La synchro absolue

Les nageuses russes, championnes du monde. Crédit : Reuters

Les nageuses russes, championnes du monde. Crédit : Reuters

Au championnat du monde de natation, l'équipe russe de natation synchronisée vient, une fois de plus, de remporter les sept médailles d'or malgré sa nouvelle composition et l'absence de la triple championne olympique Natalia Ichtchenko.

Lors de la conférence de presse donnée à la suite de la septième victoire absolue des nageuses russes au championnat du monde de natation, les journalistes ont demandé aux rivales traditionnelles des Russes, les nageuses espagnoles : « Savez-vous ce qu'il faut faire pour battre l'équipe russe ? » « Nous avons le même entrainement, 10 heures par jours, ont répondu les Espagnoles. Peut-être qu'il faut qu'on arrête de dormir et qu'on passe 24/24h dans l'eau ! »

En chiffres

4,5 minutes : Telle est la durée d'apnée que pouvait réaliser Svetlana Romashina dans son adolescence.

Svetlana Kolesnitchenko qui pour le duo libre avec Svetlana Romashina a remplacé la prima mondiale de la nage synchronisée, la triple championne olympique, 16 fois championne du monde, Natalia  Ichtchenko, partage cette idée. Bien qu'elle débutait dans ce type de programme, Svetlana n'avait pas sa langue dans sa poche et n'a pas hésité à appeler les choses par leur nom : « Pour moi, il n'y aura pas de mystère quant aux résultats des compétitions, même avec la composition que nous avons choisie au dernier moment. Nous sommes largement supérieures à nos adversaires et nous travaillons dur. Je ne vois personne qui pourrait nous égaler, souligne Kolesnitchenko. La veille des compétitions, on entend souvent que les Chinoises ou les Espagnols ont des supers programmes. Puis on arrive et on voit qu'elles n'ont pas à notre niveau ».

D'ailleurs, Svetlana est contente que son équipe ait tant d'avance. Ceux qui aiment les sensations fortes choisissent le plongeon où, jusqu'au dernier moment, on ne connait pas le vainqueur. Même les indomptables chinois font des erreurs. Pourquoi Svetlana cite-t-elle l'exemple du plongeon ? C'est très simple. L'équipe de natation synchronisée soutient toujours les plongeurs, et inversement. En effet, la seconde entraineuse de duo libre, Lena Ternovskaia et le médaillé d'argent en plongeon synchronisé à Barcelone-2013, Victor Minibaiev se marient cet été. Les équipes des filles et des garçons sont amies. Ils peuvent comparer. Aussi, Kolesnitchenko est toujours plus à l'aise quand son équipe a une bonne longueur d'avance.

À la question légitime des journalistes, comment s’assurer un tel avantage, Svetlana répond sans réfléchir. Elle explique en détail quelle est la force de la natation synchronisée russe : « Le principal secret derrière nos victoires, ce sont nos entraineuses, Tatiana Pokrovskaia et Tatiana Dantchenko. Désomais de mère en fille : la fille de Dantchenko, Lena Ternovskaia, aide déjà sa mère. Et bien sûr, l'excellente école de natation synchronisée. Celles qui sortent des compétitions enfant et junior rejoignent l'équipe avec un bon niveau d'entrainement, ce sont des championnes du monde juniors, et elles continuent à perfectionner leur technique ».

On pourrait s'attendre à ce que les Russes, invaincues depuis quatre éditions de Jeux olympiques, deviennent présomptueuses et se reposent sur leurs lauriers. Leur écart le leur permet. Mais non. Elles sont toujours aux aguets. Tel est l'enseignement de l'entraineuse-chef Tatiana Pokrovskaia et de l'entraineuse en solo libre et en duo libre, Tatiana Dantchenko. Les favorites de toutes les compétitions ne crient jamais victoire avant l'heure. « Je sais que Tatiana Dantchenko fait des crêpes pour célébrer les victoires, dit Svetlana Kolesnitchenko, Je ne fais pas de crêpes, mais j'offre un peu de champagne. Mais toujours après les championnats. On n'aime pas déboucher le champagne avant l’heure. C'est une tradition. Nous sommes toujours inquiètes et restons concentrées jusqu'au bout. Bien sûr, on se félicite mutuellement pour nos médailles d'or pendant les championnats. Mais sans grands gestes. Il nous reste encore quelques jours de compétitions. »

La championne Kolesnitchenko n'hésite pas à parler de ses erreurs, même s'il ne s'agit pas vraiment de lacunes réelles, mais d'un désir de la perfection absolue. « Pendant le ballet libre, nous étions sur le bord du bassin dans un endroit d'où l'on voit, comme dans les coulisses, toutes les petites erreurs et lacunes. Par exemple, on aurait bien aimé qu'elles fassent une portée un peu plus haute, un peu plus forte, comme pendant l'entraînement. Elles n'ont pas pu. C'est la fatigue. C'est tout de même le deuxième tournoi après l'Universiade et, en bas, nous avons des vraies novices, petites, frêles. Elles n'avaient jamais réalisé des compositions et des portées aussi compliquées. Mais elles ont tenu. Et je voudrais souligner qu'en finale, elles ont fait mieux qu'en demi-finale. Tout le monde l'a vu. Pour moi, c'est très important ». « Les petites, frêles » sont les cinq juniors « maternées » par les quatre championnes olympiques restantes après les Jeux de Londres. Mais la participation au championnat du monde a été un tel « coup » pour les jeunes nageuses inexpérimentées, d'après Tatiana Pokrovskaia, qu'elles ont grandi sur le champ.

L'inégalée Natalia Ichtchenko, triple championne olympique, 16 fois championne du monde, est également partie. Elle comptait participer au solo qu’elle adore à Barcelone. Mais l'arrivée imminente d'un enfant l'a obligée à changer ses projets. Toutefois, elle reste toujours auprès des filles. Elle a aidé Svetlana Romashina et Svetlana Kolesnitchenko à préparer leurs programmes et à devenir un véritable duo. Lors du championnat du monde, elle appelait ses amies pour les soutenir, les encourager avant les compétitions. « Faire des solos après Ichtchenko est incroyablement difficile, dit Romashinа. D'autant plus que mon dernier solo date de 2004, soit il y a dix ans, quand j'étais junior. Mais, je crois que toutes ces années, une soliste vivait en moi. Aujourd'hui, je l'ai prouvé ».

Ainsi les nageuses russes défilent sur le podium.

Le duo Romashina – Kolesnitchenko, « Rock »

À l'issue du duo de Romashina Kolesnitchenko intitulé « Rock » sur une chanson de Metallica, où les nageuses sont apparues avec des Iroquois, jouaient de l'air-guitare et faisaient des grimaces comme des vraies rockeuses, de nombreux hommes ont rejoint les rangs de leurs fans. Ils ont apprécié le choix de musique et les images fortes.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.