« Ebola est quasiment impossible à contrôler »

Les personnes décédées dans l’hôpital de Donka sont incinérées sur le territoire de l’hôpital et ne sont pas rendues aux proches.. Crédit : Reuters

Les personnes décédées dans l’hôpital de Donka sont incinérées sur le territoire de l’hôpital et ne sont pas rendues aux proches.. Crédit : Reuters

Bien que le nombre de personnes infectées par Ebola en Afrique de l’Ouest progresse et que le virus soit presqu’impossible à contrôler, la situation a pu être maîtrisée ces derniers jours, nous a expliqué Mikhaïl Chtchelkanov de l’Institut de recherche en virologie Ivanovsky.

Début août, Chtchelkanov et le principal spécialiste russe des infections Victor Maleïev ont été envoyés en Guinée pour aider à combattre l’épidémie. Ils y resteront encore plusieurs semaines. 

RBTH : Quelle est la situation épidémiologique dans la région ?

Mikhaïl Chtchelkanov : Si avant, nous ne suivions que les cas les plus graves, désormais, un diagnostic plus précoce permet aux médecins de suivre les malades plus rapidement. Aussi, la mortalité liée à Ebola est en baisse [habituellement, la mortalité s’élève à 90%, actuellement elle est à quelque 50%, ndlr].

Le service de diagnostic de l’hôpital Donka à Conakry [principal hôpital public du pays, ndlr] travaille plutôt bien. Notamment, parce que le laboratoire est dirigé par un diplômé d’une université russe : le docteur Maga a étudié à l’Académie vétérinaire de Moscou [l’académie enseigne le diagnostic des infections virales, dont certaines, comme Ebola, se transmettent aux hommes par les animaux, ndlr].

Que faites-vous concrètement en Guinée ?

M.Ch.: D’abord, nous apportons une assistance scientifique et méthodologique aux spécialistes locaux. Notamment, nous les aidons à améliorer le diagnostic du virus. J’estime que notre collaboration a aidé. Deuxièmement, nous renseignons les spécialistes locaux sur le virus Ebola [le virus a été étudié en Russie, ndlr].

Nous nous sommes également rendus dans l’un des hôpitaux sous tentes où nous avons familiarisé les médecins avec les questions cliniques et les fièvres hémorragiques. En effet, l’approche clinique du traitement de ce type de fièvres est à peu près la même. Par exemple, en Russie, nous avons la fièvre hémorragique de Congo-Crimée, aussi nous disposons d’une expérience pertinente.

Un autre de nos objectifs est d’assurer la sécurité des citoyens russes et du personnel de l’ambassade. 

Comment, d’après-vous, serait-il possible d'endiguer l’épidémie ?

M.Ch.: C’est difficile pour deux raisons fondamentales. Premièrement, cette infection a un caractère focal naturel. Actuellement, il est quasiment impossible de contrôler le processus de circulation des virus dans les foyers naturels des forêts de la Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia.

La deuxième cause fondamentale réside dans les conditions socioéconomiques dans ces pays. L’Afrique de l’Ouest est l’une des zones les plus pauvres [du monde]. Les services sanitaires et épidémiologiques au  sens classique, n’existent pas ici.

Il faut y ajouter l’incompétence administrative de nombreux pays de l’Afrique de l’Ouest et un haut niveau de corruption qui ne permettent pas de mettre en œuvre des mesures de contrôle adéquates : une personne infectée peut quitter le cordon épidémiologique pour 1,5 dollar.

Les croyances locales ont un rôle important également. Il s’agit, par exemple, des enterrements des morts, auxquels se réunit le village tout entier, où le corps est enlacé avant sa mise dans la tombe. Tout cela est une entrave à l’enrayement rapide de l’épidémie.

Mais il faut remarquer qu’on commence à prendre des mesures. Par exemple, les personnes décédées dans l’hôpital de Donka sont incinérées sur le territoire de l’hôpital et ne sont pas rendues aux proches.

Le ministère guinéen de la Santé et l’OMS prennent un certain nombre de mesures. En outre, les gouvernements des pays d’Afrique de l’Ouest ont enfin compris qu’il ne faut pas cacher le nombre de personnes infectées. Le changement est intervenu ces derniers jours.

L’année universitaire commence bientôt en Russie et les étudiants guinéens vont reprendre les études. Comment minimiser les risques de transmission du virus ?

M.Ch.: Le problème n’est pas encore résolu, mais le groupe Rusal a une expérience pratique – avant de renvoyer ses collaborateurs en Russie, il les transporte d’abord pour trois semaines à Casablanca (Maroc). Ils y travaillent à distance et, à l’issue de la période d’incubation [environ trois semaines, ndlr], ils rentrent en Russie. Je ne sais pas s’il sera possible d’organiser la même chose pour les étudiants. Probablement pas, car c’est une question d’argent.

Est-ce que cela veut dire que la Russie interdira l’entrée sur son territoire aux ressortissants des régions dangereuses ?

M.Ch.: Je ne pense pas, mais on surveillera leur santé. Quand les étudiants arriveront en Russie, ils seront examinés pendant les deux premiers mois. Je ne sais pas encore comment. Mais ça sera fait, c’est certain.

Contexte

Au 4 août, 889 personnes infectées sont décédées. La mortalité est de 50% environ, c’est beaucoup moins que lors des précédentes épidémies, quand cet indicateur s’élevait à 90%.

Concernant le nombre de personnes infectées – au dernier décompte, il s’agit de 1 800 personnes – cette épidémie est la plus importante depuis la découverte du virus en 1976.

Outre le Libéria, la Guinée et la Sierra Leone, des cas d’infection sont enregistrés au Nigeria et à Hong Kong.

Actuellement, il n’existe pas de vaccin contre Ebola, aussi certains chercheurs craignent que le virus Ebola ne soit utilisé en tant qu'arme biologique.

 

RBTH remercie l’ambassade russe en Guinée de nous avoir aidés à organiser l’entretien.

 

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