Peut-on lancer un quadricoptère sur la Place Rouge ?

Vitaliy Ankov / RIA Novosti
La Russie rejoint de plus en plus vite le marché mondial des appareils sans pilote et développe à marche forcée sa législation dans ce domaine. Peut-on lancer un quadricoptère sur la Place Rouge, et pourquoi les robots russes restent-ils encore aujourd’hui hors du cadre légal ? RBTH enquête.

Avec l’apparition de multiples drones domestiques aux caractéristiques variées et vendus sans le moindre contrôle, le gouvernement n’est plus en mesure de contrôler leur utilisation. Pour preuve, les multiples cas dans lesquels ces « jouets » sont apparus près d’aéroports, dans des zones de déploiement de canadairs, etc. La situation est devenue particulièrement préoccupante ces deux dernières années, après l’apparition sur le marché de quadricoptères bon marchés produits en Chine. Les législations nationales n’arrivent tout simplement pas à suivre le rythme du progrès.

« C’est un problème typique de la plupart des pays dans lesquels existe un potentiel d’utilisation de cette technologie, y compris des Etats aussi technologiquement avancés que les Etats-Unis et les pays de l’Union Européenne », a expliqué à RBTH Denis Fetoudinov, expert russe reconnu des appareils volants sans pilotes (drones).

Facteur contraignant

En Russie, l’utilisation des drones est régie par les « Règles fédérales d’utilisation de l’espace aérien ». Selon ce document, pour utiliser un hélicoptère téléguidé classique, il est nécessaire d’avoir un plan de vol, une autorisation d’utiliser l’espace aérien, document impossible à obtenir sans un certificat d’aptitude au vol et un autre concernant l’autorisation au guidage. Pour des prises de vues aériennes, à l’aide d’un drone et d’une manière générale, il est indispensable d’obtenir l’autorisation du Service fédéral de sécurité (FSB) et du ministère de la Défense. Ainsi, un particulier lançant un drone, par exemple pour filmer la place Rouge, peut écoper d’une amende.

En Russie, de nombreuses personnes utilisent tout de même des drones. Toute une industrie de la prise de vue aérienne a vu le jour dans le pays, et les drones de loisir se vendent très bien. Cette contradiction entre la réalité et la loi gêne le développement de tout le secteur, de la production à l’utilisation de drones.

Cependant, le processus avance lentement, considère Denis Fetoudinov. Ceci a été rendu possible par plusieurs facteurs. Tout d’abord, la compréhension du fait qu’il existe de nombreuses tâches dans lesquelles utiliser des drones est bien plus avantageux économiquement que de faire appel à des appareils volants pilotés. Ensuite, le marché mondial des drones civils est estimé à plusieurs milliards de dollars. Enfin, le développement du marché des drones civils a rendu les technologies existantes moins chères et a permis d’en développer de nouvelles, ce qui présente un intérêt pour les exploitants civils et militaires.

Début juin de cette année, la Douma (chambre basse du parlement russe) a examiné et adopté en première lecture un projet de loi visant à porter des changements au Code de l’air russe, pour y introduire les bases législatives de l’utilisation de drones en Russie. Selon le document, tous les appareils de plus de 30kg devront être enregistrés. Pour utiliser ces drones, il sera obligatoire d’obtenir un certificat d’aptitude au vol. L’examen de cette loi se poursuit.

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