La lutte des réfugiés ukrainiens en quête d’insertion

Ioulia Katchalova.

Ioulia Katchalova.

Elena Bobrova
Ils ont fui les combats pour en affronter un autre : celui qu’il leur faut livrer pour avoir de quoi vivre ou obtenir un permis de séjour permanent.

Ioulia Katchalova a quitté Gorlovka (région de Donetsk) pour Saint-Pétersbourg avec son enfant et son époux il y a un an et demi. Ils ne connaissaient personne en Russie, mais comme leur maison avait été détruite, ils ont décidé de partir à leurs risques et périls.

Une fois sur place, le mari de Ioulia a trouvé un emploi dans le secteur du BTP. Ses documents n’étant pas tout à fait en règle, il n’a pu décrocher un emploi légal, assorti d’un contrat. Son employeur le paie au lance-pierres, car les réfugiés prêts à travailler pour un salaire de misère sont innombrables.

En chiffres

900 000 personnes ont quitté l’Ukraine depuis le début du conflit, selon l’Onu.

750 000 citoyens ukrainiens sont partis en Russie.

80 000 Ukrainiens sont partis en Biélorussie et 5 000 dans d’autres pays d’Europe.

Pour compléter ses très maigres revenus, Ioulia s’est mise à cuisiner des pizzas « recette du Donbass » et du bortsch ukrainien [soupe à la betterave, ndlr] sur commande. Le jeune ménage n’avait pas d’autres moyens de subsistance.

Asile temporaire

Pendant la phase la plus aiguë du conflit dans l’Est de l’Ukraine, les autorités russes ont fourni des logements gratuits aux réfugiés. Mais depuis le début 2015, les Ukrainiens vivent en Russie selon les mêmes règles que les autres étrangers – pas plus de 90 jours par tranche de 180 jours. Les réfugiés ont dû libérer les logements temporaires. Désormais, pour renouveler leur carte migratoire, ils doiventobtenir un statut officiel avant la fin du troisième mois sur le sol russe.

« Il est très difficile de l’obtenir, constate Ioulia. Nous avons fait la queue dans de longues files d’attente et des tournées de nuit pour conserver notre place. Au final, une fois tous les trois mois, nous sommes obligés de partir en Ukraine pour obtenir un nouveau permis d’entrée ».

Toutefois, ce problème ne se pose que dans les régions métropolitaines qui ont épuisé leur quota d’admissions des étrangers. Valentina Jeleznaïa, militante de Ciel paisible [organisation civile qui aide les réfugiés, ndlr], explique qu’en dehors de Moscou et de Saint-Pétersbourg, on peut toujours obtenir l’asile et que les files d’attente n’y sont pas aussi longues.

Il n’est pas aisé d’obtenir le statut de réfugié, le plus sécurisant sur le long terme. Mais il n’a été accordé qu’à 325 Ukrainiens, alors que 369 580 autres n’ont obtenu qu’un asile temporaire. Le Service fédéral des migrations peut décider de ne pas reconduire le statut de réfugié temporaire si l’État estime que le conflit en Ukraine est fini.

C’est ce qui s’est produit dans le cas d’Anton Pogodaïev, originaire de Lougansk. Le jeune homme a obtenu l’asile pour un an dans la région de Samara (Volga), puis est parti à Saint-Pétersbourg à la recherche d’un travail. Au bout d’un an, on a refusé de renouveler ses papiers. « J’ai été arrêté et, le 9 mars 2016, le tribunal a ordonné mon extradition. Mais ma maison est détruite par les tirs. Je n’ai nulle part où aller », raconte Anton.

Or, les militants de Ciel paisible sont convaincus que l’État a déjà inscrit suffisamment d’exceptions dans la loi concernant les migrants. « La carte migratoire peut être renouvelée, même si la personne n’a pas demandé le statut officiel, explique Mme Jeleznaïa. Généralement, elle est toujours renouvelée, si la personne n’a pas enfreint la loi et veut à terme obtenir la nationalité russe ».

Pas de temps pour les papiers

Séparée aujourd’hui de son mari, Ioulia est obligée de travailler d’arrache-pied pour nourrir son enfant et elle-même.nElena BobrovaSéparée aujourd’hui de son mari, Ioulia est obligée de travailler d’arrache-pied pour nourrir son enfant et elle-même.n
Ioulia Katchalova Elena BobrovaIoulia Katchalova
 
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Aujourd’hui, la plupart des réfugiés ukrainiens ont trouvé un emploi et un logement, malgré les difficultés.

Que devient Ioulia ? Pendant quelque temps, la famille a vécu uniquement grâce aux modestes revenus générés par ses livraisons de plats cuisinés à domicile, une activité non déclarée. La jeune femme livrait ses plats elle-même en installant les boîtes de pizza sur la poussette, puisqu’elle n’avait personne qui puisse garder son enfant. « J’avais des clients merveilleux, raconte Ioulia. Tout le monde essayait de m’aider. Mais cavaler avec un enfant est très difficile, j’arrivais à peine à rentabiliser le voyage ».

Séparée aujourd’hui de son mari, elle est obligée de travailler d’arrache-pied pour nourrir son enfant et elle-même. Elle n’a pas de carte de séjour en Russie. Elle dit qu’elle n’a pas le temps de réunir tous les papiers nécessaires. Pour le moment, elle se contente de l’asile temporaire.

49 convois

Au total, le ministère des Situations d’urgence a envoyé 49 convois dans le Donbass qui ont transporté 59 000 tonnes d’aide humanitaire dont quelque 43 000 tonnes de nourriture.

Les trois premiers convois d’aide sont partis dans le sud-est de l’Ukraine en août 2014 pour y apporter de la nourriture, des médicaments, des générateurs, des vêtements chauds et de l’eau potable.

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