Tir de missile nord-coréen: vers une course aux armements en Asie?

Kim Jong-un, leader de la Corée du Nord, lors du tir de missile balistique.

Kim Jong-un, leader de la Corée du Nord, lors du tir de missile balistique.

Reuters
La Corée du Nord vient de procéder au lancement d’un missile balistique, le premier de l’année et depuis l’investiture de Donald Trump. Ce tir risque d’aggraver la situation dans la région, ce qui est loin de répondre aux intérêts de la Russie, constatent les experts.

La Corée du Nord a procédé le 12 février au lancement d’un missile balistique de moyenne portée. L’engin a parcouru environ 500 kilomètres avant de terminer sa course en mer du Japon. Et bien que ce tir ne puisse pas être qualifié de succès éclatant, les États-Unis ont convoqué une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies. La démarche de Pyongyang a été vivement critiquée non seulement par les États-Unis, mais également par d’autres pays, dont la Russie.

Le ministère russe des Affaires étrangères a qualifié ce lancement de « mépris provocateur » des décisions de l’Onu qui interdisent à Pyongyang d’effectuer des essais nucléaires et balistiques. Moscou a exhorté toutes les parties concernées par le programme balistique nord-coréen à faire preuve de sang-froid, en soulignant que le problème ne pouvait être réglé que par voie politique et diplomatique.

Des Sud-Coréens suivent le tir du missile balistique nord-coréen. Crédit : ReutersDes Sud-Coréens suivent le tir du missile balistique nord-coréen. Crédit : Reuters

Frontière commune

La réaction de Moscou s’explique par sa préoccupation face à une éventuelle escalade des tensions, car la Russie et la Corée du Nord sont voisines.  Même si celle-ci ne fait qu’une quarantaine de kilomètres, les deux pays possèdent une frontière commune.

En cas de conflit nucléaire, le nuage radioactif qui se formera en Corée du Nord risque de se retrouver en territoire russe en raison de la rose des vents, a déclaré dans une interview à RBTH Iouri Morozov, du Centre des problèmes stratégiques de l’Asie orientale et de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à l’Institut de l’Extrême-Orient.

Moscou est en outre hostile à l’élargissement du club des puissances nucléaires. Or Pyongyang cherche par tous les moyens à se doter de l’arme nucléaire et de ses vecteurs, en y voyant la seule garantie de sa propre sécurité.

Dans son aspiration à se doter de missiles et de charges nucléaires capables d’atteindre des cibles aux États-Unis, la Corée du Nord fait la sourde oreille aux recommandations de la Chine, qui lui accorde pourtant une solide aide économique et politique. Pyongyang s’entête, persuadé que seul un parapluie nucléaire garantira sa sécurité contre une ingérence extérieure, a expliqué Iouri Morozov.

Dans le même temps, Pyongyang est parfaitement conscient que Pékin trouve lui aussi avantage à utiliser la Corée du Nord comme levier de pression sur les États-Unis et leurs alliés régionaux.

Toutefois, on ne peut parler d’une alliance ouverte de la Corée du Nord et de la Chine contre les États-Unis, car Pékin et Washington possèdent de solides relations économiques, a affirmé Leonid Goussev, du Centre des études de l’Asie orientale et de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à l’Institut des relations internationales de Moscou.

Intensification de la présence américaine ?

En cas de dérapage, Moscou ne voit aucun avantage à ce que les États-Unis intensifient leur présence militaire dans la région, où se situent leurs deux principaux alliés, la Corée du Sud et le Japon.

Dans le contexte actuel, estime Leonid Goussev, les États-Unis renforceront leurs positions militaires, au risque de déclencher une course aux armements régionale. D’autant plus que le nouveau président américain, Donald Trump, évoque régulièrement la nécessité de faire face à la Chine, a-t-il rappelé.

De ce fait, l’accroissement de la présence militaire américaine pourrait répondre au désir du chef de la Maison Blanche de mobiliser la puissance militaire des États-Unis afin de contenir une Chine qui ne cesse de monter en puissance ces dernières années.

Dans le même temps, Donald Trump s’est penché précédemment sur les moyens de réduire la présence militaire des États-Unis en Corée du Sud afin de réduire les dépenses militaires, a poursuivi Iouri Morozov.

Suite au défi lancé par Pyongyang, les États-Unis ne fermeront aucune de leurs bases, mais il ne faut pas non plus s’attendre à ce qu’ils en créent de nouvelles, a-t-il affirmé. Il existe « suffisamment » d’armements et de militaires américains tant au Japon qu’en Corée du Sud.

Au niveau militaire, Washington réagira vraisemblablement en intensifiant le déploiement de la défense antimissile américaine dans la région, a-t-il poursuivi. Les États-Unis ont déjà déclaré qu’ils prévoyaient de déployer des systèmes de missiles antibalistiques THAAD en Corée du Sud dès 2017.

Les experts sont dès lors unanimes à estimer que face au risque de dérapage autour des programmes nucléaire et balistique nord-coréens, la Russie redoublera de vigilance pour éviter coûte que coûte une dégradation des relations avec chacun des pays concernés.

Moscou suivra sa ligne politique traditionnelle sur cet axe : contribuer dans la mesure du possible au dialogue des parties, avant tout par le biais des Nations unies.

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