Un monument au concombre

La Russie a sa propre capitale du concombre, la ville de Lukhovitsy, située dans la banlieue de Moscou. Crédit : Itar-Tass

La Russie a sa propre capitale du concombre, la ville de Lukhovitsy, située dans la banlieue de Moscou. Crédit : Itar-Tass

Quoi de plus ordinaire qu'un concombre ? Ce légume vert et oblong venu d'Inde est connu de tous. Arrivé en Europe au Moyen-âge, il est devenu un produit de base de la plupart des cuisines. Pourtant, au fil du temps, les hommes se sont tant exercés à la préparation du concombre, qu'il est devenu l'origine même de concurrences entres différentes villes et pays. Des capitales du concombres sont apparues ; des endroits où le concombre est préparé « mieux que nul part ailleurs ». Il existe un tel lieu en Russie, la ville de Lukhovitsy.

Au nord de l'Ukraine, la petite ville de Nizhyn est considérée comme la capitale principale du concombre. Lors de son passage dans la ville, la Grande Catherine, impératrice qui par sa valeur peut être comparée au roi de France Louis XIV, a été tellement frappée par le goût des cornichons locaux qu'elle en a ordonné la livraison exclusive à la cour de Saint-Pétersbourg. Selon les agronomes, la qualité exceptionnelle des concombres de Nizhyn est due à la richesse du sol en ions d'argent.

Les habitants de la petite ville estonienne de Takhkurana et Shklova, une ville provinciale de Biélorussie prétendent également au titre de capitale du concombre. Aussi, les habitants du bourg de Berrien Springs, dans le Michigan, ont déclaré eux même leur ville être ni plus, ni moins la capitale mondiale des Pickles de Noël, des cornichons sucrés et confits dans du vinaigre...

La Russie quant à elle a sa propre capitale du concombre, la ville de Lukhovitsy, située dans la banlieue de Moscou. On l'appelait hameau de Gluhov jusqu'au XXeme siècle mais tout a changé lors de la construction de l'ancien chemin de fer de Moscou à Riazan, puis de l'autoroute de Tchéliabinsk, beaucoup plus récente mais économiquement très importante.

Lukhovitsy a commencé à se développer rapidement, et une usine d'aviation y a été construite dont les produits sont bien connus dans différents pays, comme le célèbre MiG 29. Les fabricants d'avions ont depuis longtemps cultivé les concombres sur des parcelles individuelles, d'autant plus que le climat y est favorable : beaucoup de jours ensoleillés, suffisamment d'eau, et les pluies s'écoulent sur 30 km de la ville, à l'embouchure de la Moskva dans la rivière Oka.

Ainsi était Lukhovitsy, petite ville industrielle semi-secrète, mais dans les années 90, l'industrie locale a commencé à éprouver des difficultés et les habitants ont dû exploiter au maximum leurs potagers. 

Les anciens ingénieurs aéronautiques se sont attelés à la culture des concombres aussi sérieusement qu'à l'assemblage des avions de chasse. Différents types d'arrosages ont été expérimentés, et dorénavant, les concombres sont uniquement arrosés à l'eau chaude, permettant la création d'environ 70 nouvelles variétés hybrides. Concrètement, en 10 ans les concombres de Lukhovitsy sont devenus célèbres dans toute la Russie.

D'ordinaire sans prétention en matière de cuisine, les Russes sont attirés par le concombre « fait maison » avec non moins d'engouement que les Italiens pour les pâtes ou les Suisses pour le fromage. La raison en est la recette originale, qui comprend des épices habituels comme l'ail et l'aneth mais aussi des feuilles d'arbres fruitiers et une haute qualité des matières premières.

Aujourd'hui, le légume local est cultivé selon tous les goûts et tous les paramètre possibles (salé ou en salade) et possède son propre monument, à l'inscription touchante : « A la reconnaissance des habitants de Lukhovitsy envers le concombre nourricier ». Plusieurs sites de fans y sont consacrés, ainsi qu'un festival annuel et même un musée.

La ville n'ignore pas les autres capitales du concombre mais les considère avec indulgence : Berrien Springs ne sera pas bombardé par les redoutables MiG 29 de Lukhovitsy.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

Plus d'histoires et de vidéos passionnantes sur la page Facebook de Russia Beyond.

Ce site utilise des cookies. Cliquez ici pour en savoir plus.

Accepter les cookies