Les skaters russes font une percée au niveau mondial

Maxim Krouglov. Crédit : Maxim Chatrov

Maxim Krouglov. Crédit : Maxim Chatrov

En Russie, le skateboard ne peut pas se vanter d’avoir une longue histoire. Mais ces dernières années, les meilleurs skateurs russes ont rattrapé voire dépassé leurs collègues professionnels étrangers.

C’est en 2013 qu’on a vraiment commencé à parler des skateboardeurs russes, lorsque Maxim Krouglov a remporté la Simple Session en Estonie, grande compétition européenne qui se déroule chaque hiver. Le sportif russe y a surpassé des athlètes européens et même américains renommés. Cette année, Egor Goloubev a réalisé les meilleures figures lors d’un tournoi organisé à Berlin par Nike.

Même la presse spécialisée se met à écrire des articles sur les champions russes : un extrait vidéo avec la participation du skateur russe Gochа Konychev, par exemple, été postée sur thrashermagazine.com, site américain le plus prestigieux dans le domaine. Et des articles sur les projets des équipes russes sont régulièrement publiés dans le célèbre magazine paneuropéen Kingpin.

Une industrie prend forme

Pourtant, jusque dans les années 1990, le skateboard en Russie constituait un divertissement pour une poignée d’amateurs. Le premier boom du skate a eu lieu dans le pays au début des années 2000.

La popularité mondiale de ce sport, la hausse du niveau de vie en Russie, ainsi que la sortie de plusieurs jeux informatiques et films cultes sur le skateboard ont eu une grande influence. Pratiquer ce sport est devenu branché. L’offre de planches, de chaussures et d’équipements a augmenté dans les grandes villes.

Encouragés par cette nouvelle tendance, des milliers d’adolescents sont sortis dans les rues. Les entreprises spécialisées dans le domaine ont soutenu le mouvement en créant les premières équipes russes, en faisant voyager les professionnels à travers le pays et en sponsorisant les jeunes talents.

Une industrie a ainsi commencé à voir le jour. Les premiers médias russes spécialisés dans le skate sont également apparus, sur Internet et dans la presse écrite.

L’autre événement important a été l’ouverture en 2001 à Moscou du premier skatepark couvert : Adrenaline. À l’époque, il s’agissait du plus grand d’Europe, avec une grande zone de patinage et trois rampes. De plus, il offrait la possibilité de s’entraîner en hiver. Le skatepark Adrenaline a existé pendant exactement dix ans.

Crise et nouvelles opportunités

Cette hausse d’intérêt a cependant connu un arrêt en 2008, année de crise. Les prix ont flambé et les ventes des sociétés de skateboard, en particulier de chaussures et de vêtements, ont commencé à baisser. Les marques ont considérablement diminué leurs budgets destinés au soutien tant des riders pros que de la discipline plus généralement.

Malgré cette chute de popularité, un noyau de professionnels s’était formé. Les marques et producteurs russes des planches Absurd, Union et Rebels ont vu le jour à peu près au même moment. Ils ont réussi à rassembler autour d’eux les meilleurs skateurs qui se sont mis à publier activement des vidéos sur le skateboard et à effectuer des tournées, d’abord en Russie et un peu plus tard à l’étranger.

Les premiers champions ont été les Pétersbourgeois Maxim Krouglov et Egor Goloubev. Ils ont très vite été rejoints par Gocha Konychev et Dima Dvoïnichnikov. À présent, ces jeunes représentent l’élite du skateboard russe.
 

« Aujourd’hui, nos gars rivalisent avec les stars européennes de classe mondiale. Et ce n’est pas grave si le top russe ne se compose pour le moment que de cinq personnes. Le plus important est qu’on ait réussi une première percée, même fragile, en 2014 sur la scène européenne. Le skateboard russe connaîtra obligatoirement un boum après un certain temps. Espérons seulement que les sanctions et la nouvelle crise ne mettent pas définitivement l’industrie à terre », pense Alexeï Lapine, photographe de skate professionnel.

« En quinze ans, le niveau du skateboard en Russie a franchi plusieurs étapes. Mais en règle générale, on doit cette amélioration aux réussites des skateurs des deux capitales [Moscou et Saint-Pétersbourg, ndlr], où cette discipline a déjà connu quelques générations de gars. En province, la situation est toutefois pratiquement inchangée depuis les années 1990. Là, on ne connaît que la deuxième-troisième génération de skateurs et la culture n’est pas encore véritablement formée. Il faudra encore du temps pour rattraper le retard », explique Oleg Larionov, directeur de l’équipe Boardshop #1 et photographe de skate.

 

Hausse de la construction d’installations

 Les succès des professionnels russes sur la scène internationale ont concordé avec une nouvelle hausse de l’intérêt pour le skateboard. Moscou a ainsi connu une hausse de la construction de skateparks. Tout a commencé l’été dernier avec le nouveau parc en béton de Krasnaïa Presnia, dans le centre de Moscou.

Trois autres emplacements ont vu le jour dans d’autres quartiers de la capitale : de grands parcs ouverts dont le choix des obstacles se marie avec le relief et l’architecture des rues. Début septembre, la ville de Moscou a annoncé l’ouverture d’un skatepark, qui devrait, de nouveau, devenir le plus grand d’Europe.

« Ces dernières années, un grand nombre d’endroits pour le skate, où l’on peut apprendre bien plus de figures en un seul jour qu’en deux semaines dans la rue, ont été mis en place », explique Gocha Konychev, skateur des équipes Absurd et DC. « Moscou ne possède pas encore de bon skatepark couvert où l’on pourrait conserver son niveau et progresser pendant les cinq mois de temps pluvieux et neigeux. Le skateboard russe est désormais plus soudé, les gars se rencontrent souvent ou communiquent via Internet. Nos skateurs sont plus mobiles et leurs homologues étrangers n’ont plus peur de cette Russie « exotique et dangereuse » ».

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