Schengen : les visas biométriques changent la donne pour les touristes russes

Stand russe au salon international du tourisme IFTM Top Resa 2014. Crédit : Maria Tchobanov

Stand russe au salon international du tourisme IFTM Top Resa 2014. Crédit : Maria Tchobanov

Une table ronde a eu lieu du 23 au 26 septembre à Paris dans le cadre du salon international du tourisme IFTM Top Resa 2014. Un des points les plus importants abordés lors de cette rencontre a été l’introduction par l’Union européenne de procédures biométriques pour les demandeurs de visa désireux d’entrer dans l’espace Schengen, prévue pour 2015, et ses conséquences possibles.




Lors de cette table ronde, un accord de collaboration a été signé entre les Associations des tour-opérateurs russe (ATOR) et européenne (AETO), qui souhaitent coopérer en vue de simplifier les formalités de visas entre la Fédération de Russie et les pays membres de l’UE. Selon les représentants des associations professionnelles, l’initiative portant sur les visas biométriques est encouragée par les différends politiques entre Moscou et Bruxelles. Il s’agit d’un important pas en arrière dans le développement du tourisme entre les pays européens et la Russie. Pour les deux camps, l’industrie du tourisme doit dépendre le moins possible de la politique.

« Nous voulons que les dirigeants de nos pays comprennent l’importance et la valeur du tourisme afin de favoriser sa compétitivité dans toute l’Europe et en Russie. Il ne faut pas que ce secteur soit influencé par la politique », a souligné dans sa déclaration Nick Greenfield, directeur du département chargé des relations avec les opérateurs de l’AETO.



Conséquences négatives pour l’économie

Le vice-président de l’ATOR Vladimir Kantorovitch fait remarquer qu’avec l’introduction de la biométrie, les pays européens perdront près de 50 à 60% des touristes russes les premières années, ces derniers risquant de se rabattre sur d’autres destinations. D’après lui, il est physiquement impossible pour la majorité des Russes de se rendre à l’ambassade pour y laisser ses empruntes à chaque voyage. Pour l’habitant d’Omsk ou de Vladivostok par exemple, cette procédure sera très onéreuse à cause du prix des billets d’avion ou de train pour se rendre à Moscou ou d’autres villes, les représentations des pays étrangers étant trop éloignées.

Contexte

Le 1ier avril 2014, la Commission européenne a formulé une proposition visant à introduire pour une série de pays, dont la Russie, un visa de Schengen biométrique dans le cadre du Système d’information des visas, qui sera progressivement utilisé dans le monde entier. La Commission européenne n’a pas encore déterminé précisément quand le visa biométrique serait en vigueur avec la Russie, mais elle affirme que sa mise en place facilitera la procédure de délivrance de visas à long terme et à entrées multiples. L'introduction des données biométriques devrait débuter en Russie au deuxième trimestre de 2015.

 

« Cette situation ne changera en rien la criminalité en Europe mais se reflètera de manière très négative sur l’économie », estime M. Kantorovitch. « Près d’un million de touristes russes ont visité la France en 2013, par exemple. Si on divise ce chiffre par deux, l’Hexagone pourrait perdre 2,5 milliards d’euros par an, ainsi que de nombreux emplois. Sans efforts communs de l’ensemble de la filière du tourisme, il sera impossible de faire remonter le message jusqu’aux autorités », assure-t-il.



La Russie n’est plus une destination chère

La Russie doit également faire face à une série de difficultés dans le domaine du tourisme entrant. Selon M. Kantorovitch, jusqu’en septembre 2014, le nombre de touristes qui se sont rendus en Russie en provenance d’Europe a baissé de 70% par rapport à l’année dernière. Pourtant, étant donné la dévaluation du rouble, la chute de la fréquentation des hôtels et plusieurs autres facteurs, les conditions sont devenues plus agréables pour les touristes étrangers. La Russie n’est plus une destination chère.

« Cette baisse ne peut s’expliquer que par des raisons politiques », affirme Vladimir Kantorovitch. « La situation est déjà très mauvaise, et si l’on ne fait rien, elle empirera encore. L’Agence fédérale pour le tourisme et les ministères concernés doivent néanmoins faire face à la faillite des tour-opérateurs russes (selon les données de la société 2Gis, depuis le début de 2014, 120 sociétés touristiques russes ont mis la clé sous la porte, RBTH), mais ils ne voient pas que le tourisme entrant est en train de mourir dans le pays. Or, les acteurs de l’industrie du tourisme ne pourront pas survivre sans un soutien de l’État ».



« Il ne se passe rien d’effrayant en Russie »

Durant la table ronde, les tour-opérateurs français et russes ont présenté leurs nouvelles propositions et programmes pour accueillir les touristes étrangers en Russie et dans les pays de la CEI. En plus des parcours habituels (Moscou, Saint-Pétersbourg ou les villes de l’« Anneau d’or »), des destinations plus exotiques ont été évoquées : Baïkonour (Kazakhstan), les îles Solovki (au nord-ouest de la Russie), la Carélie, la Sibérie et l’Altaï.

« Pour attirer le touriste français moyen, il faut trouver des itinéraires innovants, proposer des trajets et services originaux », estime Isabelle Haas, directrice commerciale de l’agence Tsar voyages. « Mais le plus important est de s’occuper de chaque client individuellement et de le convaincre car les médias créent une image peu glorieuse de la Russie. Il s’agit de la principale difficulté ».

Selon Mme Haas, on a observé en Russie une hausse constante du nombre de touristes venant de France jusqu'au début de la crise russo-ukrainienne (jusqu’à 30% par an dans le cas de Tsar voyages), avant de connaître une chute depuis mars-avril 2014.

« Aujourd’hui, lorsque nous présentons des circuits à nos clients, nous sommes obligés de commencer par répéter que rien d’effrayant ne se passe en Russie, qu’on n’assiste pas à des fusillades dans les rues, que la sécurité des touristes n’est pas en danger et que la famine ne pointe pas à l’horizon », reconnaît Isabelle Haas.



Malgré toutes les difficultés, les associations de tour-opérateurs russe et européenne ne comptent pas rester les bras croisés. Ils prévoient même à court terme d’organiser ensemble des réunions de travail, des séminaires thématiques et des tables rondes où ils discuteront des solutions pour résoudre à ces problèmes. En outre, les tour-opérateurs comptent développer un code éthique relatif à leurs activités.

 

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