Dopage : indignation en Russie suite à la publication des données de l’AMA

Serena Williams.

Serena Williams.

Getty Images
L’opinion publique russe critique l’Agence mondiale antidopage suite à la publication de données de l’organisation par le célèbre groupe de pirates Fancy Bears.

Une vague de critiques contre les « doubles standards » de l’Agence mondiale antidopage (AMA) a inondé le web russe suite à la publication par le groupe de hackers Fancy Bears de documents confidentiels piratés dans la base de données de l’AMA.

Bien que l’attaque des pirates de Fancy Bears vise clairement les sportifs américains, les internautes russes sont surtout indignés par le comportement de l’AMA, qui aurait autorisé l’utilisation de substances illicites par les sportifs américains à titre exceptionnel.

Question de réputation

Comme pour le célèbre piratage des serveurs du Parti démocrate américain, le Kremlin dément catégoriquement toute implication de la Russie dans les attaques contre l’AMA. «  Nous pouvons assurer que toute implication des autorités de la Russie, de son gouvernement et des services russes dans ces actions est totalement exclue. C’est absolument impossible », a déclaré le porte-parole du président russe Dmitri Peskov au sujet des accusations d’implication de la Russie dans l’attaque.

La réputation de l’AMA a beaucoup souffert suite à la publication des documents piratés.

« Encore des doubles standards ? Quelqu’un a perdu la face. Qui parlait du sport propre ? » écrit @kormeev dans un tweet représentatif.

La réputation de l’AMA, déjà entachée auprès des Russes par le scandale de dopage des athlètes olympiques et paralympiques russes et l’exclusion de ces derniers, est encore plus compromise par les accusations de doubles standards à l’égard des athlètes russes et américains.

Les sœurs Williams

La décision de l’AMA de permettre aux joueuses de tennis Serena et Venus Williams d’utiliser des substances illicites à titre « exceptionnel » est particulièrement critiquée. Les fichiers piratés de l’AMA contiennent des informations sur d’autres sportifs, mais le cas des sœurs Williams suscite la plupart des réactions indignées au sein du public russe.

L’autorisation d’utiliser certaines substances interdites à des fins thérapeutiques, accordées par l’AMA aux sœurs Williams, choque à la lumière des deux ans de suspension écopés par la joueuse de tennis russe Maria Sharapova pour l’utilisation de meldonium, médicament inscrit sur la liste des substance interdites depuis le 1er janvier 2016.

« On a l’impression d’avoir affaire à des handicapés lourds, car on leur prescrit des mélanges totalement incroyables de médicaments forts. Trois d’entre eux sont des drogues, dont le trafic est passible d’une lourde peine de prison tant en Europe que chez nous. Notre fichu meldonium, dont on a tant parlé, est une substance innocente, moins dangereuse que les vitamines, par rapport à ces drogues monstres », a déclaré l’ancien patron de l’agence antidopage russe Nikolaï Dourmanov, dans un entretien avec la chaîne Pervy Canal, proche du gouvernement.

Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a tenu des propos assez virulents au sujet des sœurs Williams sur son compte Facebook. « J’aimerais connaître leur diagnostic. Tarpischev a peut-être eu tort de s’excuser », écrit Zakharova sur la page, citant les excuses présentées par le président de la Fédération russe de tennis Shamil Tarpischev, qui avait qualifié les sœurs Williams de « frères ».

Les internautes n’ont pas forcément apprécié les propos de Zakharova, les qualifiant d’« incorrects ». Pourtant, la discussion qui a éclaté dans les commentaires dénote, tout de même, l’indignation des internautes russes vis-à-vis de l’AMA.

Curieusement, les responsables et sportifs russes célèbres gardent le silence sur le piratage de l’AMA et les détails révélés par les hackers russes, laissant les discussions aux internautes. 

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.