L’Université Lobatchevski, un établissement de pointe qui voit grand

Service de presse
L’Université Lobatchevski de Nijni Novgorod (à 400 km à l’est de Moscou) s’apprête à fêter son centenaire non seulement comme l’une des écoles supérieures les mieux équipées de Russie, et qui engage des scientifiques étrangers à facteur de Hirsch élevé (indice du niveau de citation des publications d’un auteur dans des revues scientifiques), mais avec l’ambition de s’imposer comme l’une des meilleures universités du monde sur plusieurs axes. En 2014, les scientifiques de l’établissement ont créé le superordinateur Lobatchevski qui figure parmi les 25 ordinateurs universitaires les plus puissants sur la planète. Début janvier, l’Université a ouvert deux instituts d’études, uniques en Russie. Le recteur de l’établissement, Evgueni Tchouprounov, explique dans une interview pourquoi les jeunes scientifiques doivent venir à Nijni Novgorod travailler dans les laboratoires de l’Université.
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RBTH : L’Université Lobatchevski a ouvert l’Institut des neurosciences et l’Institut des techniques de superordinateur. Quelssontleursobjectifs ?

Evgueni Tchouprounov : Une équipe de biologistes et de médecins travaille d’ores et déjà dans le cadre du projet Cybercœur à l’Institut des techniques de superordinateur. Les scientifiques se proposent de créer un modèle du muscle cardiaque qui permettra de tester n’importe quelle influence extérieure, qu’il s’agisse d’un médicament ou du stress.

Evgueni Tchouprounov. Crédit : service de presse

Quant à l’Institut des neurosciences, il est mis en place sur la base du Centre de neurosciences pour étudier le cerveau. A l’heure actuelle, une équipe dirigée par Alexandre Semianov – notre diplômé qui vient de rentrer à Nijni Novgorod après avoir travaillé pendant dix ans en Grande-Bretagne et au Japon – réalise des études qui formeront la base d’un modèle informatique du cerveau.

D’une part, ce modèle aidera à soigner des maladies que personne n’est capable de traiter aujourd’hui, comme la maladie de Parkinson ou Alzheimer. D’autre part, il permettra de progresser sur le chemin de la création d’une intelligence artificielle. Nous en sommes encore loin, mais les études dans les neurosciences débouchent déjà sur nombre de choses utiles, par exemple, des exosquelettes pour les personnes souffrant de troubles de l’appareil locomoteur.

RBTH : Pour atteindre de tels objectifs, vous devez attirer des scientifiques étrangers et par conséquent être attractifs pour eux. 

E. T. : Nous nous y attelons. Pour ma part, j’estime que les pays ne doivent pas avoir peur quand leurs citoyens partent étudier et travailler à l’étranger. Nous souhaitons que les Russes qui travaillent à l’étranger puissent participer dans une mesure variable aux activités de notre établissement. Je parle de projets scientifiques communs ou même de stages pour les doctorants.

Nous qualifions cette vision de « fuite de cerveaux à l’envers » et nous nous appuyons sur le programme présidentiel 5-100 [qui vise à augmenter la compétitivité des écoles supérieures russes, ndlr] auquel notre université participe. L’essentiel, c’est le souhait de travailler ensemble. Nous trouverons les ressources et les locaux nécessaires, nous favoriserons les activités et nous résoudrons les problèmes administratifs.

Nous avons organisé en 2014 un concours visant à créer des laboratoires dirigés par de grands scientifiques. Ce concours a réuni 43 postulants dont plus de la moitié avait un indice de Hirsch de plus de 30. Les candidats venaient d’Allemagne, d’Australie, des Etats-Unis et de plusieurs autres pays. La moitié des allocations a été remportée par des Russes, notamment le chimiste Valéry Fokine qui a été cité en 2013 comme l’un des prétendants au Prix Nobel.  

Toutefois, nous sommes prêts à travailler avec des scientifiques en quête de prestige, par exemple, avec des jeunes formulant des idées, à première vue, folles. Ainsi, le mathématicien Iaroslav Sergueïev qui a inventé l’ordinateur de l’infini est notre professeur, mais il travaille aussi à l’Université de Calabre en Italie.

RBTH : Citez, s’il vous plaît, trois raisons pour lesquelles les scientifiques doivent venir chez vous.

E. T. : Des matériels scientifiques sophistiqués qui permettent d’enregistrer des résultats exceptionnels, le très puissant superordinateur Lobatchevski et notre détermination à travailler avec les jeunes scientifiques du monde entier.

RBTH : Nijni Novgorod a été pendant longtemps une ville fermée aux étrangers. Quelles sont les spécialités privilégiées par les étudiants ?

E. T. : Les technologies informatiques. Les programmes pour les informaticiens sont nombreux, mais nous sommes l’unique école supérieure de Russie qui forme des experts en superordinateur. Les étrangers ne constituent pas de groupes spéciaux, ils étudient avec les Russes, dans le cadre de programmes russes et en russe [il existe des programmes en anglais, mais il y en a très peu, ndlr].

RBTH : Vous êtes l’une des rares universités russes à gagner de l’argent. Qui est votre client principal ? Travaillez-vous avec des sociétés étrangères ?

E. T. : Nous touchons tous les ans 250 millions de roubles (quelque 3,5 millions d’euros). Il s’agit essentiellement de commandes de nouveaux matériaux de la part du secteur militaire. Ces derniers temps, dans le cadre du programme de substitution des importations [décrété en riposte aux sanctions occidentales, ndlr], nous gagnons de l’argent grâce à nos études chimiques. Pour ce qui est de notre coopération avec des sociétés étrangères, ce sont surtout les technologies informatiques avec Microsoft et Intel [cette dernière a ouvert à Nijni Novgorod l’un des plus grands centres d’étude et de développement de logiciels en Europe, ndlr].

RBTH : Sur quelles écoles supérieures étrangères vous orientez-vous ?

E.T. : Avant tout sur l’Université du Maryland, dans la banlieue de Washington, l’École normale supérieure de Paris et l’Université Purdue, dans l’Indiana. Cette dernière nous ressemble par la prédominance de mathématiques et de sciences naturelles et physiques. Je peux citer encore l’Université d’Uppsala en Suède ainsi que l’Université de Maastricht aux Pays-Bas qui, bien que très jeune, marie de manière intéressante l’enseignement des sciences classiques et de l’entreprise.

 

Informations sur l’Université Lobatchevski

L’établissement a été fondé en 1916 avec l’argent collecté par des marchands et de simples habitants de Nijni Novgorod. L’Université dispose de l’un des trois laboratoires en Russie avec des souris immunodéficientes. Le président du conseil international de l’Université est Martin Paul, président de l’Université de Maastricht.

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