Comment le FSB traque Daech en Russie

Varvara Karaoulova, étudiante russe enrôlée par Daech.

Varvara Karaoulova, étudiante russe enrôlée par Daech.

Sergei Fadeichev / TASS
Les services secrets russes ont annoncé en février le succès de deux opérations contre les membres du groupe terroriste Daech. RBTH se penche sur la clandestinité islamiste en Russie et sur les moyens d’y faire face.

Le Service fédéral de sécurité de Russie (FSB, services spéciaux) a annoncé le 18 février avoir arrêté dans la région de Moscou quatorze membres d’un « groupe international » qui fabriquaient de faux papiers pour les partisans de Daech (organisation interdite en Russie, ndlr) en partance pour la Syrie. Dix jours plus tôt, les forces de l’ordre ont appréhendé à Ekaterinbourg (Oural) sept citoyens de Russie et de pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants) suspectés de préparer des attentats dans plusieurs grandes villes russes et disposant d’armes et d’explosifs.

Vingt-cinq ans de guerre

Selon les experts interrogés par RBTH, ces opérations prouvent avant tout l’efficacité des services secrets.

Ivan Konovalov, directeur du Centre de la conjoncture stratégique, souligne que « l’énorme expérience » accumulée ces dernières années « permet de faire face à Daech ». « Après la désagrégation de l’Union soviétique, notre pays, plus précisément nos structures de force, ont toujours été en état de guerre, car il fallait remplir en permanence des missions spéciales », a-t-il déclaré dans une interview à RBTH, en évoquant la lutte contre les extrémistes du Caucase russe.

Dans le même temps, les opérations des services secrets témoignent aussi de l’activité des rebelles de Daech en Russie. Pour Sergueï Gontcharov, président de l’Association des anciens combattants de l’unité antiterroriste d’élite Alpha, ces arrestations prouvent que « Daech déploie actuellement des activités intenses en Russie ». Alexandre Mikhaïlov, ancien porte-parole du FSB dans les années 1990, indique qu’ « il existe en Russie un réseau (de cellules de Daech, ndlr) » dont il est difficile d’estimer l’ampleur. Les experts se réfèrent aux chiffres rendus publics par les autorités.

Le FSB a annoncé à la mi-décembre que 2 900 Russes étaient soupçonnés d’être en relation avec Daech. Environ 200 ont été tués lors d’hostilités, tandis que 214 autres sont rentrés en Russie. Des poursuites pénales ont été intentées contre 1 000 Russes suspectés d’avoir pris part à des combats à l’étranger.
 
Renseignement et lutte contre le financement

Tous les experts relèvent que la première méthode qui permet aujourd’hui de lutter assez efficacement contre Daech est le renseignement. Les services secrets recourent à différents moyens pour remonter la filière jusqu’aux membres de Daech en Russie, en s’appuyant sur toutes les informations à leur disposition.

Outre l’activité des agents de renseignement, les services secrets russes œuvrent pour endiguer tout soutien financier aux structures du groupe terroriste en Russie. Selon le FSB, des informations sont collectées au sujet de plus de 1 600 particuliers et sociétés qui pourraient éventuellement fournir une aide matérielle à Daech.

« Frappe ciblée »

Analysant les opérations lancées par les services secrets, les experts mettent en relief deux points importants. Dans l’affaire des faux papiers, Alexandre Mikhaïlov juge possible l’implication de responsables corrompus du système administratif ou des forces de l’ordre. Ces responsables, qui assuraient la protection du groupe, peuvent être arrêtés. Selon lui, « une frappe ciblée a été portée au point le plus vulnérable » avec la découverte de la liste des personnes qui avaient reçu et qui devaient recevoir prochainement de faux papiers.

Pour ce qui est de l’opération à Ekaterinbourg, Ivan Konovalov attire l’attention sur le choix par les extrémistes de cette ville située à la frontière entre les parties européenne et asiatique de Russie. Ekaterinbourg, qui jusqu’ici n’avait jamais figuré sur les bulletins concernant les extrémistes de Daech, prouve que les terroristes « peuvent se manifester n’importe où ». D’après lui, les extrémistes tentent de trouver « le point faible » des services secrets russes. 

 « Un ennemi puissant et perfide »

Pour l’expert Sergueï Golovanov, Daech se concentre actuellement sur la Russie parce que Moscou a engagé une guerre ouverte contre le groupe terroriste en Syrie. Le Comité antiterroriste national de Russie a d’ailleurs annoncé précédemment que Daech entretenait une unité spéciale préparant des attentats en Russie et en Europe.

Cette unité composée principalement de ressortissants du Caucase russe est dirigée par un certain Ahmed Tchetaïev, alias le Manchot. Ivan Konovalov souligne que la mise en place de telles unités est « la méthode de toute armée normale et de tout service secret normal ». Daech a besoin d’hommes connaissant la langue et le terrain. « Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant et perfide », a-t-il fait remarquer pour conclure.

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