La région de Briansk, trente ans après Tchernobyl

Novozybkov, région de Briansk.

Novozybkov, région de Briansk.

Gleb Fedorov
Pour le 30ème anniversaire de la catastrophe de la centrale nucléaire de Tchernobyl, un correspondant de RBTH s’est rendu dans une région russe particulièrement touchée par la radiation pour essayer de comprendre comment vivent les habitants et ce qu’ils espèrent.

On raconte que la ville de Novozybkov a u00e9tu00e9 fondu00e9e au XVIIe siu00e8cle par une communautu00e9 de Vieux Croyants, une branche de lu2019Eglise Orthodoxe russe persu00e9cutu00e9e par le ru00e9gime tsariste qui a du00fb fuir aux confins de lu2019Empire russe.Gleb FedorovOn raconte que la ville de Novozybkov a u00e9tu00e9 fondu00e9e au XVIIe siu00e8cle par une communautu00e9 de Vieux Croyants, une branche de lu2019Eglise Orthodoxe russe persu00e9cutu00e9e par le ru00e9gime tsariste qui a du00fb fuir aux confins de lu2019Empire russe.
Avant la Ru00e9volution bolchu00e9vique, Novozybkov u00e9tait un centre de transport tru00e8s important. On y trouvait aussi plus de dix usines, qui produisaient des allumettes. Gleb FedorovAvant la Ru00e9volution bolchu00e9vique, Novozybkov u00e9tait un centre de transport tru00e8s important. On y trouvait aussi plus de dix usines, qui produisaient des allumettes.
La ville u00e9tait assez grande pour avoir son propre institut pu00e9dagogique. Il est intu00e9ressant de noter que lu2019universitu00e9 pu00e9dagogique a survu00e9cu u00e0 la Ru00e9volution et existe toujours. Gleb FedorovLa ville u00e9tait assez grande pour avoir son propre institut pu00e9dagogique. Il est intu00e9ressant de noter que lu2019universitu00e9 pu00e9dagogique a survu00e9cu u00e0 la Ru00e9volution et existe toujours.
Le bu00e2timent est du00e9coru00e9 du2019une statue de Mikhau00efl Lomonossov, lu2019un des premiers scientifiques russes, une icu00f4ne de lu2019u00e9ducation dans le pays. La statue a u00e9tu00e9 construite u00e0 lu2019u00e9poque soviu00e9tique et est en cours de restauration. Gleb FedorovLe bu00e2timent est du00e9coru00e9 du2019une statue de Mikhau00efl Lomonossov, lu2019un des premiers scientifiques russes, une icu00f4ne de lu2019u00e9ducation dans le pays. La statue a u00e9tu00e9 construite u00e0 lu2019u00e9poque soviu00e9tique et est en cours de restauration.
 
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Si un jour vous allez à Novozybkov, dans la région de Briansk (frontalière de la Biélorussie et de l’Ukraine), vous vous retrouverez dans un coin typique éloigné de la Russie profonde avec ses routes défoncées, des villages à l’abandon, des champs envahis par les herbes folles et des bus datant de l’époque soviétique.

Aucun panneau ne vous signalera qu’il y a trente ans, la ville était située dans la zone d’exclusion et que la partie sud-ouest de la région de Briansk était le territoire fut le plus touché par la catastrophe de Tchernobyl.

Lazoned’exclusion

A la fin des années 1980, plusieurs centaines de localités du sud-ouest de la région de Briansk figuraient dans la zone d’exclusion, la centrale de Tchernobyl étant située à environ 200 km. Toutefois, personne n’a été forcé à quitter les lieux et ceux qui le voulaient sont restés.

Comment est-ce possible ? Premièrement, avant Tchernobyl, l’Union soviétique n’avait aucune expérience et ne possédait aucune méthode de contrôle ni d’évaluation du préjudice porté par l’irradiation à de vastes territoires. Cette activité aurait exigé des années. Ainsi, ni la population ni les autorités ne connaissaient l’ampleur réelle de la catastrophe.

Deuxièmement, l’accident et la lutte contre ses conséquences remontent aux dernières années de l’existence de l’URSS et aux années 1990, quand l’Etat n’avait tout simplement pas d’argent pour décontaminer les territoires touchés et réinstaller les habitants. En outre, ces derniers ne voulaient pas quitter leurs foyers.

Viktor Strelioukov (40 ans), ses parents et leurs ancêtres ont toujours vécu à Sviatsk, à une trentaine de kilomètres de Novozybkov. Un village florissant de vieux-croyants, avec deux églises et des centaines de maisons – ce qu’était Sviatsk il y a 30 ans – a cédé sa place à une jeune forêt.

