Ces deux Russes qui conquièrent le monde avec des transports loufoques

12 juin 2016 Oleg Skripnik
Des gars un peu fous venus de Russie conquièrent le monde à bord de moyens de transport pour le moins étranges.
Ministry of stupid trips
Crédit : Ministère des Voyages idiots

Les jeunes experts en relations publiques Alexandre Panov et Artiom Kirakozov préfèrent se qualifier de ministres. Toutefois, dans leur cas concret, ce poste n’exige pas de mine sérieuse ni de costard noir. Et pour cause : le service au sein du ministère des Voyages idiots – tel est le titre qu’ils donnent à leur blog de voyage – suppose des modes de transport fous, du danger et un refus ostensible de la bureaucratie.

« Impossible d’arrêter ce délire !  »

Au début, ces circuits fous étaient choisis non pas pour se faire remarquer, mais pour éprouver des émotions fortes. Le premier voyage prévoyait de faire 7000 kilomètres de Moscou jusqu’à Goa (Inde) en buggy via l’Asie centrale, l’Afghanistan et le Pakistan. « Notre expérience de conduite d’un tel engin ? On s’est contentés de faire quelques tours de la cour », dit Alexandre.

Pour ce voyage, ils avaient eu à peine le temps de rassembler la moitié des documents nécessaires : ils n’avaient ni de Carnet de passage pour les douanes ni de permis spécial pour les tout-terrains, qu’ils ont dû acheter.

Crédit : Ministère des Voyages idiotsCrédit : Ministère des Voyages idiots

« Et n’oubliez pas qu’il est impossible d’arrêter ce délire ! » proclame le slogan de ce « ministère » singulier. Les deux amis n’ont été découragés ni par leur véhicule déglingué sur des chaussées défoncées, ni par les files de plusieurs jours aux frontières, ni par la traversée de l’Afghanistan avec ses combattants armés jusqu’aux dents.

Pour franchir la frontière plus rapidement, ils se faisaient passer pour de célèbres pilotes, posaient avec les soldats pour une photo et continuaient leur chemin. En plein centre de l’Afghanistan, les « ministres » ont été arrêtés par des hommes armés et ont été emmenés vers une destination inconnue. « On réfléchissait encore aux moyens de prendre la fuite quand on est arrivés devant leur commandant  », se rappelle Alexandre. C’était la police. L’officier a pensé que deux hommes blancs à bord d’un véhicule étrange pourraient avoir des ennuis et leur a accordé une voiture de protection avec des tireurs barbus armés de mitraillettes.

L’audace les a aidés dans de nombreux cas, mais pas en Inde. Rien n’y fit : ni la légende des pilotes, ni le bagout ni les cadeaux. Suite à l’absence du Carnet de passage, la police a confisqué le buggy et les 2000 kilomètres restants ont dû être faits en motos achetées à la va-vite. « Ce qu’ils peuvent être barbants, les gardes-frontières. Ils n’ont rien d’humain », bougonne Artiom.

Vidéo publiée sur Youtube du Ministère des Voyages idiots

Les contacts culturels

Personne ne sait si en Colombie les deux amis furent pris pour des barons de la drogue, mais ils réussirent à traverser l’Amérique centrale à bord d’une limousine noire achetée sur place, roulant chic et décontractés, avec des nœuds papillons et un cigare entre les dents. Toute ça pour quoi ? Pour vivre à 100 à l’heure et publier des photos inattendues sur leur blog !

Ministère des Voyages idiotsMinistère des Voyages idiots

Leur troisième périple est une « croisière » depuis Moscou jusqu’à Madagascar en… canot pneumatique. Pas de contacts prévus avec les habitants : les deux amis devaient passer un mois en tête-à-tête avec la mer. Mais, ironie du sort, c’est au cours de ce voyage-là qu’ils connurent une immersion culturelle. L’aventure les mena non pas à Antananarivo, mais en prison au Caire.

Lorsque le canot a commencé à prendre l’eau au milieu de la mer Noire, les jeunes hommes réalisèrent que leur idée de renforcer le fond en caoutchouc avec des lames de métal n’était pas la bonne. La réparation prit du temps. Arrivés en Egypte avec du retard, ils n’accordèrent pas trop d’attention au cachet de la date d’entrée. A tort, car ils furent rapidement appréhendés. Et encore, c’est une chance qu’ils aient renoncé au dernier moment à installer à bord une réplique de mitrailleuse pour faire fuir les pirates somaliens.

Le canot endommagé est sorti sur la côte. Crédit : Ministère des Voyages idiotsLe canot endommagé est sorti sur la côte. Crédit : Ministère des Voyages idiots

En prison, leurs passe-temps étaient un unique livre (sur la technique de lecture rapide) et des parties de poker avec leurs compagnons de cellule. Les relations avec ces derniers se sont révélées chaleureuses. Les deux gars affirment maintenant qu’ils ont des amis partout en Afrique. Rebelles, faux monnayeurs et voleurs, ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de leur parler. « Le garde du corps yéménite à lui seul valait le détour, se souvient Artiom. Un mec cool et vigoureux. Il montrait à tout le monde les onze traces de balles sur son corps et racontait l’histoire de chacune d’elles ».

Les deux amis ne comprirent rien pendant le jugement et durent s’expliquer par gestes avec le procureur qui ne parlait ni anglais ni, d’autant moins, russe. Mais tout est bien qui finit bien : huit jours plus tard, ils étaient libérés et expulsés vers leur pays. Vers la fin de l’année, les « ministres » se proposent d’arriver à Madagascar en motomarine.

Mais ils projettent d’ores et déjà leur quatrième périple, cette fois-ci à bord d’un petit aéronef, l’autogire. La mer et la terre étant conquises, il est temps de s’attaquer au ciel.

Droits réservés
+
Suivez-nous sur Facebook