JO de Rio : la Russie quatrième malgré une équipe tronquée

Une fan russe lors du match de beach-volley entre la Russie et les Etats-Unis aux JO de Rio de 2016.

Une fan russe lors du match de beach-volley entre la Russie et les Etats-Unis aux JO de Rio de 2016.

Konstantin Chalabov/RIA Novosti
Même privée d’un grand nombre de ses sportifs, la sélection olympique russe s’est hissée au quatrième rang sur le tableau des médailles.

Cette année, il était impossible de faire des pronostics sur la prestation de l’équipe russe aux Jeux olympiques de Rio, et pour cause : jusqu’au dernier moment, personne ne savait qui pourrait aller au Brésil, et même si le moindre sportif russe pourrait s’y rendre.

En quinze jours de compétitions intenses, la sélection russe a réussi à remporter 56 médailles : 19 d’or, 18 d’argent et 19 de bronze. Les sportifs russes se sont classés quatrièmes sur le tableau, devancés, tout comme il y a quatre ans à Londres, par les équipes américaine, britannique et chinoise. Les Russes ont remporté seulement trois médailles d’or de moins qu’aux JO de Londres en 2012. Et ce alors que les athlètes et les haltérophiles étaient interdits de participation.

La Russie n’était représentée à Rio que par 286 sportifs. A titre de comparaison, rappelons que les Américains étaient 567. Vu cette composition tronquée, les 56 médailles de la Russie sont incontestablement un grand succès, a affirmé Dmitri Svichtchev, président de la commission des sports et de la culture physique de la Douma (chambre basse du parlement russe). « Je pense que nous avons été privés d’une dizaine de médailles à en juger d’après leur nombre remporté à Londres par les équipes d’athlétisme et d’haltérophilie, a-t-il déclaré. Nous sommes fautifs de nous retrouver dans une telle situation, mais dans un climat de forte pression et d’attaques psychologiques, j’estime que c’est une grande victoire de tous nos sportifs ».

Comment a-t-il été possible d’enregistrer un tel résultat ?

Victoires dans de nouvelles disciplines

Equipe russe de natation synchronisée. Crédit : ReutersEquipe russe de natation synchronisée. Crédit : Reuters

Les sports les plus « fructueux » pour la Russie en termes de médailles à Rio ont été la lutte avec 4 médailles d’or, 3 d’argent et 2 de bronze, ainsi que l’escrime avec 4 médailles d’or, 1 d’argent et 2 de bronze. Et si les résultats des lutteurs rappellent ceux de Londres en 2012, les performances des escrimeurs ont dépassé les attentes les plus osées.

Selon Ilgar Mamedov, entraîneur en chef de la sélection et champion olympique du fleuret par équipe en 1988, les succès de cette discipline au Brésil ont débouché sur un « escrime boom » dans le pays. « C’est important parce que d’habitude très peu de monde arrive dans le monde de l’escrime. Le football, le basketball et le hockey sont très prisés, mais nous, on pratique un sport fermé », a-t-il indiqué à RBTH.

La Russie a fait le plein de médailles dans les sports où elle excelle traditionnellement : la natation synchronisée (2 médailles d’or) et la gymnastique rythmique (2 médailles d’or et une d’argent). Mais elle a brillé également dans des disciplines inattendues, là où les sportifs russes ne s’étaient jamais « hissés » très haut : le tir à l’arc, le cyclisme sur piste, le taekwondo et la voile.

De g. à dr.: Les tireuses d'arc russes Tuiana Dashidorzhieva et Ksenia Perova, Inna Stepanova, championnes olympiques (argent) des JO de Rio de 2016. Crédit : Grigoriy Sisoev/RIA NovostiDe g. à dr.: Les tireuses d'arc russes Tuiana Dashidorzhieva et Ksenia Perova, Inna Stepanova, championnes olympiques (argent) des JO de Rio de 2016. Crédit : Grigoriy Sisoev/RIA Novosti

Toutefois, ce n’est qu’au premier abord que ces succès peuvent sembler fortuits. Ainsi, Stefaniya Elfutina, 19 ans, médaille de bronze de planche à voile RS:X, a remporté cette saison le championnat d’Europe où elle a débuté. L’équipe russe de tireuses à l’arc, uniquement devancée par les Sud-Coréennes, irréprochables, avait lutté à Londres pour la médaille de bronze contre les Japonaises. Les spécialistes de cyclisme sur piste Anastasia Voinova et Daria Shmeleva, qui ont perdu la finale du sprint par équipes face aux Chinoises, se rendaient à Rio en tant que championnes du monde. Le spécialiste du taekwondo Aleksei Denissenko qui, lors du dernier combat, s’est incliné face au Jordanien Ahmad Abughaush, avait remporté la médaille de bronze il y a quatre ans à Londres.  

La Russie retrouve également ses positions dans le domaine de la gymnastique artistique masculine : elle a remporté la médaille d’argent au concours général par équipe. C’est la première médaille dans ce sport depuis les JO de 2000 à Sydney, où eut lieu la brillante prestation d’Alexeï Nemov. En outre, Denis Ablyazin a gagné la médaille d’argent au saut et le bronze aux anneaux et David Beliavski le bronze aux barres parallèles.

« Lors de mon séjour à Rio, j’ai été abordée par des reporters américains et britanniques qui m’ont demandé si je voyais la sélection russe dans le top-10 aux JO. C’est-à-dire que plus personne ne nous prenait au sérieux, a confié Elena Zamolodtchikova, double championne olympique. Nos sportifs ont prouvé qu’ils peuvent faire beaucoup mieux ».

Sur les nerfs

Les nerfs des sportifs russes ont été mis à rude épreuve avant de recevoir l’autorisation à participer aux JO 2016 à Rio.

En novembre 2015, la commission de l’Agence mondiale antidopage (AMA) a accusé la Russie de dopage organisé à l’issue d’une enquête concernant l'Agence antidopage nationale (RUSADA) et la Fédération russe d'athlétisme (RUSAF). La RUSADA a suspendu ses activités, tandis que la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a interdit aux athlètes russes toute participation à des compétitions internationales.

Pendant l’été 2016, la commission de l’AMA dirigée par l’avocat Richard McLaren a rendu public un rapport dénonçant le trucage des tests antidopage en Russie visant à assurer la victoire du pays dans ses JO d’hiver de 2014 tenus à Sotchi.

Toutefois, l’AMA n’a encore présenté aucune preuve solide de dopage parmi les sportifs russes aux JO de Sotchi : le rapport de Richard McLaren est considéré comme préliminaire, et est censé servir de base à d’autres enquêtes. La décision au sujet de la sélection russe a été prise au dernier moment par le Comité international olympique (CIO) : il ne restait plus que quelques jours avant l’ouverture des JO.

Le droit de participer aux compétitions à Rio a été dû être défendu même par les sportifs propres et ceux ayant déjà « purgé » une peine de disqualification pour dopage par le passé.

Au final, la participation aux JO a été autorisée à tous, sauf aux athlètes et aux haltérophiles au complet. Une exception a été faite pour Darya Klishina, la spécialiste du saut en longueur qui vit et s’entraîne depuis plusieurs années aux Etats-Unis, celle-ci n’ayant aucun rapport avec le système antidopage en Russie.

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