Pourquoi la Russie utilise ses bombardiers stratégiques en Syrie

Un bombardier Tu-160 des Forces aérospatiales russes lance un missile de croisière Kh-555 dans le cadre de l'opération militaire contre l'EI.

Un bombardier Tu-160 des Forces aérospatiales russes lance un missile de croisière Kh-555 dans le cadre de l'opération militaire contre l'EI.

Ministère russe de la Défense
Les experts doutent du bien-fondé de l’implication de l’aviation à long rayon d’action pour frapper l’Etat islamique.

La Russie a pour la première fois utilisé des bombardiers stratégiques contre l’EI dans la ville syrienne de Raqqa, le 17 novembre dernier. Bien que ces avions long rayon aient fait usage leurs armes de grande précision dans les conditions de guerre réelles pour la première fois, les experts doutent du bien-fondé et de l’efficacité de l’utilisation de ces appareils dans le contexte syrien.

Missiles dernier cri contre les terroristes

Les porte-missiles stratégiques ont, pour la première fois, utilisé les missiles aériens stratégiques de croisière dernier cri Kh-101 dans des conditions de guerre réelles. La portée de ce missile peut atteindre 5 500 km.

Au cours de ces deux-trois dernières années, le groupe Tactical Missiles Corporation (qui comprend le bureau construction Radouga, concepteur du Kh-101) a lancé « une dizaine de nouveaux produits », dont des missiles longue portée, avait annoncé le directeur du groupe Boris Obnossov dès l’automne 2014. Il avait expliqué que son groupe s’approchait des Etats-Unis en matière de conception d’armes tactiques de haute précision à long rayon, les dépassant même dans certains domaines.

À ce titre, le pilonnage des positions des terroristes a pu servir de « baptême » pour ces nouveaux armements, comme cela a été le cas lors des lancements des missiles de croisière Kalibr (3M-54 Club) depuis les eaux de la mer Caspienne.

Mesure forcée

Les experts interrogés par RBTH estiment que l’utilisation de l’aviation à long rayon d’action contre l’EI peut être perçue comme un « acte de vengeance » pour l’attentat survenu à bord de l’avion de ligne Airbus-321 de la compagnie russe Kogalymavia, qui a fait 224 victimes le 31 octobre dernier.

« L’utilisation de l’aviation long rayon est un moyen naturel et la seule façon d’intensifier rapidement les frappes aériennes en Syrie. La base et le groupe de combat de Lattaquié tournent déjà à plein régime. Du point de vue militaire, en Syrie il n’y a tout simplement pas de cibles qui nécessiteraient vingt bombardiers stratégiques », nous explique Anton Lavrov, expert militaire indépendant et auteur du livre Les Chars d’août.

L’Amiral Kouznetsov, l’unique croiseur porte-avions lourd que compte la Russie, aurait pu servir de réserve à épauler le groupe de combat de forces aériennes russes en Syrie. Ce navire, qui porte à son bord 12 chasseurs multi-cibles MiG-29K capables de transporter des armes de haute précision et 14 chasseurs lourds Su-33 équipés de missiles non-guidés, aurait pu soutenir les forces aériennes russes depuis la mer, mais le croiseur se trouve actuellement dans la mer de Barents et accomplit des missions programmées dans le cadre d’un exercice de préparation militaire.

Andrien Nikolaïev, rédacteur en chef du site militaire spécialisé Military Paritet, estime que l’utilisation des bombardiers stratégiques vise à produire un effet de démonstration. « Soumis aux sanctions internationales, Moscou doit montrer ses muscles, c’est-à-dire ses capacités en matière de lutte contre le terrorisme, pour améliorer ses chances de voir ces sanctions levées », explique l’expert dans un entretien avec RBTH.

Il estime que c’est la raison pour laquelle la Russie a décidé de reproduire l’expérience militaire de l’aviation stratégique américaine en envoyant les bombardiers Tu-160 et Tu-95MC effectuer des frappes aériennes massives avec l’utilisation obligatoire des missiles de croisière. « Cependant, cette expérience est datée. Actuellement, les pays occidentaux utilisent efficacement des drones (Predator et Reaper) pour leurs frappes ciblées. Pour le moment, la Russie ne dispose pas de drones d’attaque. C’est pourquoi le pays est contraint d’utiliser ce qu’il a, même si c’est exagéré », explique Nikolaïev.

Vidéo du ministère de la Défense – bombardement depuis le Kh-101

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