La leçon d’espoir d’une jeune femme qui a vaincu le cancer

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Monologue de Maria Kireïeva sur la lutte contre le sarcome d’Ewing, sur la vie après l’amputation d’une jambe et sur sa page sur Instagram

Il y a trois ans, j’ai ressenti un engourdissement dans le gros orteil. Je n’y ai pas prêté attention et j’ai continué à mener mon train de vie ordinaire, à élever mes enfants, à faire du sport, à m’occuper de ma maison. Un beau jour, j’ai remarqué une bosse sur mon pied, mais on m’a dit que c’était un hématome.

Sur prescription des médecins, j’ai mis pendant presque une année des pommades, j’ai soumis mon pied à une source de chaleur, j’ai fait des massages. Puis je me suis retrouvée chez le cancérologue. On m’a fait faire une imagerie à résonance magnétique (IRM) puis une ponction.

Et le diagnostic est tombé : sarcome d’Ewing. Qui plus est, le cancer était au stade des métastases dans les poumons. Le médecin m’a déclaré sans ambages que tout allait au plus mal et que j’étais en phase terminale. Je n’en croyais pas mes oreilles : c’était la fin.

Mais je ne voulais rien savoir. J’ai décidé de vivre. La suite fut un cauchemar. J’ai été amputée d’une jambe, j’ai suivi une chimiothérapie et j’en ai subi toutes les conséquences : fatigue intense, perte des cheveux, brusques changements d’humeur et larmes à flot. Toutefois, je n’avais pas l’intention de capituler. On ne vit qu’une fois et cette vie vaut la peine de s’y accrocher même si parfois on se dit que l’épreuve est trop difficile et que rien ne sera comme avant.

J’ai subi l’intervention chirurgicale et le traitement en Russie, à l’Institut oncologique de Rostov-sur-le-Don. Tout était au niveau : le traitement a été réalisé d’après les protocoles internationaux et tous les médicaments m’étaient administrés gratuitement grâce à mon assurance.

Ma nouvelle vie

Et enfin, la rémission, la victoire sur la maladie, ma victoire ! Et une vie nouvelle, sans jambe et sans mes cheveux longs.

Le centre Planeta de réhabilitation et de prothèses m’a fabriqué une nouvelle jambe, belle et pratique. Mon prothésiste Alexandre Pereverzev a des mains en or. En outre, il comprend son patient et essaie de réaliser tous ses caprices. Et moi j’en avais beaucoup, des caprices. Je lui ai posé un problème difficile : me restituer autant que possible la vie que j’avais.

 

Je me revois faire mes premiers pas sur ma prothèse trois mois après l’amputation. J’avais mal et j’avais peur, mais en même temps j’éprouvais de la joie, les émotions débordaient, car je pouvais de nouveau tenir sur mes jambes et retrouver l’indépendance et la liberté de mouvement.

Tomber pour avancer

J’ai créé une page sur Instagram dans le seul but d’encourager les personnes à capacités réduites à sortir et à se manifester dans la société au lieu de rester chez elles. Surtout les jeunes filles. Pour elles, c’est un double malheur, car les jambes sont l’un des symboles de la beauté féminine. C’est horrible de se rendre compte que les regards plein d’admiration jetés sur toi ont cédé la place à la pitié dans les yeux.

Pendant longtemps, je n’ai pas osé sortir. J’ai parcouru un chemin long et difficile, aussi bien psychologique que physique. Je m’entraînais huit heures par jour en arpentant mon appartement avec une prothèse qui me faisait mal et ce, après des doses élevées de substances chimiques. Dans la rue, je tombais très souvent au début parce que nos routes et trottoirs laissent à désirer. Mais je persévérais et j’avançais pas à pas. Franchissant les obstacles, je progressais vers mon objectif : marcher bien et beaucoup.

Avant de sortir dans la rue, je jetais un coup d’œil à la fenêtre pour voir s’il y avait du monde. J’avais honte. Quand j’allais en boitant au magasin, j’avais l’impression d’être observée de toutes parts en raison de l’absence d’une jambe.

Quand arriva le printemps puis l’été, quand toutes les filles mirent de légères robes et des shorts, je restais des journées entières à pleurer et à me demander : pourquoi ? J’ai pris mon courage à deux mains et je suis allée commander une prothèse originale avec des dessins et des ornements.

J’ai fermement décidé : même si on me regarde, même si on me montre du doigt, je mettrai des shorts, des robes et des jupes. Au début je ne m’aventurais à sortir qu’avec des amis, aujourd’hui je me promène seule. Bien sûr, certains se retournent sur moi, mais je crois que c’est normal pour un pays où les handicapés ne sont pas intégrés dans la société. J’espère sincèrement que la situation va changer. Ce qui est important, ce n’est pas le nombre de bras ou de jambes, c’est ce qui remplit notre âme, ce qui domine nos pensées.

Aujourd’hui je m’occupe du ménage, je conduis une voiture, j’apprends aux gens à marcher sur des prothèses en essayant surtout de soutenir ceux qui souffrent d’un cancer. Car ni le diagnostic du cancer, ni la perte de membres n’est pas un verdict. Chaque homme recèle une force et une volonté inépuisables capables d’assurer la victoire. L’essentiel est de ne jamais capituler.

Source : medportal.ru

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