Pourquoi le chasseur Su-35 a épaté le Bourget

En plus du fuselage, la maniabilité élevée du Su-35 est due à son propulseur. Crédit : Reuters

En plus du fuselage, la maniabilité élevée du Su-35 est due à son propulseur. Crédit : Reuters

Les médias occidentaux ont qualifié de « sensation » les vols de démonstration du nouveau chasseur russe Su-35 au Salon du Bourget 2013. Présenté pour la première fois hors de Russie, l'appareil de combat a épaté le public par ses prouesses de pilotage impossibles à réaliser avec d'autres avions de combat, prouvant une nouvelle fois que les chasseurs Sukhoi restent parmi les meilleurs au monde.

Le Su-35 de Soukhoi est modestement classé dans la génération 4++. La compagnie précise que la réponse complète à l'Américain Raptor - un véritable chasseur de cinquième génération - n'a pas encore été testée. Il s'agit du Futur Système Aéronautique de l'Aviation du Front (PAK FA) ou T-50. Son premier vol a eu lieu en 2009, et l'appareil sera produit en série en 2015. Avant cela, le Su-35 constituera une étape intermédiaire pour que les pilotes se familiarisent avec la technologie de nouvelle génération. Cependant, le mot « provisoire » ne traduit pas véritablement l'essence de la nouvelle machine.

Ultra-maniable et supersonique

La maniabilité élevée du prédécesseur du Su-35, le Su-30MKI, fait le bonheur des pilotes indiens au cours des exercices conjoints avec l'US Air Force et d'autres pays. Lors d'un de ces exercices, les Indiens ont largement damé le pion des Américains sur F-15C/D. Après l'exercice, le général américain Hal Homburg, chef du Commandement de combat aérien de l'US Air Force, a été contraint d'annoncer que les résultats avaient été une surprise totale pour les pilotes américains. Il a ajouté : « Nous ne sommes pas aussi en avance sur le reste du monde que nous voudrions le penser. Les chasseurs russes Su-30MKI sont meilleurs que le principal chasseur américain F-15C. Les forces aériennes des pays équipés de ces machines ont un certain avantage et pourraient potentiellement constituer une menace pour la domination américaine dans les airs », a indiqué le général cité par USA Today. Comme il s'est avéré, les avions « russes » manœuvraient et voyaient les américains mieux et de plus loin, et étaient donc les premiers à toucher leur cible.

En plus du fuselage, la maniabilité élevée du Su-35 est due à son propulseur. Selon le directeur des programmes du produit 117S du bureau d'études Saturn Evgueni Marchoukov, le « moteur a été développé sur la base des propulseurs AL-31F installés sur le Su-27, mais en diffère par une poussée accrue (14,5 tonnes contre 12,5), une ressource plus élevée et une consommation de carburant réduite ». Cela donne non seulement non seulement à l'appareil plus de vitesse et d'agilité, mais aussi la possibilité d'embarquer plus d'armes. C'est ce moteur qui équipera les premiers avions de combat T-50 produits en série. On l'appelle aussi moteur de « première étape ». Le moteur « deuxième étape », qui rapprochera étroitement le T-50 du F-22 américain, est encore en développement. Mais comme l'a souligné au Bourget M. Marchoukov, il est presque prêt.

Selon le pilote d'essai de Soukhoi Sergueï Bogdan, le nouveau Su-35 a été accompagné lors de son premier vol par un Su-30MK, ce qui a permis une comparaison des caractéristiques de traction des deux moteurs des avions. Pendant le vol, le Su-35 a largement surpassé son prédécesseur. Selon le pilote, c'est un avantage très important du nouvel avion, qui donne aux pilotes un champ de manœuvre plus large lors du combat aérien.

