituent qu’un millième de celles relevées après l’accident de Fukushima au Japon.

En outre, ce radioélément a une période de vie de seulement quelques jours, ce qui rend pratiquement impossible les tentatives visant à établir la source de pollution.

Dans ce contexte, Alexandre Ouvarov a ajouté que l’émission ne pouvait pas être la conséquence d’essais nucléaires. « En cas de test nucléaires, nous avons affaire non à l’iode, mais à un tas d’autres isotopes », a-t-il fait remarquer en ajoutant que c’était la même chose en cas d’accidents à bord de sous-marins.

Qui plus est, a-t-il poursuivi, dans les conditions actuelles il est impossible d’effectuer un essai nucléaire « en douce ». « La relance de tests nucléaires exigera d’immenses préparatifs technologiques. […] Dans le contexte de la transparence assurée par les satellites, il est impossible de transférer ne serait-ce qu’hommes et équipements en Nouvelle-Zemble. Les préparatifs de tests auraient été décelés six ou huit semaines à l’avance », a indiqué pour sa part à RBTH Dmitri Ievstafiev, spécialiste des problèmes de la non-prolifération nucléaire à la Haute école d’économie.

Le dernier essai remonte à 1990

Le dernier test nucléaire souterrain a été effectué en Russie il y a plus de vingt-cinq ans, en 1990. En 1996, Moscou a signé et ratifié le Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires. Depuis, aucune information officielle n’a fait état de l’intention de la Russie de revenir sur sa décision au sujet des essais souterrains d’armes nucléaires.

Les experts font également observer qu’un test souterrain aurait été enregistré par les nombreuses stations de surveillance sismique : les secousses ne seraient pas passées inaperçues.

Pour certains journalistes, l’hypothèse d’un essai nucléaire est étayée par l’apparition en Grande-Bretagne d’un avion américain WC-135 ayant pour mission de contrôler le taux de radiation dans l’atmosphère. Mais pour le moment, il reste dans les îles et n’approche pas des frontières russes.

En outre, de nombreux médias soulignent que les vols de cet avion au-dessus de l’Europe sont chose courante. Selon un responsable des forces aériennes américaines, l’appareil a été déployé en Europe aux termes de projets élaborés bien avant l’arrivée de l’information sur les traces d’iode.

Autre possibilité : utilisation d’iode dans la médecine

L’émission d’iode ne provient pas de la centrale nucléaire de la région de Mourmansk (Nord-Ouest) qui est frontalière de la Norvège, ni des brise-glaces nucléaires russes stationnant dans le secteur. Des représentants de la fondation Bellona (organisation non gouvernementale environnementale internationale) ont annoncé que les atomistes de Mourmansk les avaient assurés de l’absence de toute fuite. Et les écologistes estiment qu’il n’y a pas de raison de ne pas les croire.

Les experts russes sont certains que les traces d’un isotope isolé concret pointent plutôt vers le caractère industriel des émissions. D’après Alexandre Ouvarov, il peut s’agir d’une entreprise liée aux médicaments radio-pharmaceutiques.

« La médecine nucléaire est très développée en Europe qui compte un grand nombre d’entreprises de ce type », a-t-il noté, en rappelant que des concentrations anormales d’iode 131 avaient déjà été décelées dans l’air ambiant en 2011 : la source en était l’Institut de recherche sur les isotopes de Budapest.

Institut de recherche sur les isotopes de Budapest. Crédit : ReutersInstitut de recherche sur les isotopes de Budapest. Crédit : Reuters

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