Un coiffeur de l’extrême à la conquête du monde

Denis Iouchine.

Denis Iouchine.

archive personnelle
Un coiffeur errant veut faire le tour du monde. Pour éviter de s’ennuyer en route, il coupe les cheveux littéralement partout, sur un volcan comme sous l’eau.

Les pneus crissent et une moto s’arrête brutalement à côté d’un piéton solitaire. Un motard barbu plonge la main dans sa poche, sort un rasoir et propose au passant de le raser avec un sourire amical aux lèvres. Pas d’inquiétude, ce n’est pas une agression. Simplement, Denis Iouchine, aka Motobarber, passe par la ville.

Le voyage comme simplicité volontaire

« J’aime ça et c’est la seule raison pour laquelle je le fais », avoue Denis. Ancien ingénieur architecte, il s’est cherché sa vocation dans plusieurs domaines différents : peinture, archéologie, sport… Au final, il a appris le métier de barbier et a lancé son show dans des boîtes de nuit : il coiffait avec une hache, avec un éclat de bouteille… Aujourd’hui, Denis veut parcourir le monde et coiffer au moins deux personnes dans chaque pays. Avec des outils traditionnels, cette fois.

Pourtant, ce n’est que son dessein ambitieux qui rapproche, peut-être, Denis des voyageurs à la Phileas Fogg. Contrairement au personnage de Jules Verne, Denis ne programme pas son itinéraire dans les moindres détails. Au contraire, son chemin est assez imprévisible et, parfois, Iouchine ne sait pas lui-même où il se trouvera le lendemain. « De toute manière, la vie vient toujours bousculer vos plans, inutile de tout prévoir à l’avance », affirme-t-il avec fatalisme.

En Russie, Denis Iouchine se déplace en moto et coiffe tous ceux qui le souhaitent. Denis n’a pas de tarif fixe pour ses services, c’est au client de décider. Si on règle en nourriture ou en essence, Motobarber est tout aussi heureux. Mais les deux roues ne se prêtent pas trop à des voyages lointains, aussi Denis opte pour l’avion. A l’arrivée, fidèle à la racine « Moto » de son surnom, il poursuit son voyage en stop à bord de motos.

Photo de l'archive personnelle de Denis IouchinePhoto de l'archive personnelle de Denis Iouchine

La générosité des clients n’est pas toujours au rendez-vous et, dans les pays étrangers, Motobarber est parfois contraint de jeûner. Il ne prend jamais beaucoup d’argent avec lui, sans quoi le travail n’apporte alors plus d’adrénaline ni de motivation. Au Vietnam, le coiffeur dormait dans un hamac au début de son voyage. Mais ce n’était pas plus mal, se rappelle Denis : « Une semaine dans un hamac, et je n’avais plus envie de vivre dans une maison – dormir au milieu des palmiers sous le soleil couchant vous procure une sensation incroyable ».

Coiffer dans les quatre éléments

Motobarber rase désormais avec un rasoir normal plutôt qu’une hache, mais son travail reste tout aussi extrême. Aujourd’hui, sa lubie est de coiffer dans des conditions insolites. Denis a déjà su couper les cheveux dans tous les éléments.

Sur terre ? Evidemment !

Photo de l'archive personnelle de Denis IouchinePhoto de l'archive personnelle de Denis Iouchine

Dans l’eau – pas de problème. Sous la pluie, sur une planche de surf, et même dans l’océan en plongeant avec un scaphandre. Pour Denis, c’était la mission la plus difficile. Le courant le déportait en permanence, les cheveux du client balançaient dans l’eau … Mais quand le barbier y a pris goût, on a eu du mal à le persuader de remonter. « Mon client me fait des gestes disant qu’il lui reste peu d’air. Je lui rétorque qu’on ne peut pas remonter et tout laisser tomber à mi-chemin », se souvient Denis.

Denis Iouchine n’a évidemment jamais travaillé dans le feu. Mais il a bien coiffé une jeune femme insouciante balançant ses jambes sur le bord du cratère du volcan indonésien Agung.

L’air est pourtant un élément particulièrement cher à Denis. L’un de ses clients s’est fait coiffer en sautant sur un tremplin. Dangereux ? En effet. Le barbier casse-cou a coupé le bras du client avec sa lame aiguisée et a dû l’amener à l’hôpital. Le jeune homme ne lui en a pourtant pas tenu rigueur – il a aimé sa coiffure et son bras a été recousu sans difficultés. Une fois, au Vietnam, Motobarber a même réussi à faire une crête iroquoise pendant un vol en parapente.

Photo de l'archive personnelle de Denis IouchinePhoto de l'archive personnelle de Denis Iouchine

L’aventure la plus risquée de Denis dans les airs est toutefois encore à venir. La prochaine fois, Denis voudrait manier son rasoir en chute libre, en sautant avec un parachute. Donc si l’un d’entre vous a toujours rêvé d’intégrer les troupes aéroportées, Motobarber peut vous aider. Vous ne deviendrez pas parachutiste en un seul saut, mais vous aurez largement le temps de réaliser une coiffure militaire. 

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