Yeux et oreilles de 5e génération

L'habitacle Su-35 constitue un autre élément de 5e génération. A la différence du Su-27, il ne possède pas de dispositifs analogiques. Au lieu de ces derniers, deux grands écrans couleur à cristaux liquides. Comme sur une télévision classique, on peut observer au régime « image par image » toutes les informations nécessaires au pilote. Le pilote peut enclencher le régime de représentation tridimensionnelle de l'environnement : relief et localisation des cibles, comme dans un simulateur informatique. En outre, une partie de ces informations peuvent être projetées sur le verre du casque de sécurité du pilote.

Les systèmes de transmission hydrodynamique sont remplacés par des modèles électriques. Selon les concepteurs, cela permettra de mettre en place dans le guidage de l'appareil un contrôle « parallèle » à distance. En pratique, cela signifie que le rôle du pilote devient moins perceptible. Autrement dit, l'ordinateur décide à quelle vitesse et selon quel mode la machine va atteindre sa cible, et à quel moment permettre au pilote d'utiliser ses armements. L'homme ne peut prendre aucune décision erronée : l'ordinateur le déconnecte tout simplement de la commande et lui indique qu'il y a erreur. En outre, la partie des modes de vol complexes est assurée par l'appareil. Le chasseur suivra en outre l'état de santé du pilote. Si, pour une raison quelconque, le pilote n'est pas en mesure de gérer l'appareil, l'ordinateur le catapulte automatiquement.

Source : YouTube/GTPASSION1

Sur le Su-35 a été installé pour la première fois le nouveau système de navigation russe BINS. Il s'agit d'un dispositif électromécanique, sans lequel aucun chasseur ne peut aujourd'hui être considéré comme moderne. Sa tâche est de collecter et d'analyser toutes les informations de vol et d'assurer le décollage et le retour de l'avion sur l'aérodrome. BINS fonctionne en conjonction avec GPS et GLONASS. Mais il peut également fonctionner sans ces derniers.

Les chasseurs seront en outre équipés d'un système radar prometteur, créé spécifiquement pour le T-50. Un tel radar est maintenant uniquement installé sur le F-22. Grâce à lui, le Su-35 voit tout ce qui se passe dans les airs et au sol dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. Le chasseur peut gérer jusqu'à 30 cibles, en pointant ses armements simultanément sur 10 d'entre eux. Et comme disent les concepteurs, les balayer en même temps, en envoyant ses missiles en éventail.

Favori incontesté

La Russie est en retard sur les États-Unis dans la création d'un chasseur de 5e génération. Le F-22 américain équipe l'armée depuis longtemps. Cependant, le Su-35, un chasseur de la génération précédente 4++, laisse aujourd'hui augurer à quel point le T-50 sera perfectionné. C'est pour cette raison qu'il était si important pour Moscou de montrer le Su-35 au Bourget. Ceci constitue une composante politique, mais aussi purement économique, de la rivalité militaro-technologique avec Washington.

Le T-50, comme le F-22, ne sera pas destiné à l'exportation. Le prix d'un Raptor atteint 133,1 millions de dollars, et le russe T-50, bien que moins cher, coûtera tout de même assez cher. Mais le Su-35 coûtera, comme ses précurseurs de quatrième génération, entre 30 et 38 millions de dollars, et constituera donc un excellent produit d'exportation avec l'étiquette « Génération 5 ». Avec dans le viseur les principaux acheteurs de chasseurs russes de marque « Su » : la Chine, l'Inde, la Malaisie et l'Algérie. Compte tenu des prouesses technologiques de la nouvelle machine, Moscou pourra lutter pour le marché du Brésil et de la Corée du Sud. Après tout, le Su-35 est supérieur à tous les chasseurs européens de génération 4+ de type Rafale et Eurofighter-2000, aux chasseurs américains modernisés F-15, F-16 et F-18, et est capable de contrer avec succès les chasseurs de cinquième génération F-35 et F-22.

Dans tous les cas, le Su-35 est le dernier et le plus perfectionné des avions de combat de la génération finissante.

 

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