Une start-up russe espionnera les employés des multinationales

Crédit : Leonardo Rizzi / flickr.com

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Le programme de comptage du temps de travail CrocoTime se lance sur le marché mondial. Le programme, conçu pour les employés des grandes entreprises, peut suivre les activités de 10 000 utilisateurs simultanément.

À l’heure actuelle, le nombre d’utilisateurs « surveillés » par CrocoTime s’élève à 20 000 personnes. Le programme est utilisé par de nombreuses grandes entreprises russes, dont le géant du marché russe de l’énergie Gazprom, l’une des principales banques du pays Tinkoff, ainsi que le fabricant de chaussures Ecco. Pourquoi se sont-elles intéressées à CrocoTime ?

L’agent secret du monitoring

Le programme CrocoTime est installé sur le serveur de la société cliente, les « agents de monitoring » - sur les ordinateurs des employés. Le programme divise tous les sites Internet et logiciels de bureau en trois catégories : productifs, improductifs et non-spécialisés.  La liste des logiciels et sites « utiles » et « nuisibles » est définie par le client.

« Les ressources non-spécialisées forment une catégorie à part. Ce sont des programmes productifs, mais leur utilisation ne fait pas partie des attributions directes de l’employé et révèle des problèmes de gestion dans les entreprises », explique le directeur général de la société Infomaximum et concepteur du programme Alexandre Botchkine.

« Par exemple, chez l’un de nos clients, les chargés de clientèle consacraient 60% de leur temps au programme non-spécialisé Microsoft Word et préparaient les contrats à la main. Suite au monitoring du temps de travail, le département a adopté des modèles de documents ».

CrocoTime comptabilise le temps de travail en fonction de l’utilisation de la souris et du clavier : si pendant une certaine période ils ne sont pas utilisés, le programme conclut que l’employé n’est pas à son poste. Actuellement, le coût de la licence permanente de CrocoTime pour un salarié s’élève à 2 560 roubles (45 euros). Botchkine affirme que l’installation de son logiciel permet aux clients de porter la part du temps de travail improductif de 25-30% à 5-7%.

Perspectives floues

« Le produit CrocoTime se situe dans la catégorie prix « au-dessus de la moyenne » et s’adresse aux grandes sociétés », explique Botchkine.

CrocoTime est loin d’être le seul logiciel de comptage du temps de travail sur le marché russe. Les programmes Disciplina, OfficeMETRIKA, Stakhanovets et YawareOnline surveillent également les heures d’arrivée et de départ des salariés au bureau, ainsi que l’utilisation de différents logiciels et ressources en ligne.

Selon les créateurs de CrocoTime, le programme présente un certain nombre de différences par rapport aux autres logiciels proposés sur le marché. Premièrement, CrocoTime est capable de surveiller les activités de jusqu’à 10 000 utilisateurs à la fois.

Deuxièmement, le programme élabore des statistiques non seulement pour chaque employé, mais également pour les départements et divisions de l’entreprise pour une période donnée – semaine, mois, année. Troisièmement, il permet de fixer des paramétrages automatiques pour différents groupes d’employés comme, par exemple, les comptables et les informaticiens.

La tablette  pour contourner la surveillance

Alexandre Botchkine indique que CrocoTime envisage désormais de se lancer sur les marchés européen, américain et asiatique. Toutefois, Sergueï Akachkine, analyste d’investissement chez Prostor Capital, précise que CrocoTime a ses limites en ce qui concerne le nombre de clients tant en Russie qu’à l’étranger.

« Les clients potentiels de CrocoTime sont des grandes structures. La nécessité d’utiliser des solutions de surveillance des employés concerne les entreprises de plus de 50 salariés. Dans les sociétés plus petites, un bon gestionnaire peut s’en sortir tout seul, sans recourir au contrôle à distance »

Selon M. Akachkine, la demande et la hausse des ventes de ce type de solutions sont affectées par le fait que la capacité de travail de l’employé varie selon l’heure de la journée. En outre, l’expert souligne que ces derniers temps, les managers recourent de plus en plus aux tablettes et aux téléphones portables pour surfer sur Internet.

De nombreux gestionnaires le comprennent et ne s’empressent pas d’installer le contrôle à distance. Ils préfèrent utiliser les analyses système classiques. 

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