Oliver Stone : « Snowden a prêté serment à la Constitution, pas à la NSA »

Joseph Gordon-Levitt dans le rôle d'Edward Snowden.

Joseph Gordon-Levitt dans le rôle d'Edward Snowden.

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Dans son entretien à Rossiyskaya Gazeta, Oliver Stone raconte comment il a géré son dernier projet et partage ses vues sur le gouvernement américain et sur l’asile que la Russie a accordé à Edward Snowden.

Le film Snowden, réalisé par le célèbre cinéaste Oliver Stone, revient sur l’une des figures les plus controversées de l’histoire récente des États-Unis, Edward Snowden, ancien contractuel de la CIA qui, en 2013, a publié des documents révélant l’ampleur de la surveillance des terroristes présumés, dirigeants mondiaux et citoyens américains par le gouvernement américain au nom de la lutte contre le terrorisme.

RG : Oliver, permettez-moi de vous poser cette question : votre équipe et vous-même aviez-vous peur de vous mettre sous les projecteurs de la NSA à cause de votre film ? Les révélations de Snowden ont eu un grave impact sur la communauté des renseignements américaine, particulièrement la NSA. Pourquoi avez-vous tourné le film en Allemagne ?

Oliver Stone : Nous pensions qu’il était plus prudent de le tourner en Allemagne. C’était un pays largement plus opposé à la surveillance à cause de son propre passé.

Nous étions en 2014, rappelez-vous – c’était tout nouveau et c’était effrayant. Aux États-Unis, on commençait à tenir des propos hystériques sur lui [Snowden]. Par exemple, qu’il travaillait pour la Russie ou pour la Chine, qu’il était un traitre, un espion.

Dans ce contexte, nous avons décidé que si nous devions tourner le film aux États-Unis, l’accueil n’y serait pas aussi chaleureux. Nous avons senti qu’il avait trop de monde contre lui. Les sondages ont montré que l’Allemagne était bien plus favorable à ses actions que les États-Unis, où 60% des sondés lui étaient hostiles. Cela a changé plus tard, d’ailleurs, il est bien mieux perçu. Mais à l’époque, ce n’était pas le cas.

En fait, nous avons tourné deux semaines aux États-Unis. L’acteur qui jouait Snowden se baladait devant la résidence du président Barack Obama. Nous sommes également allés à Hawaï, Hong Kong et Moscou.

RG : Quel genre de conseils Snowden vous a-t-il donnés ? A-t-il vu le film ? L’a-t-il aimé ?

Oliver Stone : Je lui ai montré le film deux fois. Oui, il l’a compris. Il nous a aidés des deux côtés. Il comprend très bien le monde informatique et nous a aidés avec des corrections techniques. Il était là, il connaît le langage. Par ailleurs, il comprend les besoins d’un film dramatique.

On ne peut pas montrer toujours la même chose. Il vous faut une forme, un cadre pour faire cela. On ne peut pas filmer certains détails informatiques dont il a parlé. Il fallait les créer artificiellement, mais cela vous donne une idée de ce qu’un ordinateur est capable de faire.

RG : D’aucuns doutaient de ses motivations. Aux États-Unis, il a été accusé d’être narcissique et de rechercher la gloire et la popularité. Le gouvernement le considère comme un traitre, alors que pour l’aile libérale de la société, c’est un héros. Qu’en est-il pour vous ? Pourquoi a-t-il fait ça ?

Oliver Stone : C’était ma mission en tant que dramaturge. Il vous faut voir le film pour le comprendre. Je ne peux pas le résumer dans un communiqué journalistique.

Il y a plusieurs raisons. C’est un patriote. Il croit vraiment en la Constitution, presque comme un boy-scout. Et son serment de fidélité s’adressait à la Constitution, pas à la CIA ni à la NSA. Nous montrons sa progression dans la communauté des renseignements, ses différents emplois et ce qu’il voit dans ces différents emplois. Tout cela l’horrifie.

En plus de cela, il avait une vie. Si l’on prend en compte sa relation avec sa copine Lindsay Mills, elle a duré 10 ans. Je pense que devoir l’abandonner était un aspect important de l’histoire, le plus difficile pour lui.

Si l’on pense à son épilepsie, ce sentiment, pour la première fois de sa vie, d’être mortel, de savoir que sa vie avait une limite. Quand une chose pareille arrive à un jeune homme, il commence à se poser des questions sur ce qu’il fait dans sa vie.

Dans le film, vous voyez son évolution entre 20 et 29 ans. Une vraie étape. Vous apprenez en grandissant, vous changez, c’est la vie. Le film parle surtout de la manière dont on garde son âme.

RG : La Russie avait-elle raison d’accorder l’asile à Snowden ?

Oliver Stone : Pour être franc, j’ai posé cette question à M. Poutine et il m’a très bien répondu, mais je ne peux pas vous en parler tant que le film n’est pas sorti. Mais une fois que M. Poutine a accordé l’asile à M. Snowden, cela a affecté ses relations avec l’Occident. Je ne pense pas que l’Amérique, qui domine l’Occident, était très contente.

RG : Vous travaillez sur un documentaire sur le président russe Vladimir Poutine. Où en êtes-vous ?

Oliver Stone : Je suis en train de l’achever, oui. Il sera peut-être prêt l’année prochaine.

Source : Rossiyskaya Gazeta

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