Régime sec pour le football russe

Le salaire de l’attaquant du Zenit, Hulk, s'élève à 7 millions d'euros par an, selon un contrat qui expirera en 2017. Crédit : AFP/East News

Le salaire de l’attaquant du Zenit, Hulk, s'élève à 7 millions d'euros par an, selon un contrat qui expirera en 2017. Crédit : AFP/East News

Les clubs de football russes sont accordés sur l'instauration de taux de change fixes et « internes », inférieurs à ceux du marché. Ils répondent ainsi aux joueurs et à leurs agents, qui demandaient une révision des contrats. RBTH s'est penché sur la sincérité des clubs quant à leurs objectifs, et sur les menaces éventuelles pesant sur le football russe, à savoir un exode massif des stars internationales.

Le 24 décembre dernier, les clubs de football de Ligue 1 russe ont signé une déclaration d’intention commune, dans laquelle ils exposaient leur décision d'instaurer des taux de change « internes » pour le dollar et l'euro, soit une équivalence respective de 45 et 55 roubles (au 25 décembre, le taux officiel était respectivement de 54.5 et 66.4 roubles). Le mémorandum souligne également que la situation du football russe, résultant de la chute du rouble, a presque atteint un niveau critique. La raison est due au fait que les salaires des joueurs sont versés, dans environ 70% des cas, en devises, alors que les revenus encaissés par les équipes sont majoritairement en roubles. Les clubs comptent ainsi demander aux joueurs et à leurs agents de réviser les accords existants en tenant compte des taux de changes internes qui seront instaurés.

Le président de la Ligue 1 de football russe, Sergueï Priadkine, a mis l'accent sur la nécessité d'une telle décision face à la grave crise financière en cours. Priadkine a déclaré au journal Sport Express : « La hausse du taux de change a eu des répercussions dramatiques sur la Ligue de football, et la quasi-totalité des clubs devront repenser leur budget, car la part des dépenses a augmenté. Personne ne pouvait suivre une telle évolution, c'est pourquoi nous avons convenu d'une déclaration d'intention interne. Les clubs seront tenus de la respecter. Le mémorandum spécifie clairement que chaque club devra en discuter individuellement avec ses joueurs, car les contrats diffèrent tous les uns des autres ».

Déclaration d'intention

Les présidents concèdent qu'en pratique, il sera difficile de procéder à une révision des contrats. Le secrétaire général du club moscovite CSKA, Roman Babaïev, a confié au site Championat.com : « Nous voyons bien qu'il s'agit avant tout d'une déclaration d'intention : personne ne veut modifier unilatéralement les dispositions prises avec les joueurs, car après tout, ceux-ci sont protégés par les contrats. Cependant, une position consolidée permettrait de partager notre point de vue avec les footballeurs et leurs agents. »

Son collègue du FK Spartak de Moscou, Roman Askabadj, espère que les joueurs se montreront conciliants avec la Ligue. Sur le portail Championat.com, le directeur général de l'équipe rouge et blanche s'interroge : « Comment vont réagir les joueurs ? Difficile de répondre à cette question pour le moment. Ils rentrent à peine de vacances, et nous aurons à peine le temps d'en discuter avec eux avant les réunions de préparation, pour les inciter à être bienveillants à notre égard. J'espère sincèrement que les joueurs soutiendront la décision des clubs, et que la Ligue restera unie ».

Le président du club moscovite Torpédo, Alexander Toukmanov, est prêt à licencier les joueurs qui se montreraient rétifs à accepter une révision des contrats. « Le Torpédo se séparera de ceux qui considèrent cette décision comme inacceptable », a-t-il déclaré à l'agence TASS.

Les droits des joueurs lésés

Dans une interview donnée au journal Vedomosti, le partenaire du cabinet d'avocats Legal sport, Mikhaïl Prokopets, considère la décision des clubs et de la Ligue comme logique ; il met cependant en garde contre le fait que le mémorandum n'est pas contraignant juridiquement pour les joueurs : les relations entre joueurs et clubs seront définies par les clubs sous forme de contrats de travail, c'est pourquoi les clubs doivent s'accorder avec leurs équipe sur ce point. Prokopets souligne qu'en Russie, les footballeurs ne sont pas chapeautés par des syndicats puissants, qui les protègeraient et seraient capables de négocier avec la Ligue (ex: sur un montant maximum des salaires), et les clubs n'ont pas à payer d'amende s'ils violent les règles établies.

Valery Fedoreïev, le chef du service Droit du sport au sein du cabinet d'avocats CMS, critique la décision de la Ligue, et considère que celle-ci lèse les droits des joueurs. Cité par le journal Kommersant, Fedoreïev s'indigne : « Les déclarations qui encouragent à licencier les joueurs opposés aux nouvelles conditions de travail sont plutôt bizarres. Il existe peu de moyens de justifier légalement de telles pratiques - au pire, on peut citer de graves infractions à la discipline. Dans d'autres cas, les clubs seront contraints de payer des indemnités pour licenciement prématuré. Et ces indemnités compenseraient les rentrées d'argent issues de la baisse du taux de change ». Par exemple, le salaire de l’attaquant du Zenit, Hulk, s'élève à 7 millions d'euros par an, selon un contrat qui expirera en 2017. Des sources non-officielles estiment qu'il pourrait recevoir plus de 20 millions d'euros d'indemnité, si son club venait à le licencier prématurément.

Transition vers un nouveau modèle économique ?

Nikolaï Grammatikov, secrétaire général du syndicat russe des joueurs et entraîneurs de football, a déclaré au journal Kommersant : « Il faudra respecter les contrats, et les joueurs n'auront sans doute aucun souci à se faire ». D'après lui, la hausse du dollar et de l'euro face au rouble ont mis en lumière un vieux problème du football russe - les revenus peu élevés de la Ligue 1. « Chaque année, la Ligue 1 enregistre 60 millions de dollars de recettes, et les clubs dépensent en tout plus d'un milliard. En outre, il n'existe aucun accord entre clubs quant au montant maximal des salaires, el n'y a pas de convention collective entre clubs et joueurs. Ce problème de longue date ne va pas se régler avec un simple mémorandum. Il vaudrait mieux le considérer comme une invitation à dialoguer sur la mise en place d'un nouveau modèle économique au sein du football russe », conclut Nikolaï Grammatikov.

 

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