L’odyssée franco-russe dans l’espace se poursuit

Préparation du premier tir de Soyouz en Guyane, le 15 octobre 2011

Préparation du premier tir de Soyouz en Guyane, le 15 octobre 2011

AFP / East News
L’accord de coopération spatiale signé en 1966 par l’URSS et la France a passé l’épreuve du temps : 50 ans plus tard, le partenariat entre les deux pays continue de se développer.

Le 25 juin 1966, le polygone de Tura-Tam (aujourd’hui le cosmodrome de Baïkonour) a vu débarquer le général de Gaulle, le premier chef d’État étranger à être accueilli dans le sanctuaire du programme spatial. Moscou voulait démontrer la puissance de ses fusées : le lanceur Vostok-2 avec un satellite météorologique à bord suivi de deux missiles balistiques ont quitté la Terre sous ses yeux. Cette visite au sommet, à objectif purement politique, fut le point de départ de la coopération franco-soviétique dans l’espace.

Ayant pris d’abord la forme d’échanges d’informations scientifiques et d’activités communes dans des domaines comme l’astrophysique et la météorologie de l’espace, la coopération s’est élargie progressivement à de nouveaux secteurs. Partageant les percées réalisées de part et d’autre,les spécialistes français et soviétiques sont parvenus à des connaissances nouvelles dans les domaines les plus différents. Le grand mérite en revient aux projets communs comme ARCAD 3 (interaction ionosphères-magnétosphères), BIOBLOC (médecine spatiale) et MOLNIYA-1 (télécommunications).

Nouveau format

Aujourd’hui, la France réalise la majorité de ses projets spatiaux dans le cadre de l’Agence spatiale européenne (ESA) dont elle est le deuxième plus grand contributeur après l’Allemagne. Toutefois, les axes de la coopération restent les mêmes, précise à RBTH l’Agence spatiale russe Roscosmos : lancements communs, formation de cosmonautes, installation d’équipements français et organisation d’expériences pratiques à bord d’engins russes, études spatiales fondamentales.

À titre d’exemple de projets réalisés avec succès en coopération avec la France, Roscosmos cite l’Ensemble de lancement Soyouz (ELS) au Centre spatial guyanais de Kourou. Un nouveau pas de tir pour les fusées russes y a été créé dans le cadre de ce partenariat. Car ce sont des Soyouz qui emportent dans l’espace les satellites du système européen de positionnement Galileo, du programme européen de surveillance de la Terre Copernicus et du programme Pléiades. Le recours aux lanceurs russes « a permis aux Français d’élargir la famille de leurs lanceurs et aux Russes d’augmenter leurs capacités de production », indique un représentant de Roscosmos. Selon lui, les Européens prévoient de remplacer les Soyouz par le nouveau lanceur Ariane-6, mais en attendant sa mise au point définitive, le Soyouz restera le deuxième lanceur d’Arianespace, derrière Ariane-5, et par la suite, espère Roscosmos, le lanceur de réserve.

Le partenariat se développe également dans le domaine des études médicales et biologiques. Ainsi, la capsule automatique russe Bion a fait récemment séjourner dans l’espace des souris françaises dans le cadre d’une étude sur les vols de longue durée. Roscosmos précise que ces études seront « poursuivies cette année pendant la mission de Thomas Pesquet qui réalisera des expériences pour des sociétés françaises ».

La politique entre parenthèses

La conjoncture économique et politique compliquée de ces dernières années a eu des retombées sur le partenariat relatif à l’exploration de l’espace. Le chef de la mission de l’ESA en Russie, René Pischel, a mentionné, dans un entretien avec RBTH, que les sanctions en particulier avaient affecté la coopération entre l’Europe et la Russie dans le domaine spatial. En effet, Moscou ne pouvant plus importer certaines pièces électroniques « à double usage » (civil et militaire), des changements se produisent dans la construction de nouveaux appareils spatiaux, ce qui entraîne un ralentissement des délais de livraison des nouveaux engins russes et se répercute sur les projets communs.

La situation économique a également eu un impact sur le secteur spatial russe dont le programme, pour 2016–2025, comporte notamment moins de projets que prévu. Certains, par exemple le départ d’un lanceur lourd ou le débarquement sur la Lune, ont été repoussés à plus tard. Toutefois, la crise n’a pas torpillé l’intérêt pour ce secteur, car le financement de la part de l’État reste stable. En effet, Moscou projette de lancer environ 150 satellites russes en dix ans, soit un nombre assez important.

L’essentiel, selon René Pischel, c’est le maintien à ce niveau du programme ExoMars, ce « volet important de la coopération entre l’ESA et la Russie », à côté de l’ISS. Le responsable a rappelé le lancement en mars dernier, dans le cadre de ce projet, d’un module orbital dont deux des quatre instruments scientifiques ont été mis au point par des chercheurs russes. En 2020, il est prévu de lancer vers Mars un astromobile dont la plateforme d’atterrissage sera réalisée par la Russie.

« Tout le monde est d’accord que la politique ne doit pas influencer les projets spatiaux, souligne René Pischel. Ces programmes doivent renforcer l’amitié et la coopération et non emporter les litiges terrestres » dans l’espace. C’est justement la même démarche rationnelle favorable audéveloppement du secteur qui a poussé Moscou et Paris à entamer leur coopération fructueuse dans les turbulentes années 1960.
Une fusée Soyouz VS01 sur le pas de tir de la base de lancement d’Arianespace à Kourou (Guyane française) en 2011.

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