Sepp Blatter : « J’apprendrai le russe d’ici 2018 »

Le 19 novembre 2010. Le président de la FIFA Joseph S. Blatter lors d'une conférence de presse à l'issue de la rencontre du Comité Exécutif à Zurich, en Suisse.

Le 19 novembre 2010. Le président de la FIFA Joseph S. Blatter lors d'une conférence de presse à l'issue de la rencontre du Comité Exécutif à Zurich, en Suisse.

EPA
Le président de la FIFA Joseph Blatter, suspendu de ses fonctions le 8 octobre par le comité d'éthique de la fédération, s'est confié à l'agence de presse russe TASS. RBTH a sélectionné les extraits les plus marquants.

« La crise a commencé avec les insultes personnelles de Platini »

Au sein de l'UEFA on ne voulait déjà plus de moi à la présidence de la FIFA dès 2012. C'était une action bien planifiée contre moi. Malgré cela, toutes les confédérations ont soutenu ma candidature et seule l'UEFA a tenté de me faire remplacer. Ce fut un échec - même après ce tsunami d'informations à mon sujet j'ai tout de même été choisi pour présider la FIFA. Rappelez-vous : les politiciens européens avaient eux aussi participé à la campagne contre moi, quand le Parlement européen a adopté par deux fois une résolution appelant à "ne pas voter Blatter". C'est une ingérence directe de la politique dans le sport. Et tout cela a commencé avec Michel Platini (président de l'UEFA, lui aussi suspendu de ses fonctions temporairement, ndlr). C'est un conflit personnel.

« Impossible de détruire la FIFA »

Tout cela a pris une dimension politique plus tard, quand les pays qui avaient perdu dans la compétition pour organiser la Coupe du monde ont rejoint la campagne anti-FIFA (en décembre 2010 la Russie a remporté le droit d'organiser la Coupe du monde 2018 face à l'Angleterre, et le Qatar en 2022 plutôt qu'aux USA, ndlr).  Mais il n'est pas possible de faire tomber la FIFA - ce n'est pas une banque suisse ou une simple entreprise. Elle ne peut pas être prise de cette manière. De concert avec les autorités suisses, ces pays ont organisé une attaque contre la FIFA et son président... et on s'est rendus compte que la Coupe du monde et le président de la fédération s'étaient retrouvés au cœur d'un conflit opposant deux puissances géopolitiques.

« La Coupe du monde 2022 aurait dû revenir aux USA »

On avait l'intime conviction que l'une des Coupe du monde reviendrait à la Russie - un pays d'Europe de l'Est qui n'a jamais accueilli la compétition - et que celle de 2022 serait organisée par les USA. Ainsi, les deux principales forces géopolitiques mondiales auraient eu leur championnat. Tout allait comme sur des roulettes jusqu'à ce que Nicolas Sarkozy, alors président français, rencontre le prince héritier du Qatar qui en est aujourd'hui l'émir (Tamim ben Hamad Al Thani, ndlr). Après cet entretien Sarkozy a fait savoir à Platini qu'il ne serait pas inopportun d'organiser la Coupe du monde 2022 au Qatar. C'est là qu'on a commencé à entendre qu'il fallait que la compétition se déroule au Qatar. Ça a rebattu toutes les cartes. Quatre votes initialement promis aux USA par les pays européens sont passés au Qatar. Si tout s'était passé comme prévu, la partie américaine aurait remporté le vote à 12 contre 10. On s'était préparés à deux superbes coupes du monde : l'une en Russie en 2018 et l'autre aux USA en 2022. Au final, on ne parle que de la crise de la FIFA.

« J'aurais dû partir en 2014 »

Rien ne sert de se plaindre maintenant, car de toute façon on ne peur rien changer à ce qui s'est passé. Quand même, j'aurais dû prendre mon courage à deux mains et partir après la Coupe du monde 2014 au Brésil. Mais cinq des six confédérations m'ont demandé de rester. Elles avaient peur qu'arrive au pouvoir un Européen, et que tout le football mondial - l'argent, les joueurs - passe entre les mains de l'UEFA. Dans cette situation je n'avais pas d'autre choix que de rester.

« Les Anglais se comportent comme des perdants »

La Russie ne va pas perdre son droit d'organiser la Coupe du monde. La FIFA a bloqué la compétition sur ce pays et il n'y aura aucun changement. Les Anglais ont inventé les règles de ce sport merveilleux, les principes du fair-play, mais lors de ces élections la candidature de leur pays n'a reçu qu'une voix au premier tour. Personne ne voulait que la Coupe du monde se déroule en Angleterre, et ils essaient de ne faire porter la faute.

« Dans les moments difficiles, Poutine m'a toujours soutenu »

J'ai rencontré Vladimir Poutine au sujet de l'organisation de la Coupe du monde en Russie. Il voulait vraiment que son pays reçoive la compétition et m'a demandé si c'était réaliste. J'ai répondu que oui. Cela s'inscrivait dans le principe de rotation des continents. Dans les moments difficiles j'ai toujours reçu le soutien du président Poutine. Cela m'a beaucoup aidé. De mon côté, je le soutiens dans tous les moments de controverse.

« Je promets d'apprendre le russe d'ici 2018 »

En 1973 j'ai assisté à l'Universiade à Moscou, puis aux JO de 1980. J'ai beaucoup de souvenirs de cette époque - cette réception au Kremlin avec Brejnev, qui bougeait avec difficulté, comme sur des patins à roulettes, la prohibition sous Gorbatchev, cette fois où nous sommes allés aux bains russes avec l'ancien président de l'Union russe de football Viatcheslav Koloskov... J'ai commencé à apprendre la langue russe. Mais malheureusement, j'ai davantage l'occasion de lire que d'entendre les langues étrangères. L'espagnol, le portugais, l'allemand, le français : pas de problème. Par contre, je peux parler avec l'accent russe mais suis incapable de lire en cyrillique ! Je promets d'apprendre le russe d'ici la Coupe du monde 2018.

Texte original publié sur le site de TASS

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