Les infrastructures des forces navales russes font peau neuve

Des navires militaires russes participent à une répétition pour la Journée de la Marine à Sébastopol, en Crimée.

Des navires militaires russes participent à une répétition pour la Journée de la Marine à Sébastopol, en Crimée.

Reuters
L’un des grands problèmes de la flotte russe dans les années 1990 était la dégradation des infrastructures portuaires. Outre leurs bases, les forces navales perdaient des choses peut-être moins évidentes, mais non moins importantes, notamment le système de réparation et de maintenance des matériels. Dans le contexte de renaissance de la flotte, il importe de redéployer ce système en lui donnant une nouvelle forme.

La chute des dépenses militaires en Russie dans les années 1990 a entraîné l’effondrement de la production industrielle. La situation s’est répercutée en premier lieu sur les structures extérieures, responsables notamment des réparations des navires dans les bases militaires. Ce qui a débouché sur une brusque réduction de la capacité au combat des forces navales : la mise hors service des matériels privait pendant longtemps l’unité de son bâtiment qui était envoyé dans les chantiers navals.

Problèmes réglés ou passés sous silence

Ce problème était dissimulé par la réduction des activités de la flotte, car lorsqu’un bâtiment est exploité dans le meilleur des cas pendant 40 à 50 jours par an, les défaillances techniques se font relativement rares. L’argent débloqué plus que parcimonieusement servait à maintenir le secteur à flot, tandis que les réparations étaient effectuées par cannibalisation, grâce aux pièces d’autres navires. Vers 2000, la flotte russe n’avait pratiquement aucune activité en-dehors des eaux territoriales du pays.

La reprise des activités des forces navales qui, au milieu des années 2000, ont commencé à sillonner les océans, a fait ressortir les problèmes techniques. Or, l’industrie avait déjà réduit les infrastructures appropriées et n’a pas pu effectuer de revirement rapide, car les ressources dont elle disposait, aussi bien au niveau des cadres que des finances, ne permettaient même pas de venir à bout des tâches les plus urgentes. Les travaux de réparation traînaient en longueur et un navire parti aux chantiers navals risquait de ne plus jamais revenir.

Le mécanisme de réparation et d’entretien des bâtiments dans les bases militaires a dû être relevé sur des fondations nouvelles. En 2008, le pays a mis en place la société publique de réparation de navires Novik. L’année suivante, on entama la formation d’un centre technique de la Flotte du Nord, la plus active à cette époque. Vint ensuite le tour de la Flotte du Pacifique et de la Flotte de la Baltique avec des bases à Vladivostok et Vilioutchinsk (Extrême-Orient russe), ainsi qu’à Kaliningrad (la région la plus occidentale de Russie).

En 2013, le pays s’attaqua aux problèmes de la Flotte de la mer Noire, qui s’était retrouvée dans une situation particulièrement critique. C’est à cette époque que les bâtiments des quatre flottes russes commencèrent à effectuer des traversées régulières de la Méditerranée à destination de la Syrie. Le nombre croissant des missions exigeait un état technique parfait des navires : la représentation de Novik inaugurée en Ukraine en 2013 devint le centre industriel et technique de la Flotte de la mer Noire. Elle se chargea également de réparer et de desservir les navires des autres flottes russes qui effectuaient des missions en Méditerranée et qui entraient dans le port de Sébastopol.

Spécificitésd’une nouvelle ère

Le trait particulier des nouveaux ateliers de réparation et de maintenance est la mobilité.

« Nous ne sommes pas attachés aux capacités de l’usine. Nous pouvons dépêcher sur les lieux une équipe d’ouvriers capables de résoudre la quasi-totalité des problèmes pouvant surgir lors de réparations et de l’entretien d’un bâtiment », a fait remarquer le directeur général de Novik, Alexeï Liachtchenko.

La nouvelle technologie de réparation s’appuie sur la mise en place dans les bases de la flotte d’équipes mobiles possédant des conteneurs maritimes de 20 et 40 pieds avec équipements sélectionnés en fonction d’une tâche concrète. Si nécessaire cette technologie permet d’assurer l’entretien technique des navires non seulement dans les bases, mais également en haute mer. Les réparations et les opérations de maintenance sont effectuées en cours de mission : plus besoin de regagner la base, car les éventuelles défaillances sont réparées sur place par un atelier mobile.

Expériencehistorique

Les travaux peuvent être réalisés par toute unité auxiliaire des forces navales et des navires mobilisés de la marine marchande. Ce système est en fait le développement de l’expérience britannique appliquée pendant la guerre des Malouines, lorsque la Royal Fleet Auxiliary, la flotte auxiliaire ayant pour mission première le soutien logistique aux bâtiments de guerre, assurait des réparations urgentes en cas de défaillance technique ou d’avarie de combat loin des infrastructures portuaires. Des ateliers aménagés à bord de navires auxiliaires desservaient également la flotte japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les forces navales de l’Union soviétique possédaient elles aussi une expérience du genre en Méditerranée. Les équipements industriels modernes et la conception modulaire des bâtiments simplifient les réparations et le service, permettant d’augmenter le nombre de missions accomplies. Cette technologie intéresse également d’autres acteurs. Ainsi, la flotte de l’Inde déploie actuellement un réseau de bases dans l’océan Indien, ce qui exige une permanence opérationnelle des navires, élément nouveau dans les activités de la flotte de ce pays.

Texte original publié sur le site de Lenta.ru

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