Le village de Svyatsk nu2019existe plus. Apru00e8s son abandon il y a trente ans, la nature a repris ses droits. On ne peut que deviner ou00f9 se trouvaient les maisons et comment les gens y vivaient autrefois. Gleb FedorovLe village de Svyatsk nu2019existe plus. Apru00e8s son abandon il y a trente ans, la nature a repris ses droits. On ne peut que deviner ou00f9 se trouvaient les maisons et comment les gens y vivaient autrefois.
Viktor Strelkov, 40 ans, se rend u00e0 Svyatsk tous les deux jours depuis Novozybkov, ou00f9 il habite avec sa famille. Il pru00e9tend avoir lu2019habitude des radiations et ne pas les craindre, malgru00e9 son cancer. Son pu00e8re est mort en 2003 et sa mu00e8re en 2011. La vieille u00e9glise est restu00e9e vide durant des annu00e9es avant du2019u00eatre du00e9truite par un feu de foru00eat en 2001. Strelkov a construit avec un ami une petite chapelle en bois u00e0 sa place.Gleb FedorovViktor Strelkov, 40 ans, se rend u00e0 Svyatsk tous les deux jours depuis Novozybkov, ou00f9 il habite avec sa famille. Il pru00e9tend avoir lu2019habitude des radiations et ne pas les craindre, malgru00e9 son cancer. Son pu00e8re est mort en 2003 et sa mu00e8re en 2011. La vieille u00e9glise est restu00e9e vide durant des annu00e9es avant du2019u00eatre du00e9truite par un feu de foru00eat en 2001. Strelkov a construit avec un ami une petite chapelle en bois u00e0 sa place.
Voici u00e0 quoi le village ressemble aujourdu2019hui. Les radiations sont au-dessus des limites autorisu00e9es, il est dangereux du2019y su00e9journer.Gleb FedorovVoici u00e0 quoi le village ressemble aujourdu2019hui. Les radiations sont au-dessus des limites autorisu00e9es, il est dangereux du2019y su00e9journer.
Paradoxalement, la partie la plus u00ab vivante u00bb de ce village autrefois animu00e9 est son cimetiu00e8re, toujours en usage malgru00e9 sa contamination importante.  Gleb FedorovParadoxalement, la partie la plus u00ab vivante u00bb de ce village autrefois animu00e9 est son cimetiu00e8re, toujours en usage malgru00e9 sa contamination importante.
 
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La plupart des habitants sont partis. Les ruines de leurs maisons sont toujours visibles parmi les arbres. La dose de rayonnement sur les lieux est d’environ 0,6 microsievert par heure, tandis que la norme acceptable en Russie est de 0,15 microsievert.

Il reste à la périphérie de Sviatsk un vieux cimetière où l’on enterre toujours les habitants des environs, ainsi qu’une chapelle que Viktor a élevé à l’endroit de l’église victime d’un incendie. Viktor et ses parents sont parmi les rares habitants à ne pas être partis après la catastrophe. Aujourd’hui, ses parents reposent au cimetière, tandis que lui suit des traitements anticancéreux.

Lesmalformations

En 1986, la lycéenne Galina Sviridenko avait 16 ans, l’âge qu’a aujourd’hui son fils Denis. Le garçon n’a pratiquement pas d’oreilles, il souffre de déviation de la colonne vertébrale et des os, ainsi que de troubles du développement. Il a subi huit interventions chirurgicales. Galina a mis trois ans pour prouver le lien entre l’irradiation et les malformations.

Ces images montrent Denis avant, pendant et apru00e8s les opu00e9rations nu00e9cessaires pour lui implanter des oreilles, manquantes u00e0 sa naissance. Gleb FedorovCes images montrent Denis avant, pendant et apru00e8s les opu00e9rations nu00e9cessaires pour lui implanter des oreilles, manquantes u00e0 sa naissance.
Les radiations causent aussi des problu00e8mes de dos aux enfants. Quand les docteurs ne savent pas quel est le problu00e8me de santu00e9 exact du2019un enfant, ils lu2019appellent u00ab le syndrome de Tchernobyl u00bb.  Gleb FedorovLes radiations causent aussi des problu00e8mes de dos aux enfants. Quand les docteurs ne savent pas quel est le problu00e8me de santu00e9 exact du2019un enfant, ils lu2019appellent u00ab le syndrome de Tchernobyl u00bb.
Les mu00e8res de Novozybkov, organisu00e9es en association u00e0 but non-lucratif. Galina Sviridenko, u00e0 gauche, tient les papiers de son fils Denis, nu00e9 en 2000 avec de multiples problu00e8mes de santu00e9 causu00e9s par les radiations. Gleb FedorovLes mu00e8res de Novozybkov, organisu00e9es en association u00e0 but non-lucratif. Galina Sviridenko, u00e0 gauche, tient les papiers de son fils Denis, nu00e9 en 2000 avec de multiples problu00e8mes de santu00e9 causu00e9s par les radiations.
 
