La Russie face aux « conflits gelés »

Un combattant dans la zone du conflit du Haut-Karabakh.

Un combattant dans la zone du conflit du Haut-Karabakh.

Karo Saakian / RIA Novosti
L’aggravation du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie dans le Haut-Karabakh a attiré l’attention sur les autres conflits gelés dans les pays l’ex-Union soviétique. Quelle est la situation en Transnistrie, en Abkhazie ou encore en Ossétie du Sud ? Quelles sont les relations de Moscou avec ces Etats non reconnus au niveau international ?

Le Haut-Karabakh

Les hostilités qui ont duré plusieurs jours dans le Haut-Karabakh ont fait une soixantaine de morts de part et d’autre. Cette dégradation de la situation est la plus sérieuse depuis le « gel » en 1994 du conflit du Haut-Karabakh qui oppose l’Azerbaïdjan à l’Arménie.

Pendant deux ans, les deux pays s’étaient alors affrontés pour obtenir le contrôle de ce territoire qui, du temps de l’Union soviétique, avait fait partie de l’Azerbaïdjan tout en étant principalement peuplé d’Arméniens ethniques. Les combats ont alors fait plus de 15 000 victimes et ont débouché sur la formation de la République du Haut-Karabakh (non reconnue) soutenue par l’Arménie.

Les experts soulignent que le conflit du Haut-Karabakh n’était pas vraiment gelé. « Pas un seul mois ne s’est passé sans un mort ou sans un accrochage », rappelle Sergueï Mikheïev, directeur du Centre de la conjoncture politique. Mais la violence dans la zone du conflit est montée d’un cran au cours de l’année écoulée.

Le conflit du Haut-Karabakh de 1991-1994. Les participants de l'opération militaire dans le district de Martakert.Le conflit du Haut-Karabakh de 1991-1994. Les participants de l'opération militaire dans le district de Martakert. Source : R. Mangasaryan / RIA Novosti

Selon les experts, cette aggravation profite à l’Azerbaïdjan, partie perdante il y a vingt ans. Outre son désir de revanche, les analystes relèvent le souhait de Bakou de détourner l’attention de la population des problèmes économiques, ainsi que l’éventuel rôle provocateur d’Ankara. En effet, la Turquie est l’unique pays à avoir inconditionnellement soutenu l’Azerbaïdjan dans l’actuelle détérioration de la situation.

La Russie, qui a joué un rôle important en vue de la cessation du conflit il y a vingt ans dans le cadre d’un groupe de médiation, tente aujourd’hui de raviver ses relations avec les deux parties prises dans l’engrenage du conflit. Avec Erevan, Moscou a des relations d’allié. Ainsi, le plus difficile pour la Russie est, d’après les analystes, de prendre parti dans ce conflit.

La Russie tente pour le moment de dialoguer avec les deux pays et y parvient. Selon l’agence TASS, le président azerbaïdjanais Ilkham Aliev a constaté lors d’un entretien avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, que les ententes du 5 avril sur le cessez-le-feu dans le Haut-Karabakh avaient été établies avec la médiation de Moscou.

LaTransnistrie

Les membres de la milice nationale de Bendery (ville qui n'appartenait pas à la Transnistrie, mais etait contrôlée par les russophones) patrouillent la route. Source : I. Zenine / RIA NovostiDes membres de la milice nationale de Bendery (une ville dans la Transnistrie) patrouillent la route. Source : I. Zenine / RIA Novosti

Le conflit en Transnistrie (région frontalière de l’Ukraine dans l’est de l’ex-République soviétique de Moldavie), également issu de la désagrégation de l’URSS, a été moins long et moins sanglant que les affrontements dans le Haut-Karabakh. 

L’apparition de la Transnistrie est liée à la proclamation de la Moldavie indépendante. De nombreux habitants de la Moldavie soviétique, essentiellement des russophones des régions industrielles de l’est de la République, se sont élevés contre ce qu’ils ont qualifié de projet de mise en place d’un Etat moldave nationaliste.

Les autorités de Chisinau ont tenté de régler le problème par la force. Des affrontements armés ont opposé les deux parties pendant plusieurs mois en 1992, faisant plusieurs centaines de morts. Le conflit a pris fin avec l’introduction de forces de paix russes qui y stationnent toujours. La République moldave du Dniestr (non reconnue) existe depuis bientôt un quart de siècle.

Les observateurs attirent l’attention sur la montée de la tension dans cette région, ce qui ne débouche pourtant pas sur une confrontation armée. La situation se dégrade en relation avec l’Ukraine. La république, prorusse, est devenue l’otage de la crise dans les relations entre Moscou et Kiev.

L’Ukraine a d’ailleurs tenté fin septembre 2015 de bloquer les routes connectant les deux territoires. Selon Vladimir Ievseïev, de l’Institut des pays de la CEI, aussi bien l’Ukraine que la Moldavie mettent des bâtons dans les roues de la Transnistrie.

Le ministère russe des Affaires étrangères déclare que les autorités moldaves tentent d’évincer les forces de paix russes de la république pour les remplacer par une mission civile. Moscou affirme que ces projets font monter la tension dans la région.

L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud

Les conflits d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud (deux républiques ayant fait partie de la Géorgie) rappellent dans une grande mesure celui de la Transnistrie. En réaction à la politique d’indépendance proclamée par la Géorgie dans les dernières années d’existence de l’Union soviétique, l’Abkhazie a déclaré sa souveraineté. L’Ossétie du Sud lui a emboîté le pas après avoir tenté d’élever son statut jusqu’à celui de république autonome dans la composition de la Géorgie.

Dans les deux cas, la confrontation entre le centre et les régions a débouché sur des affrontements armés. Pour l’Abkhazie, ils ont été plus longs et plus sanglants et ont  fait entre 14 000 et 16 000 victimes. En Ossétie du Sud, le conflit a fait au moins 1 000 morts. Les deux conflits se sont achevés par l’introduction de contingents de paix.

Les habitants du village Dzhava (Géorgie) ont organisé un groupe d'autodéfense pour protéger leurs familles et les réfugiés. Source : Sergueï Titov / RIA NovostiDes habitants du village Dzhava (Géorgie) ont organisé un groupe d'autodéfense pour protéger leurs familles et les réfugiés. Source : Sergueï Titov / RIA Novosti

Ces derniers ont été attaqués en Ossétie du Sud en août 2008 par l’armée géorgienne qui a lancé une offensive contre la capitale sud-ossète, Tskhinval. La guerre de cinq jours entre la Russie et la Géorgie a eu pour résultat la reconnaissance par Moscou de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie et le déploiement de troupes russes sur le terrain.

La Russie et l’Abkhazie ont conclu un accord sur des relations d’allié et sur un partenariat stratégique entré vigueur l’année dernière. Avec l’Ossétie du Sud, Moscou est lié par un accord sur la coopération et l’intégration. L’unique plateforme de négociation de Soukhoum et Tskhinval avec Tbilissi est le dialogue sur la sécurité et la stabilité qui se tient à Genève sous les auspices des Nations unies, de l’UE et de l’OSCE.

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