Des éponges de mer qui « digèrent » les cellules cancéreuses

Récif coralien avec une éponge de mer.

Récif coralien avec une éponge de mer.

Alamy/Legion Media
Au cours d'expéditions marines au large des côtes des îles Kouriles, des scientifiques russes ont découvert un composé rare dans une éponge de mer de l’Extrême-Orient. Elle provoque la mort des cellules cancéreuses en les obligeant à s'autodétruire.

Des scientifiques ont découvert un nouveau composé antinéoplasique, le Monanchocidine A, dans les éponges de mer d'Extrême-Orient (Monanchora pulchra) que l'on trouve au nord-ouest de l'océan Pacifique.

Son action diffère fondamentalement de la majorité des médicaments de chimiothérapie déjà connus dans la lutte contre le cancer. Cette substance provoque chez les cellules cancéreuses une autophagie, c'est-à-dire une autodestruction des cellules.

L'étude est menée par l'Institut de chimie bio-organique du Pacifique Elyakov à Vladivostok et par le Laboratoire de cancérologie expérimentale de la clinique allemande Eppendorf à Hambourg.

« C'est un mécanisme très rare, et ce composé découvert est l'une de ces rares trouvailles, explique à RBTH Valentin Stonik, directeur de l'Institut et membre de l'Académie des sciences de Russie. Nous avons identifié un nouveau mécanisme d'action qui permettra de créer des médicaments anticancéreux ».

Mystérieuses éponges de mer : qu'attend-on d'elles ?

Auparavant, les éponges de mer étaient déjà connues pour être des « fournisseurs » de puissants agents anticancéreux. Par exemple, en 2014, les scientifiques de l'Université de Leeds au Royaume-Uni ont reçu le médicament Eribulin contre le cancer du sein issu de l'éponge Halichondria okadai. Ce médicament n'a pas guéri le cancer, toutefois les essais cliniques effectués sur 1 800 patientes ont prouvé qu'il prolongeait leur vie de cinq mois en moyenne. Cependant, les substances biologiquement actives qui sont contenues dans les éponges de mer en Extrême-Orient – Monanchora pulchra – sont étudiées pour la première fois.

« Depuis plusieurs années, notre institut effectue des recherches dans l'océan, notre 47ème expédition travaille en ce moment dans la région des îles Komandorski et Kouriles, explique M. Stonik. Les tests sur les échantillons récupérés et sur les extraits et fractions obtenus sont effectués directement à bord du navire de recherches scientifiques Académicien Oparine. En se basant sur ces tests, on sélectionne ce que l'on étudiera ensuite. Dans l'une des dernières expéditions, cette éponge de mer avait été sélectionnée pour des études afin d'obtenir de nouveaux composés naturels ».

Cette substance unique en son genre, la Monanchocidine A, a été découverte au cours d'une expédition. En 2010, Tatiana Makarieva, docteur en chimie, a ensuite commencé à l'étudier dans les laboratoires de l'Institut. Les recherches sur les propriétés anticancéreuses des éponges durent depuis déjà cinq ans.

Drug discovery: à quand les médicaments ?

Les scientifiques estiment qu'il est encore trop tôt pour dire si le Monanchocidine A est sans danger et s'il est plus efficace que les autres médicaments existants. Pour cela, de nouvelles études pharmacologiques sont nécessaires. « Nous avons trouvé un prototype pour créer de nouveaux médicaments, en effet, nous avons séparé une substance, déterminé sa structure et étudié ses propriétés, ce qui s'avère être un travail long et difficile », a déclaré à RBTH Valentin Stonik. Cependant, on peut déjà dire que cette découverte permettra de créer de nouveaux groupes de médicaments anticancéreux.

La découverte de ces scientifiques a démontré que l'on peut vaincre la résistance des cellules cancéreuses aux médicaments. Des essais ont été effectués avec le médicament cisplatine, l'un des plus répandus dans les cliniques. Il s'est avéré que le Monanchocidine A est capable de détruire les cellules tumorales qui résistent aux médicaments classiques.

Les savants prévoient maintenant les prochaines étapes de leur travail. Ils cherchent un moyen d’obtenir cette nouvelle substance en plus grande quantité à l'aide de la synthèse organique ou bien via la biotechnologie. En outre, il faut étudier de plus près les composés en termes de risque et d'autres paramètres importants. Si auparavant les recherches étaient effectuées seulement sur certaines cellules tumorales, il faut maintenant tester la substance sur les animaux.

« Ce n'est que le début du chemin, mais c'est très prometteur, estime Valentin Stonik. Nous nous trouvons à l'étape que les scientifiques appellent la « drug discovery », autrement dit l'émergence d'une idée pour créer un nouveau médicament ».

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

À ne pas manquer