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Sept enfants nés en 2000 à Novozybkov sont atteints de trisomie. Selon les statistiques citées par Lioudmila Komogortseva, ancienne adjointe au gouverneur de la région de Briansk et aujourd’hui écologiste, après la catastrophe de Tchernobyl, le nombre d’enfants atteints de maladies chroniques est passé de 8% à 80%. En outre, les habitants de la région souffrent de cancer deux fois plus souvent que la moyenne des Russes.

Selon le chirurgien de l’hôpital du district de Novozybkov, Viktor Khanaïev, le danger provient non du rayonnement en tant que tel, mais des doses infimes de radiation absorbées avec les produits locaux. Au fil des années, ces concentrations risquent de provoquer un cancer et de se répercuter sur la descendance.

Laradiationestpartout

La population locale est tellement habituée aux radiations qu’elle préfère ne pas en parler, bien que les radionucléides aient intoxiqué tout ce qui pousse et qui existe dans la région : la terre, l’eau, le bois, les animaux sauvages, les baies et les champignons. Or, les salaires étant très bas, la forêt et le potager sont les principales sources d’alimentation. « On en a mangé pendant trente ans et rien d’horrible n’est arrivé », disent les habitants.

Mais c’est quand même horrible. Une employée du laboratoire local de contrôle des rayonnements indique que si la terre est devenue moins contaminée, les produits contiennent des doses tout aussi élevées qu’il y a trente ans. Des champignons séchés cueillis l’année dernière affichent en laboratoire une dose de 100 000 becquerels par kilo, le niveau accepté étant de 2 500.

Toute la nourriture produite ici est contaminu00e9e. Ces champignons contiennent deux fois plus de radiation que le plafond acceptable. Le laboratoire radiologique est ouvert tous les jours, et chaque habitant peut faire tester sa nourriture gratuitement. Mais les gens ne viennent pas. Ils craignent que la nourriture leur soit confisquu00e9e.Gleb FedorovToute la nourriture produite ici est contaminu00e9e. Ces champignons contiennent deux fois plus de radiation que le plafond acceptable. Le laboratoire radiologique est ouvert tous les jours, et chaque habitant peut faire tester sa nourriture gratuitement. Mais les gens ne viennent pas. Ils craignent que la nourriture leur soit confisquu00e9e.
Les magasins du2019alimentation vendent des produits locaux et des produits plus chers importu00e9s du2019autres ru00e9gions.Gleb FedorovLes magasins du2019alimentation vendent des produits locaux et des produits plus chers importu00e9s du2019autres ru00e9gions.
Les produits en photo sont trop chers pour la plupart de la population. Beaucoup du2019habtitants de Novozybkov parviennent u00e0 se nourrir en cultivant de la nourriture dans leurs jardins ou en ru00e9coltant des baies et des champignons dans les foru00eats.Gleb FedorovLes produits en photo sont trop chers pour la plupart de la population. Beaucoup du2019habtitants de Novozybkov parviennent u00e0 se nourrir en cultivant de la nourriture dans leurs jardins ou en ru00e9coltant des baies et des champignons dans les foru00eats.
 
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Toutefois, la liste 2016 des localités devant être évacuées dans la région de Briansk est devenue plus courte et ne compte plus que 26 villages au lieu de 226. Novozybkov est officiellement exclu de cette liste. La compression de celle-ci a entraîné une réduction des allocations versées aux habitants des régions dangereuses : ils ne touchent plus en moyenne que 1 000 roubles (13,5 euros) par mois au lieu de 2 000 (27 euros).

Avantageset économie

Les sommes débloquées par l’Etat et les autorités locales ne suffisent pas à relever la région. Mais les habitants ne veulent pas partir. « Il est possible d’y vivre à condition de respecter les règles de sécurité radiative, affirme Viktor Khanaïev. Il est indispensable de décontaminer la forêt et d’amener des produits sains et des engrais spéciaux. C’est l’Etat qui doit nous aider, mais il ne nous aide pas ».

« Peu importe l’appellation de notre zone. Nous avons besoin d’indemnisations réelles », indique le médecin. Les indemnités – allant de 2 000 (27 euros) à 6 000 roubles (80 euros) – seraient d’une grande aide dans une région où il y a peu d’emplois et où 10 000 roubles (135 euros) constitue un bon salaire.

Oksana Inachevskaïa, présidente du Conseil des mères de Novozybkov, estime que les habitants sont prêts à affronter les problèmes, mais qu’ils ne voient aucune perspective économique : « Le développement économique de ces régions s’est achevé avec l’accident de Tchernobyl ».

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