Jeu de soldats

Le 9 mai de chaque année, la place Rouge de Moscou est envahie par des centaines de véhicules blindés et des troupes en uniformes de cérémonie, tandis que le ciel est rempli d'avions qui volent à une hauteur extrêmement basse.

Quand on voit les soldats qui marchent à pas cadencés aux sons d'une marche militaire, suivis par divers véhicules qui se déplacent de manière lente et menaçante, un spectacle vraiment magnifique, on se demande inévitablement comment les organisateurs ont réussi à obtenir cette harmonie parfaite.

La préparation du défilé de la Victoire, qui a notamment pour but de démontrer l'allure martiale des soldats russes et la puissance du matériel militaire dernier-cri du pays, commence déjà à l'automne.

Tout d'abord, les organisateurs sélectionnent parmi les soldats et les étudiants des écoles et universités militaires les meilleurs candidats, ceux qui excellent dans leurs études ainsi que dans la formation à l'ordre serré. Leur apparence n'est d'ailleurs pas très importante; cependant, pour la garde du drapeau, on choisit habituellement des jeunes hommes assez grands qui ressemblent les uns aux autres.

Les futurs participants du défilé apprennent ensuite à se déplacer correctement : 20 pas par minute, un pas de 90 centimètres de longueur, toute la colonne de 11.000 personnes doit finir le trajet en 15 minutes. En outre, les militaires sont obligés de bien rester en ligne et tenir le tempo sans trébucher, tout cela en portant des bannières, des instruments de musique ou des armes.

L'homme principal d'une ligne (appelé « l'homme de base ») est celui qui marche à droite : c'est lui qui définit la largeur d'un pas et la distance entre les lignes, maintenant ainsi le rythme. Tous les autres soldats de la ligne doivent voir la poitrine de la quatrième personne à leur droite.

Durant la marche, les militaires tiennent leurs coudes selon un certain angle pour garder une distance égale entre eux. Il existe un autre moyen pour contrôler ses mouvements : les soi-disant « clochettes », attachées aux bottes des militaires pour augmenter le son des pas et déterminer ainsi si le rythme est maintenu.

Au début, les soldats s’entraînent à marcher en une ligne de 20 personnes. Dès qu'ils apprennent à garder le rythme, ils sont alignés en forme de rectangles, composés de 10 lignes de 20 personnes chacune. C'est cette formation que verra le public le 9 mai. Chaque arme des forces armées est représentée au défilé par trois « rectangles » de 100 personnes, sans compter les officiers.

Au début du printemps, les participants du défilé quittent une fois par semaine leur base pour se rendre à un site militaire qui représente en effet une copie conforme de la place Rouge. C'est là-bas qu'ont lieu des répétitions communes qui engagent tous les participants - les fantassins, les véhicules et les avions.

Les entraînements sont si durs que certains soldats s'évanouissent – il n'est pas facile de rester complètement immobile durant plusieurs dizaines de minutes après le « garde à vous ». Pour l'éviter, on utilise des ampoules d'ammoniac qui sont écrasées à l'intérieur des « rectangles ». L'horrible odeur permet aux soldats de récupérer.

Les conducteurs de véhicules militaires et les pilotes ont leurs propres difficultés. Les cavaliers blindés et les conducteurs de systèmes antiaériens apprennent à conduire leurs véhicules parfaitement en ligne et à la même vitesse.

Les formations des avions doivent également maintenir la distance nécessaire entre leurs machines et la vitesse, ce qui est très difficile, car divers avions ayant des caractéristiques techniques différentes doivent tous conformer aux mêmes normes de vitesse et d'altitude pour le défilé.

Après plusieurs répétitions au site d'entraînement, les fantassins, conducteurs et pilotes se rendent à place Rouge pour prendre part à la répétition générale. Deux jours avant cet événement, l'administration de Moscou bloque certaines rues au centre-ville pour laisser passer les troupes et les véhicules.

Alors, les moscovites ont une occasion rare de voir de tout près des chars et des obusiers, revêtus de « chaussures » spéciales en caoutchouc pour qu'ils n'endommagent pas la chaussée. Dans le ciel, à une altitude de seulement 300 mètres, on peut voir dans la même formation le gracieuxTu-160, l'énorme An-124, le gros An-22 et même l'avion de reconnaissance A-50, muni d'une « soucoupe » avec l'équipement radio.

Des mois d'entraînement prennent donc fin. Les mouvements des troupes participantes à la répétition générale sont si précis, qu'il est certain que le défilé de la Victoire du 9 mai, cet hommage à la tradition et en même temps la démonstration de la puissance militaire du pays, se déroulera également parfaitement bien.

DÉFILÉ DE LA VICTOIRE : FAITS DIVERS

Le défilé a toujours lieu conformément au protocole militaire et débute par l'inspection des troupes. Ensuite, on présente le drapeau national de la Russie et la Bannière de la Victoire, toujours – selon le protocole - aux sons de la chanson Sviachtchennaïa Voïna (« Guerre sacrée ») d'Alexandre Alexandrov.

Ensuite, le commandant du défilé annonce au ministre de la Défense du pays que les soldats sont prêts, et les officiers passent en revue les troupes sur les voitures ZiL-115.

Ce sont les batteurs – étudiants de l'École de musique militaire de Moscou – qui ouvrent le défilé, suivis par des étudiants des académies militaires de la capitale russe, vêtus d'uniformes de l'époque de la Seconde Guerre mondiale. Puis, en « rectangles » historiques, marchent les représentants de diverses forces armées russes. Finalement, le défilé est clôturé par les cadets des écoles militaires.

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