À la conquête de Mars

Lancement de la mission depuis le cosmodrome de Baïkonour.

Lancement de la mission depuis le cosmodrome de Baïkonour.

ESA
Mars abrite-t-elle ou a-t-elle abrité une vie biologique ? Lancée le 14 mars depuis Baïkonour, la sonde ExoMars est appelée à apporter une réponse à cette question multi séculaire.

C’est parti pour le premier grand projet d’exploration spatiale conjoint entre la Russie et l’Union européenne (UE). La sonde ExoMars TGO (acronyme pour Trace Gas Orbiter) file désormais en direction la Planète rouge pour un voyage de sept mois. La mission conjointe entre l’Agence spatiale européenne (ESA) et sa contrepartie russe Roscosmos doit étudier l’atmosphère de Mars et déterminer en particulier l’origine du méthane détecté sur la planète.

La participation russe à ExoMars démarre en 2012, juste après l’abandon du projet de la NASA faute d’un budget suffisant. Appelé à la rescousse par l’ESA, Roscosmos prend la fusée en marche et devient le nouveau partenaire du programme. La Russie se charge de fournir son lanceur lourd Proton, une partie de l’instrumentation scientifique de l’orbiteur ExoMars TGO. Nouvelle mission, prévue pour 2018 : Roscosmos fournira encore un Proton, ainsi que le véhicule de rentrée et de descente sur Mars qui contiendra le rover (ou astromobile, véhicule d’exploration) européen. L’expérience russe sera cruciale pour l’ESA, qui est loin de jouir d’une pratique aussi riche que la Russie en matière de vols automatisés.

En vérité, l’invitation de l’ESA n’a pas immédiatement fait mouche à Moscou, comme le rappelle l’expert de l’espace Anatoli Zak. « La proposition [européenne, ndlr] était controversée étant donné que la Russie avait depuis longtemps abandonné l’usage du Proton pour les missions scientifiques, en raison de son coût élevé et de la forte demande commerciale pour ce lanceur ». Au départ, Moscou n’était pas chaud pour ne figurer que comme « transporteur », recevant en échange quelques informations scientifiques. Après une série de négociations, Roscosmos obtint une plus grande intégration scientifique et technique dans ExoMars et un accord final fut trouvé fin 2012. 

ExoMars permet aux Européens de repartir à la conquête de Mars après un premier succès en 2003, et aux Russes de caresser leur rêve d’explorer la Planète rouge. La collaboration a traversé sans encombre les importants remous politiques créés par les sanctions réciproques que s’imposent l’UE et la Russie depuis 2014. Depuis l’espace, les frontières politiques sont invisibles.

« C’est la première coopération à grande échelle entre l’ESA et Roscosmos », a indiqué Lev Zeleny, directeur de l’institut des recherches spatiales à l’Académie des sciences de Russie, à Rossiyskaya Gazeta. Le rôle de la Russie sera plus important dans la deuxième phase : elle créera une plateforme d’atterrissage permettant au rover européen Pasteur d’atteindre la surface de la planète. « Un ensemble d’équipements scientifiques fabriqués en Russie seront installés sur cette plateforme, qui permettront son utilisation sur Mars. En outre, la Russie équipera le rover de deux instruments scientifiques et de générateurs thermoélectriques radio-isotopiques », poursuit M. Zeleny.

Deux stations russes terrestres seront utilisées pour le pilotage des appareils. « ExoMars est la première collaboration importante entre les deux agences spatiales, où il n’est pas seulement question d’installation d’équipements sur des appareils, mais de travail conjoint du début à la fin », note l’académicien. Une des difficultés auxquelles devront faire face les équipes consiste à harmoniser les approches et les protocoles différents utilisés en Europe et en Russie dans la conception et l’approbation des projets spatiaux. 

Roscosmos veut utiliser l’expérience de forage sur deux mètres de profondeur qui sera réalisé par Pasteur pour ses futures expéditions lunaires, précise-t-il. « Pour ne pas réinventer la roue et économiser les ressources, nous négocions avec l’ESA la possibilité d’adapter l’équipement de forage pour notre expédition lunaire Luna-Ressource »

Chez Roscosmos, on voit grand :  «J'espère que cette excellente coopération [autour d'ExoMars] se développera dans le futur, sur des programmes lunaires, humains, ou d'exploration de l'espace profond, voire d'une mission visant à ramener des échantillons martiens sur Terre, estime Igor Komarov, directeur de Roscosmos. Cette collaboration nous aide dans nos efforts, et aussi à laisser sur Terre les problèmes qui nous séparent ».

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.