Patinage artistique : Medvedeva sauve la Russie

Evguenia Medvedeva à la cérémonie de remise de médailles des Championnats d'Europe de patinage artistique de 2016 à Bratislava, en Slovaquie, le 29 janvier 2016. La patineuse russe a remporté la médaille d'or.

Evguenia Medvedeva à la cérémonie de remise de médailles des Championnats d'Europe de patinage artistique de 2016 à Bratislava, en Slovaquie, le 29 janvier 2016. La patineuse russe a remporté la médaille d'or.

Reuters
Dans le programme dames, le patinage artistique est dominé cette année par les Russes, mais les autres épreuves ont révélé la présence de problèmes systémiques dans ce sport.

Des jeunes filles en or

Si ce n’était la prestation fantastique des jeunes filles, la sélection russe aurait vécu une véritable débâcle aux Championnats du monde de patinage artistique. Au départ du programme libre dames, présenté en clôture des compétitions, l’équipe russe n’avait gagné aucune médaille, et amoncelé un tas de déceptions. Dans cette situation, les Russes devaient patiner sous le double poids de la situation générale et de la concurrence intérieure parmi les individuelles. Le tournoi s’est déroulé à Boston et les Américaines espéraient triompher tout autant que les Russes. D’ailleurs, la meilleure après le programme court était l’Américaine Gracie Gold dont le nom semble parler de lui-même.

Mais Evguenia Medvedeva a réalisé un programme libre époustouflant, balayant tous les doutes au sujet de la nouvelle championne du monde. La jeune fille de 16 ans a survolé cette saison la finale du Grand prix et les Championnat d’Europe en amassant un record de points sur le libre (150,10) et en remportant la médaille d’or. Sa compatriote, Anna Pogorilaïa, 17 ans, a raflé la médaille de bronze. Les deux jeunes filles ont clairement montré qu’elles étaient prêtes à lutter, aussi bien du point de vue technique que psychologique. Et s'il fallait être myope mour ne pas parier sur Medvedeva, la médaille d'Anna Pogorilaïa est en somme une surprise.

« Anna Pogorilaïa a présenté son programme avec assurance et tempérament. Dans le groupe final, le classement des patineuses était si serré qu’il était logique de s’attendre à n’importe quelle surprise. Ce sont celles qui ont patiné de manière stable et sans fautes qui sont montées sur le podium », a dit au sujet de sa collègue la championne du monde de 2015, Elizaveta Touktamycheva, qui ne s’est pas qualifiée cette année pour la sélection.

Anna Pogorilaïa, médaillée de bronze medal des Championnats du monde de patinage artistique à Boston. Crédit : Alexander Vilf/RIA Novosti

Cette heure de gloire des jeunes filles russes durera-t-elle longtemps ? La difficulté des programmes chez les Russes est fantastique, mais le niveau de concurrence est tel qu’une grande importance revient à la stabilité des prestations. Ainsi, Elena Radionova, qui avait remporté une médaille l’année dernière, n’a obtenu que la sixième place avec une technique excellente, mais pas idéale.

Des élémentsultra-complexes

Bien que les Russes aient remporté la finale du Grand Prix et les Championnats d’Europe, la véritable répartition des forces dans le patinage en couples s’est dévoilée lors des Championnats du monde. Aucun des trois couples russes, parmi lesquels figuraient des champions et des médaillés des Jeux olympiques, n’a pu lutter ni pour la victoire, ni pour une place sur le podium.

En effet, deux ans se sont écoulés depuis que Tatiana Volossojar avec Maxime Trankov et Ksénia Stolbova avec Fiodor Klimov ont donné a voir une technique fabuleuse aux Jeux olympiques de Sotchi. Toutefois, le patinage en couples a fait un véritable bond depuis 2014 en se concentrant sur des éléments ultra-compliqués : ce sont ces derniers qui définissent aujourd’hui les candidats aux médailles. Les Canadiens Meagan Duhamel et Eric Radford, champions du monde, et les Chinois Sui Wenjing et Han Cong, qui les suivent, ont persévéré dans cette voie. Or, les Russes n’ont pas évolué, en partie suite à ded blessures, comme pour le couple Ksénia Stolbova et Fiodor Klimov, en partie en raison d'un manque de motivation, comme chez Tatiana Volossojar et Maxime Trankov.

Il convient en outre de ne pas oublier que les trois couples qui ont représenté la Russie à Boston sont tous entraînés par Nina Mozer. Or, les coachs ont également besoin de concurrence, tout comme les sportifs.

Diviser pour perdre

Côté danse sur glace, les Russes se sont classés 9ème et 11ème. Dans cette discipline où il est difficile de faire brusquement irruption dans les rangs de l’élite, la déception est le résultat de la décision qui a été prise après la saison olympique.

Le couple Elena Ilinykh et Nikita Katsalapov a remporté la médaille de bronze à Sotchi. Il semblait filer vers une victoire assurée. Mais il s’est séparé et sa place a été prise par deux autres, insignifiants. Même lors de leurs meilleures prestations, les duos russes se sont perdus parmi les couples éminents.

Un nouveau Plushenko ?

Mikhaïl Kolyada aux Championnats du monde de patinage artistique à Boston. Crédit : Alexander Vilf/RIA Novosti

En l’absence d’Evgueni Plushenko, la Russie n’enregistre pas non plus de résultats significatifs dans l’épreuve individuelle chez les hommes. Maxime Kovtoun, qui prétend au leadership dans la sélection russe depuis plusieurs saisons, est incapable d’assumer cette responsabilité, avant tout psychologiquement. Sa 18ème place aux Championnats du monde en est un témoignage probant. Toutefois, il a été soutenu par son collègue, Mikhaïl Kolyada, ce débutant de 21 ans des Championnats d’Europe et du monde. Véritable révélation du tournoi, le patineur a réussi à devancer le Canadien Patrick Chan et à s’arrêter à un pas du podium.

L’entraîneur de Mikhaïl Kolyada, Valentina Tchebotariova, indique que son élève commence à progresser un peu tard, mais que son succès est logique. « Mikhaïl a eu une sérieuse blessure. Il a subi plusieurs opérations et s’est retrouvé avec une plaque de métal dans la jambe. Il a manqué une saison entière, mais nous nous en sommes remis. Aux Championnats du monde il était débutant et la responsabilité ne pesait pas sur lui de tout son poids. Il se sentait plus libre ».

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