La roue de la fortune

Il y avait longtemps que la passion n’avait été aussi bouillante sur le Dakar.  Crédit : AP

Il y avait longtemps que la passion n’avait été aussi bouillante sur le Dakar. Crédit : AP

Les représentants de la nouvelle génération de l’équipe ont offert un cadeau de prestige pour les 25 ans de KAMAZ Master. Personne, pas même des membres du groupe aussi connus que le septuple vainqueur du Dakar Vladimir Tchaguine et le fondateur de l’équipe légendaire Semion Iakoubov ne s’attendaient à ce que leurs successeurs prennent toutes les places du podium.
Le nouveau vainqueur du Dakar dans la compétition des camions, Edouard Nikolaev, a perdu la capacité de la parole lorsqu’il est sorti de sa cabine après la dernière étape à Santiago. Toutes les tentatives des journalistes pour lui poser des questions ont tourné au fiasco, Nikolaev a pleuré comme un enfant et rien n’a pu le consoler. Semion Iakoubov l’a pris paternellement dans ses bras : « Je suis si content pour toi ! Allons, ne pleure pas. Même si j’ai pleuré moi aussi pour mon premier Dakar. Tout s’est bien passé… ».

« Je n’avais aucun doute qu’ils arriveraient ici les premiers, déclare Semion Iakoubov. Ce résultat est pleinement logique et attendu. Mais, on peut dire que ça s’est produit un peu plus tôt qu’on ne le pensait. Il faut en tout premier lieu féliciter le directeur de l’équipe Vladimir Tchaguine. Il s’est occupé toute l’année des gars, et le résultat est au rendez-vous ! Il leur a fait confiance tout au long du Dakar, alors on peut dire que c’est aussi son succès ».

Assez étonnamment, Edouard Nikolaev n’a pas gagné la moindre étape de cette course mais, au final, son résultat s’est révélé le meilleur. Il n’a pas perdu inutilement de temps, a suivi son allure régulière et a su préserver son véhicule et ses forces. Et cette tactique lui a apporté sa première victoire longtemps attendue sur le Dakar

Airat Mardev, deuxième de la course et fils d’un autre célèbre pilote de KAMAZ, Ilgizar Mardev, ne parvenait pas à croire à son résultat. Sur ce Dakar, il était avec son père qui assurait le jeune avec une assistance technique d’urgence. Malgré le fait qu'Ilgizar ait terminé à la quatorzième place, c’est aussi sa victoire. Il a sacrifié son temps pour qu’ils soient premiers. 

« Le sentiment d’une sorte de vol dans l’air, voilà comment Vladimir Tchaguine a ressenti la victoire de ses protégés. Personne d’entre nous ne s’attendait à que ce Dakar puisse se finir ainsi. Au début de la course, qui s’est déroulé difficilement pour nous, nous ne pouvions même pas rêver aux places d’honneur. Une seule place d’honneur aurait déjà été pour nous un très grand succès. Mais nos petits gars se sont simplement accrochés et n’ont pas lâché leurs positions qu’ils avaient obtenues avec tant de difficulté. Toutes les nuits, les gars et les mécanos devaient travailler et préparer les véhicules. Et nos camions nous ont portés à la victoire. Je suis content que nous nous soyons montrés dignes non seulement des espoirs des supporters, mais que nous les ayons aussi dépassés ».

Quand un autre pilote KAMAZ, Andreï Karginov, a franchi la ligne d’arrivée, l’équipe était sous le choc. Après l’arrêt, le camion s’est penché sur un côté. Andreï a fait l’étape sur trois roues ! Le pilote n’a pas pu se rappeler où il a perdu la quatrième. Semion Iakoubov a attentivement examiné les lambeaux qui pendaient à la jante à la place de l’autre pneu, et a dit à l’équipe de saluer chaleureusement ce « bedoin de bronze ». A ce moment là, Andreï ne savait pas qu’il devançait le hollandais Gerard de Rooy, luttant pour occuper sur ce Dakar la troisième place. « Andreï, détends-toi ! Ils sont tous derrière, c’est toi le troisième ! » lui ont crié ses camarades d’équipe.

Il y avait longtemps que la passion n’avait été aussi bouillante sur le Dakar. Le suspense dans la compétition des camions est resté entier jusqu’à la ligne d’arrivée. Si on avait déjà une idée sur les prétendants pour la première et deuxième place à l’avant dernière étape (Edouard Nikolaev avait assez d’avance pour le dernier jour s’il n’y avait pas de problème, et Aïrat Mardev devait juste un peu appuyer sur l’accélérateur), le bronze d’Andreï Karginov a fait sensation. Il s’est ensuite révélé qu’il avait perdu sa roue dix kilomètres avant la ligne d’arrivée, mais a pris le risque de continuer sans elle, c’était incroyable !

En route, Andreï a aussi laissé son rétroviseur si bien qu’il ne pouvait pas regarder en arrière. Pendant ce temps, à ses talons se trouvait Gerard de Rooy qui, lors de la dernière étape, a tout tenté pour prendre aux russes la troisième place. Mais il n’en fut rien ! En fait, au moment le plus dur de la course, Karginov s’est senti « pousser des ailes ». « Dans les dernières heures de la course, j’ai appuyé si fort sur l’accélérateur que mon pied droit a eu des ampoules ! » a expliqué Andreï en partageant ses impressions.

« Mais ce Dakar n’a pas été sans aventures. Lors d’une des étapes, un camion de l’équipe est tombé en panne. La panne technique a contraint une bonne moitié des membres de KAMAZ Master a goûté au charme d’un vrai Dakar, raconte l’attaché de presse de l’équipe Eric Khairoulin. Les objets personnels, les tentes, les sacs de couchage de beaucoup de personnes sont restés dans la voiture de Farit Badretdinov qui a fait remorquer le camion endommagé jusqu’au bivouac à Arik. 26 tonnes de son poids plus 24 tonnes du KAMAZ endommagé et plus de 300 kilomètres serpentés de cordillère de Andes… Naturellement, ce convoi n’a rejoint l’équipe qu’au matin du 10 janvier ».

La situation s’est encore compliquée lorsqu’après avoir traversé la frontière, le rally s’est mis à vivre à l’heure chilienne ce qui signifiait une perte de deux heures précieuses de sommeil. Ceux qui ont pu dormir cette nuit là, se sont allongés où ils ont pu et on a couvert ceux qui ne tenaient pas debout. Il n’était pas question de d’espérer le moindre comfort. Les vétérans de l’équipe, en voyant un tel tableau, ont esquissé un sourire : voilà ce qu’est le vrai Dakar !

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