Toropets, une ville entre lacs, églises et légendes

Peggy Lohse
Lorsqu’on se promène dans la ville de Toropets, on ressent le passé pratiquement partout. Outre l’architecture ancienne de cette ville, les habitants adorent raconter des histoires des siècles passés.

Il est presque impossible de traverser le vaste lac Solomennoïé qui sépare la ville en deux si vous n’avez pas de bateau. Il faut plus de 30 minutes pour faire le tour du lac, aussi les habitants (qui s’appellent toroptchanié) ont rêvé d’un tunnel sous le lac pendant des siècles.

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Au Moyen-Âge, Toropets était une ville frontalière entre la Russie, le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie. Selon une légende urbaine, un tunnel souterrain  reliait l’île Rouge au monastère pour permettre aux civils et aux moines de s’y réfugier en cas d’attaque. À ce jour, les habitants, particulièrement les enfants, recherchent encore ce « passage secret vers l’autre rive ».

Toropets est une minuscule ville de province située dans la partie occidentale de la région de Tver (environ 500 km à l’ouest de Moscou). Quelque 15 000 résidents vivent au milieu de 300 lacs et de dizaines d’églises. Toropets est l’un de ces lieux où le temps semble s’être arrêté. Les habitants sont des chrétiens orthodoxes très religieux, mais aussi des citoyens actifs : ils prennent soin des rues qui ne sont pas toutes bétonnées.

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Ils sont nombreux à chercher les trésors des marchands du Moyen-Âge et le monastère aquatique dans le lac voisin d’Oudbiche. Ce lac de 20 mètres de profondeur est une source inépuisable de légendes locales. Comme pour le monstre de Loch Ness, les pêcheurs locaux affirment avoir vu un immense reptile ressemblant à un dinosaure nager dans le lac.

Parfois, des poissons volants étranges ont été pêchés dans l’Oudbiche. On ne peut ni confirmer ni infirmer ces légendes : peut-être que le lac d’Oudbiche étant le lieu de vacances favori des habitants, après de longs pique-niques avec de la bière, du kvas et des brochettes, on a simplement envie de croire.

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Aux XVIIIe et XIXe siècles, Toropets dépendait du gouvernement de Pskov et était une ville marchande florissante. Les commerçants y venaient de l’Est, des régions baltiques et de l’Ouest, comme en témoignent le vaste marché du centre-ville et la rue principale. Une légende urbaine affirme également que lors de leur retraite, les troupes napoléoniennes cachèrent d’innombrables trésors et des dizaines de coffres d’or près de Toropets.

Ces légendes sont appuyées par des preuves. En 1812, lorsque Napoléon pourchassait les troupes du commandant russe Peter Wittgenstein, il s’arrêta à quelques kilomètres de Toropets. Quand les troupes françaises avancèrent sur Smolensk, un large convoi de ravitaillement destiné à l’armée russe fut retrouvé à proximité de la ville. En août 1812, le gouverneur de Paris, le général Jean-Andoche Junot, fut capturé et emmené à Toropets. Personne ne saurait dire pourquoi Napoléon aurait caché le butin près de Toropets, mais les chasseurs de trésors sont aujourd’hui dopés tant par des faits historiques que par l’adrénaline et le romantisme.

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Ainsi, quand le 1er avril 1990, un quotidien local a annoncé la « découverte » du trésor napoléonien, les habitants enthousiasmés débattirent de la « nouvelle » avec le plus grand sérieux. Imaginez leur déception quand, dans le numéro suivant, ils ont lu le démenti de la rédaction.

Les chasseurs de trésors à Toropets recherchent souvent un autre artefact. Selon l’une des légendes locales les plus populaires, Catherine la Grande aurait offert une immense médaille en fonte aux marchands de Toropets. Elle était très en colère contre eux, comme en atteste le poids de la médaille – 1 474 kg. Les habitants avaient trompé leurs collègues allemands et leur avaient soutiré une importante somme d’argent, ce qui expliquait le mécontentement de l’impératrice. Les Allemands firent appel à Catherine, une enquête fut lancée, mais les marchands locaux parvinrent à confondre les enquêteurs, qui ne trouvèrent jamais de preuves.

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Finalement, l’impératrice régla la dette avec sa trésorerie personnelle. Plus tard, elle envoya une lourde médaille en fonte faisant allusion à Toropets. Depuis, la communauté locale a ce dicton : « Voulez-vous une médaille en fonte ? » qui signifie « Vous vous croyez si malin ? Parce que sinon, vous allez vraiment l’avoir ».

Comment s’y rendre

Prenez un train de Moscou à Velikié Louki et descendez à la station Staraya Toropa. Il faut environ 15 minutes pour rejoindre Toropets depuis Staraya Toropa en taxi. Le train régional Lastochka, qui vous amène de Moscou à Tver est également pratique.  Des bus et des marchroutka (minibus privés) relient Tver et Toropets tous les jours. 

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