Une mutation génétique permettra-t-elle de vaincre le sida?

11% de la population russe est partiellement ou totalement résistante au virus.

11% de la population russe est partiellement ou totalement résistante au virus.

Berti HANNA / Global Look Press
Les chercheurs ont découvert que 13% de la population russe est partiellement ou totalement résistante au VIH et donc au sida grâce à une mutation génétique.

Une résistance record à l’infection au VIH a été constatée chez les habitants du nord-ouest de la Russie par un groupe de 50 scientifiques. Selon leur étude, 13% de la population russe ne peut être contaminée par cette maladie dangereuse, et ce grâce à une mutation génétique. L’étude a été menée dans le cadre du projet Génomes russes, piloté par le Centre de bioinformatique de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg.

Les Russes ne sont pas les seuls dans ce cas, affirment les chercheurs : le processus de sélection de gènes résistants aux virus est en cours dans le monde entier. Chez les Scandinaves, la proportion de « mutants » s’élève à 16%. La France, l’Angleterre et l’Allemagne comptent 10% de personnes résistantes au VIH, l’Italie, la Turquie et la Bulgarie – 5%. On ne trouve aucun cas en Arabie saoudite, en Afrique et en Chine. Toutefois, les Afro-américains ayant des ancêtres européens affichent un taux de résistance de 2 à 5%.

Déroulement de l’étude

La recherche menée par l’équipe de l’Université de Saint-Pétersbourg s’est déroulée sur quatre ans. Pendant cette période, les chercheurs ont reçu 1 500 échantillons de matériaux génétiques provenant des Russes ethniques et de petites ethnies de Russie. 50 génomes d’habitants de la Russie ont soit été décodés par les chercheurs, soit obtenus via des sources en libres accès.

« Nous ne pensions pas trouver quelque chose d’inhabituel dans les génomes russes, nous voulions simplement que la Russie rejoigne le reste du monde en matière de recherches génomiques, explique Stephen O’Brian, professeur à l’Université de Saint-Pétersbourg et directeur du Centre de bioinformatique génomique, qui a coordonné l’étude des génomes russes. Actuellement, nous recherchons des biomatériaux à travers le pays et collaborons avec des chercheurs et les administrations régionales. Les chercheurs russes ont constitué des bio-banques pendant des années et partagent désormais leurs matériaux avec nous pour notre projet ».

O’Brian précise que l’étude des génomes russes aidera à retracer l’histoire des migrations et de la sédentarité des ethnies russes depuis le néolithique. Par ailleurs, dans un avenir proche, les données sur les génomes seront utilisées dans la médecine personnalisée.

Hommes-mutants : comment font-ils ?

La résistance à l’infection au VIH est constatée chez les personnes dont le gène CCR5 a muté. C’est grâce à ce gène que l’infection pénètre dans les lymphocytes T, un groupe de cellules complexe qui a pour fonction d’assurer la réponse immunitaire. Ce gène est la seule porte d’entrée du virus dans l’organisme humain et sa mutation rend impossible le développement du VIH dans le corps.

La mutation du gène est héréditaire et présente différents degrés d’efficacité contre le VIH. Chez ceux qui l’ont hérité d’un seul parent, le SIDA se développe 12 ans plus tard en moyenne. Par ailleurs, la moitié des personnes contaminées ne développe pas de lymphome, la maladie la plus répandue chez les personnes séropositives. Ceux qui ont reçu le gène de leurs deux parents sont immunisés contre le VIH.

O’Brian explique que la mutation du gène s’est produite il y a environ 100 000 ans, quand les Européens se sont séparés de leurs ancêtres africains et asiatiques. C’est pourquoi aujourd’hui, ils sont les seuls à présenter cette mutation, présente chez un Européen sur cinq.

Par ailleurs, cette mutation rend l’organisme humain invulnérable au virus de variole noire. Pour les chercheurs, cela signifie que pendant des siècles, la variole a constitué un levier de sélection naturelle des personnes au gène muté.

Comment obtenir le gène mutant ?

La recherche menée par O’Brian a été lancée au début des années 1980 par l’Institut national de santé américain, après l’apparition des premiers cas de contamination. Les chercheurs ne parvenaient pas à expliquer pourquoi certaines personnes contaminées par le VIH développaient le SIDA en un an et d’autres en 20 ans.

En 35 ans de travail, le groupe de recherche d’O’Brian a pu étudier une vingtaine de mutations qui, d’une manière ou d’une autre, bloquent le VIH. Il a pu constater que 90% de personnes ayant évité la contamination possédaient le gène ССR5 muté.

Les technologies modernes permettent bien plus que la transmission héréditaire du gène muté. Ainsi, en 2007, l’Américain Timothy Lay Brown, souffrant de SIDA et de leucémie, a reçu un don de moelle osseuse d’une personne ayant hérité la mutation de ses deux parents. Par ailleurs, le système lymphatique du patient a été irradié dans le cadre du traitement.

Sept ans plus tard, l’infection a entièrement disparu de son organisme. Aujourd’hui, il est la seule personne au monde à avoir vaincu le VIH. Cette méthode a désormais été corrigée afin d’éviter la réaction du « greffon contre l’hôte » et la mort des patients immunodéficients suite aux infections présentes dans la greffe des donneurs.

Aujourd’hui, la greffe de moelle osseuse est remplacée par l’implantation du gène muté dans les cellules médullaires du patient qui lui sont ensuite réintroduites. La recherche est toujours en cours.

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