La conquête spatiale redevient une priorité

Les Russes sont en effet associés au projet européen ExoMars. Crédit photo : ESA

Les Russes sont en effet associés au projet européen ExoMars. Crédit photo : ESA

Un nouveau cosmodrome, un nouveau lanceur super lourd, des missions vers la Lune et Mars, le renouveau de l’explora-tion interstellaire : tout un pro-gramme jusqu’en 2030 et plus.

L’agence spatiale russe (Roscosmos) se frotte les mains devant sa nouvelle manne budgétaire. Le Kremlin parle de nouveau de conquête spatiale, pour faire rêver des Russes nostalgiques des épopées gagariniennes. Le découpage des ambitions spatiales s’articule autour de quatre échéances : 2015, 2020, 2030 et au-delà. 

Impossible de bâtir une stratégie spatiale indépendante sans disposer de ses propres lanceurs. Il s’agit du sacro-saint « accès à l’espace ». C’est pourquoi la Russie ambitionne de mettre au point une nouvelle famille de lanceurs sous le nom générique d’Angara.

Mais ce n’est pas pour demain. La conception d’un véhicule pour l’espace requiert des moyens technologiques et financiers très lourds. C’est pourquoi les fameux lanceurs Proton, Soyouz et Zenit, qui ont fait preuve de leur robustesse pour un coût raisonnable, continueront à décoller depuis Baïkonour.

La dernière feuille de route publiée par Roscosmos le 29 avril dernier stipule que d’ici à 2015, le futur lanceur lourd Angara aura son pas de tir au cosmodrome militaire de Plessetsk, dans le Grand Nord russe. Un pas de tir doit aussi être construit sur le tout nouveau cosmodrome de Vostotchny, dans l’Extrême-Orient russe.

La communauté des experts reste très sceptique sur ce calendrier, jugé trop serré.

À l’horizon 2020, Vostotchny sera élargi pour accueillir à son tour le lanceur lourd Angara 5, ainsi que des vols habités. 

Mais l’expert Anatoli Zak note avec malice que la formulation de Roscosmos dans sa feuille de route est volontairement très floue et suggère que ces deux derniers projets ne seront prêts qu’à partir de 2020. 

Le développement de la famille Angara, avec un véhicule capable de placer 50 tonnes en orbite basse, va pousser le lanceur lourd Proton vers la sortie autour de 2030. À cet horizon également, un véhicule à propulsion électrique fera la navette entre l’orbite basse terrestre et la future base lunaire. 

Au-delà de l’horizon 2030, la Russie table sur l’introduction d’un lanceur dont le premier étage sera réutilisable. Des vols habités seront effectués dans l’orbite lunaire et la construction d’une base sur la Lune sera entamée.

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Il est aussi question d’élaborer un lanceur (Angara-100 ou Yenisseï-5) capable d’envoyer entre 130 et 180 tonnes dans l’espace pour rendre possible une mission habitée vers mars. 

Selon Anatoli Zak, l’élément positif de la nouvelle feuille de route, c’est que « les dirigeants fixent désormais des objectifs pragmatiques et non pas de prestige comme ceux hérités de la période soviétique ». Ainsi, les vols habités, qui représentaient 58% du financement total, vont être réduits.

La hiérarchie donne désormais la priorité aux applications pratiques ; viennent ensuite les missions scientifiques et en dernier, les vols habités.

En chiffres

4,5 milliards d’euros, tel est le budget consacré à Roscosmos pour 2013. Soit trois fois plus qu’en 2008.

Toutefois, la décision de se lancer dans la construction extrêmement onéreuse d’un nouveau cosmodrome (Vostotchny) apparaît comme politique, « ce qui risque d’être un douloureux et inutile sacrifice supplémentaire vu l’absence de financement pour le développement d’un lanceur lourd et vu le passage au second plan des vols habités », remarque Zak. 

L’exploration interplanétaire reste un domaine négligé par la Russie, ou du moins repoussé à un lointain futur. L’échec du lancement de la sonde Phobos-Grunt en 2011 a jeté un froid durable. La coopération internationale pourrait, si elle s’intensifie, permettre à Roscosmos de revenir plus tôt dans l’exploration interplanétaire.

Les Russes sont en effet associés au projet européen ExoMars, dont les lancements sont prévus en 2016 et 2018. Roscosmos devrait en partie prendre le relais de la NASA, qui a renoncé récemment à ExoMars

Sur le versant commercial, la coopération internationale porte déjà ses fruits, comme en témoignent les lancements de Soyouz depuis le cosmodrome de Kourou en Guyane française.

« Européens et Russes sont très complémentaires dans l’espace, affirme un industriel français basé à Moscou. C’est à mon avis dans le segment des satellites que la coopération a le plus de potentiel. Les Russes ont une véritable offre compétitive en la matière », précise cet homme d’affaires qui n’est pas autorisé à être nommément cité.

Thales Alenia Space et ISS Reshetnev ont fondé une coentreprise le 28 février 2013 pour concevoir et fabriquer des équipements destinés aux satellites de communication russes dans un premier temps, et au marché international dans une deuxième étape. 

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