Les plus longues files d’attente de la Russie postsoviétique

Foreign currency mortgage holders protest

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Alexander Shcherbak / TASS
Chacun sait que l’Union soviétique était le pays des files d’attente. La population faisait la queue pour tous les aliments, rares ou non. Dans les années de crise ou de guerre, il pouvait s’agir de pain, de savon ou de saucisson, dans les années fastes – de bottes yougoslaves, meubles polonais ou tout autre chose véritablement insolite, comme c’était le cas de la légendaire file d’attente du premier McDonalds soviétique, ouvert à Moscou en 1990.

Durant les 25 ans écoulés depuis l’effondrement de l’Union soviétique, une nouvelle génération qui n’a jamais connu de pénuries a grandi. Pourtant, les files d’attente n’ont pas disparu dans la Russie contemporaine, elles se sont transformées. RBTH a réuni les exemples les plus frappants de ces 10 dernières années et vous présente leurs objets et protagonistes.

1. Voir la Russie battre l’Angleterre, 2007

Alexei Krutov / TASSAlexei Krutov / TASS

Le 17 octobre 2007, la sélection russe de football a affronté l’équipe d’Angleterre. Il s’agissait du match le plus attendu pour l’équipe russe dans le cadre du tournoi de qualification pour le Championnat d’Europe 2008, qui s’est tenu au stade Loujniki à Moscou. La capitale russe avait déjà accueilli des matchs de cette envergure, mais c’est bien la rencontre avec l’équipe d’Angleterre, berceau du football, qui suscitait une excitation sans précédent. Les supporters russes ont déposé plus de 570 000 demandes plusieurs mois avant l’ouverture des guichets.

La vente des places a été ouverte le 8 octobre. La file avait commencé à se former dès la veille au soir pour atteindre 1000 à 1 500 mètres au premier jour des ventes. Les revendeurs cédaient les places à des prix exorbitants par rapport aux tarifs officiels. 70 000 places ont été vendues en tout. L’équipe russe n’a pas déçu les supporters en battant l’équipe anglaise 2:1.

2. Réaliser ses rêves grâce à la ceinture de la Vierge, 2011

Alexandra Krasnova / TASSAlexandra Krasnova / TASS

Pendant l’automne 2011, l’arrivée de la ceinture de la Sainte-Vierge, célèbre relique chrétienne prêtée par la cathédrale italienne de Prato, a suscité une agitation hors norme au sein de la communauté religieuse russe. Du 20 octobre au 23 novembre, la ceinture a été exposée dans 12 villes russes, attirant des dizaines de milliers de personnes devant les cathédrales.

Moscou a concentré le plus grand nombre de pèlerins : la file d’attente devant la Cathédrale du Christ-Sauveur pouvait atteindre jusqu’à cinq kilomètres. Les fidèles arrivaient par bus entiers et pouvaient attendre des journées durant. Selon l’église orthodoxe russe, près d’un million de personnes se sont recueillies devant la relique à Moscou en cinq jours d’exposition.

3. Encore du rêve : les présents desMages, 2014

Dmitry Rogulin / TASSDmitry Rogulin / TASS

Une autre célèbre relique orthodoxe a visité la Russie début 2014.  Les présents des Mages quittaient la Grèce pour la première fois de leur histoire afin d’être exposés à Moscou et à Saint-Pétersbourg du 6 au 17 janvier. Une semaine durant, une file d’attente allant jusqu’à un kilomètre et pouvant compter jusqu’à 14 000 personnes à la fois s’est formée devant la Cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.

23 bus, 160 cabines de toilettes et huit équipes médicales ont été mis à disposition des pèlerins. 800 policiers et soldats des Troupes de l’Intérieur ont été appelés pour assurer l’ordre.

4. Sauver ses roubles, 2014

Alexander Shcherbak / TASSAlexander Shcherbak / TASS

Dans la seconde moitié de l’année 2014, le cours du rouble a entamé une chute vertigineuse suite à l’adoption des sanctions économiques contre la Russie par les pays occidentaux et à la baisse des prix du pétrole. Entre août et novembre, le rouble a perdu près de 50% de sa valeur par rapport au dollar et à l’euro. La chute la plus brutale du rouble est survenue le 15 décembre 2014, quand la monnaie russe s’est dépréciée de 10% en une journée. Dans la deuxième quinzaine de décembre, des files d’attente se sont ainsi formées devant les bureaux de change de toutes les villes russes, la population cherchant à préserver ses économies.

Outre l’achat des devises en décembre 2014, le nombre de transactions immobilières (l’immobilier est traditionnellement perçu en Russie comme un investissement à long terme), ainsi que d’électroménager et de voitures étrangers (vendu en décembre à « l’ancien cours ») a aussi crû considérablement.

5. Voir le génial Serov, 2016

Sergei Bobylev / TASSSergei Bobylev / TASS

L’exposition d’œuvres de Valentin Serov, qui se tient dans la filiale de la galerie Tretiakov à Moscou depuis le 7 octobre 2014, connaît la plus forte affluence de l’histoire de la Russie contemporaine. Près de 440 000 personnes sont venues voir les toiles de l’un des principaux portraitistes russes du XIXe siècle.

De nombreuses œuvres célèbres de Serov font partie de la collection permanente de la galerie Tretiakov, mais elles n’attiraient pas une attention aussi soutenue jusqu’ici. La popularité de la nouvelle exposition s’explique en partie par son format original avec un « effet d’immersion » dans l’histoire des toiles. 

Pour accéder au musée, les Moscovites sont contraints de patienter 4 à 5 heures en moyenne par -15°C. Initialement, l’exposition devait fermer ses portes le 17 janvier, mais cet intérêt sans précédent a poussé les organisateurs à prolonger l’exposition à deux reprises – d’abord jusqu’au 24, puis jusqu’au 31 janvier. 

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