Pour reprendre le flambeau de Super-Phénix

Le coût total du projet s’élève à 380 millions d’euros. Crédit : Service de presse

Le coût total du projet s’élève à 380 millions d’euros. Crédit : Service de presse

Des experts français et américains rejoignent le projet russe de recherche sur un réacteur à neutrons rapides

Les grandes lignes du projet ont été dévoilées fin juin à Saint-Pétersbourg dans le cadre de la conférence internationale sur le thème de « l’énergie nucléaire au XXIème siècle », organisée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Représentant le pays organisateur, le gouvernement russe s’est associé à l’événement avec la participation de l’entreprise d’État Rosatom. Dans le même temps, se déroulait à St-Pétersbourg également le Forum de l’industrie nucléaire « Atomexpo 2013 », rassemblant les dirigeants des principales entreprises internationales opérant sur le marché du nucléaire.

L’une des perspectives les plus prometteuses évoquée par de nombreux experts au cours des débats concerne la technologie des réacteurs à neutrons rapides de quatrième génération. Celle-ci permet de concevoir des installations nucléaires munies de systèmes de sécurité internes fonctionnant avec un circuit fermé d’approvisionnement en combustible, éliminant ainsi le problème des matières premières  d’uranium tout en se conformant au régime de non-prolifération nucléaire.

Des travaux de recherche scientifique et des projets expérimentaux dédiés aux réacteurs rapides ont été conçus et utilisés dans de nombreux pays dont la Russie, les États-Unis, la France (projet « Superphénix ») et le Japon. Avec l’assistance technique de la Russie, un premier réacteur expérimental à neutrons rapides à été lancé il y a un an en Chine. L’Inde poursuivent actuellement ses efforts dans la même direction. Jusqu’à maintenant, les réacteurs à neutrons rapides ne sont pas parvenus à concurrencer les réacteurs à neutrons thermiques classiques en ce qui concerne les coûts de construction et le prix de l’électricité produite.

Au cours de la deuxième journée de la conférence de l’AIEA et du forum « Atomexpo », les délégués de la Russie, des États-Unis et de la France ont signé un protocole d’accord portant sur l’utilisation des capacités du réacteur rapide expérimental polyvalent (MBIR) à neutrons rapides. Le réacteur sera construit à l’Institut de recherche sur les réacteurs nucléaires de Dimitrovgrad. Le coût total du projet s’élève à 380 millions d’euros. Selon Viatcheslav Perchoukov, directeur adjoint de Rosatom en charge de l’innovation, la Russie peut tout financer elle-même. Avec une capacité nominale de 150 mégawatts, il s’agira du réacteur expérimental le plus puissant au monde.

Christophe Béhar, représentant du Commissariat français à l’énergie atomique et signataire pour son pays du protocole d’accord a déclaré : « La Russie aurait pu mener à bien ce projet seule, mais a choisi d’instaurer une coopération fructueuse avec de nombreux pays. Pour nous, ce sera l’occasion de conduire des expériences et des travaux de recherche impossible à réaliser en France depuis l’abandon du programme « Phénix ».

Le point de vue officiel russe

Au forum de Saint-Pétersbourg, le Vice-Premier ministre Dmitri Rogozine a déclaré que pour la Russie, le nucléaire civil ne se limitait pas aux centrales nucléaires mais concernait également l’espace, la médecine, les nouvelles technologies de l’information et les super ordinateurs. Il s’agit aussi d’un savoir-faire purement russe : la flotte de brise-glaces nucléaires qui connaît aujourd’hui une véritable renaissance. Dmitri Rogozine a indiqué que la production d’électricité d’origine nucléaire avait atteint un record en 2012, avec 177,3 milliards de kw/h, soit 16% de la production totale d’électricité. Aujourd’hui la Russie compte 33 réacteurs en fonctionnement. Neuf nouvelles unités réparties sont en cours de construction en Russie, et 19 en dehors.

 

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