Médecine régénérative : quelles perspectives pour la Russie ?

Crédit photo : ShutterStock / Legion Media

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Les Russes recourent de plus en plus à la médecine régénérative : la première banque de cellules souches du pays a ouvert ses portes en Extrême-Orient. Toutefois, ce marché n’est pas encore suffisamment développé, et il est souvent imprévisible.

Actuellement, la Russie compte six grandes banques de cellules souches. Un autre établissement ouvrira ses portes dans le Primorié (Extrême-Orient) le 15 août. Les habitants de la région pourront y congeler leurs cellules souches et les utiliser ensuite en cas de maladie. Un système complètement automatisé BioArchive sera utilisé pour la conservation.

La Russie n’a intégré que récemment  le marché de la recherche sur les cellules souches, pesant plusieurs milliards de dollars : aux États-Unis, il y a déjà 300 instituts, en Europe – 80 seulement.

Les banques sont principalement utilisées par les parents. Les cellules souches des enfants peuvent être utilisées pour traiter des cancers, des maladies cardiovasculaires et génétiques, ainsi que des maladies du sang.

La première greffe de sang du cordon ombilical a été réalisée France en 1988 sur un enfant auquel on avait diagnostiqué avec une anémie de Fanconi. C’est une maladie génétique rare qui se manifeste par toute une série de symptômes. Des anomalies hématologiques et des tumeurs se développent au cours de la maladie.

En Russie, une telle opération a été réalisée en mars 2014 pour soigner Karina, une fillette de six ans originaire de Tcheliabinsk. On lui avait diagnostiqué une anémie de Fanconi en 2010. Karine ne pouvait être sauvée que par la greffe de cellules souches saines capables de remplacer les cellules malades. En 2012, Karina a eu un petit frère Nikita. Le sang de son cordon ombilical a servi pour la greffe.

L’armée s’intéresse aux biotechnologies

La technologie d’utilisation des cellules souches en Russie a été développée pour le ministère de la Défense, les recherches étaient tenues secrètes. C’est ainsi que les scientifiques cherchaient à lutter contre les conséquences des blessures au cerveau lors de la guerre d’Afghanistan. 

« L’utilisation de cellules souches pour les lésions cérébrales continue à se développer en Russie », explique Andreï Brioukhovetski, neurologue qui a consacré 25 ans aux recherches dans ce domaine. « Au début, la technologie a été testée sur les veaux. Ce travail était réalisé en collaboration avec l’académicien Valéri Choumakov, transplantologue de renom ».

En juin 2014, le ministère de la Défense a déclaré vouloir poursuivre les recherches. Alexandre Vlassov, directeur adjoint du département central de médecine militaire du ministère, a annoncé qu’une nouvelle unité scientifique serait créée au sein de l’Académie de médecine militaire Kirov. Elle sera chargée de créer une banque de cellules souches des soldats.

Il explique que l’unité sera divisée en trois sections : section biopharmaceutique, section médicale de prévention et section ingénierie. La première prendra une part active dans la création d’une banque de cellules souches des militaires qui participent à des opérations à risque, notamment dans les points chauds.

Cellules disparues

Les banques de conservation de cellules souches ont vu le jour en Russie dès le début des années 2000, pourtant toutes n’ont pas survécu jusqu’à ce jour. Fin avril 2014, un vrai scandale s’est produit à Moscou : la cryobanque Flora-Med, ouverte en 2003, a disparu du jour au lendemain. Des échantillons de cellules souches ont ainsi été perdus.  

Certaines banques ont fait faillite. Ces faillites sont, peut-être, motivées par le fait que, malgré l’intérêt croissant pour la médecine régénérative, les Russes ne sont pas prêts à payer cher pour la conservation des cellules souches.

Aussi, les prix pratiqués par les banques moscovites de cellules souches sont assez faibles comparés aux tarifs de leurs homologues internationaux. Par exemple, la préparation de cellules de cordon ombilical coûte 95 000 roubles (environ 2000 euros) dans les centres de Moscou, aux États-Unis, ce service vous coûtera quelque 9 000 euros.

Toutefois, l’histoire des banques russes de cellules souches connaît quelques succès. En 2013, l’Institut de cellules souches humaines (ISCH) a ouvert à Moscou le centre Genetico pour le traitement des maladies génétiques.

Parmi elles – l’immunodéficience congénitale héréditaire, la maladie de Krabbe, le syndrome d’Omenn, l'anémie de Blackfan-Diamond, l'anémie de Fanconi, et bien d'autres. En 2014, un enfant a pour la première fois sauvé sa sœur ainée, diagnostiquée avec l'anémie de Blackfan-Diamond. Prochainement, le centre devrait commencer à accueillir des familles européennes et asiatiques.

Actuellement, l’enregistrement du médicament Neovaskulgen, développé par l’ISCH, est en cours aux États-Unis. Le médicament est conçu pour le traitement de l’ischémie chronique des membres inférieurs qui s’est transformée en pandémie mondiale au cours de ces dernières années.

Actuellement, elle touche plus de 202 millions de personnes. La Russie affiche le plus fort taux d’amputations : environ 500 pour 1 million de personnes par an.

Neovaskulgen a déjà été approuvé par le Conseil de sociétés de biochimie de l’État américain du Maryland. « Le Maryland est l’un des premiers États à assumer le financement des recherches dans le domaine des cellules souches et des technologies génétiques », explique Robert Walker, directeur du département commerce et développement économique du Conseil.

« Nous apporterons notre soutien à la commercialisation du médicament innovant Neovaskulgen sur le marché américain ». Le 1er mai 2014, le Conseil a décrété que Neovaskulgen était reconnu comme indispensable pour la santé des citoyens américains.

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