La Russie et l’Europe sortiront-elles du dialogue de sourds ?

Head of the EU Delegation to Russia, Vygaudas Usackas, during a press conference devoted to the forthcoming introduction of the Visa Information System in Russia.

Head of the EU Delegation to Russia, Vygaudas Usackas, during a press conference devoted to the forthcoming introduction of the Visa Information System in Russia.

Kommersant
Au Forum Gaïdar, qui s’est tenu à Moscou, les participants russes et européens se sont livrés à un échange de critiques. Les parties s’accusent mutuellement d’être insensibles aux intérêts de leurs interlocuteurs. Malgré les tentatives de rassurer émises des deux côtés, le ressentiment prévaut.

Les accusations mutuelles entachent la discussion entre la Russie et les responsables de l’UE. Les intervenants russes ont qualifié les sanctions économiques et la politisation des relations de freins aux relations commerciales constructives entre Moscou et Bruxelles.

« Des conditions principalement politiques nous sont imposées. Nous devons nous demander si le commerce équitable et le partenariat économique sont possibles lorsque l’un des participants impose de telles conditions », a déclaré Anatoli Ianovski, vice-ministre de l’Énergie de la Fédération de Russie.

Vladimir Salamatov, collaborateur de la Chambre russe de commerce et d’industrie a rappelé que Gunnar Wiegand, directeur pour la Russie, le partenariat oriental, l’Asie centrale, la coopération régionale et l’OSCE au Service européen pour l’action extérieure, avait pratiquement « refusé d’écouter » l’émissaire russe quand ce dernier avait abordé la question de la régulation technique du commerce entre l’Ukraine et l’Union douanière dirigée par la Russie.

Les tensions politiques ont affaibli la confiance des exportateurs russes vis-à-vis de leurs clients européens, ont indiqué les intervenants. « Je dois avouer que le nombre de demandes d’assurance pour les exportations en Europe formulées par la communauté entrepreneuriale russe a crû de façon exponentielle », a déclaré Piotr Fradkov, directeur général du Centre russe des exportations.

Pierre d’achoppement

Le respect insuffisant des Accords de Minsk et « l’annexion » de la Crimée sont au cœur du mécontentement de l’Union européenne à l’égard de Moscou. Bruxelles refuse de reconnaître que la Crimée fait partie de la Russie et ajuste ses politiques commerciales et d’investissement à l’égard de Moscou en conséquence.

La politique russe vis-à-vis de l’Ukraine pousse l’UE à introduire des mesures néfastes pour la dynamique commerciale entre Moscou et Bruxelles, a indiqué Vygaudas Ušackas, chef de la délégation de l’Union européenne en Russie. Les exportations russes vers l’UE ont chuté de 37,7% depuis 2014, selon Alexeï Likhatchev, premier vice-ministre russe du Développement économique. « La route entre Vladivostok et Lisbonne passe par Kiev », a indiqué M. Ušackas, à quoi M. Likhatchev a répondu en qualifiant Minsk de principale voie vers l’Europe pour la Russie. 

La décision de Moscou d’introduire des contre-sanctions a torpillé l’Union économique eurasiatique (UEEA) voulue par la Russie, a estimé M. Ušackas. Le diplomate a mis en doute de la capacité de la Russie à combiner ses politiques de substitution des importations et les engagements envers l’OMC et l’UEEA.

« Dans les relations entre l’UE et la Russie, nous avons des réserves, du désir et de la bonne volonté, mais nous avons également besoin d’une vision commune et, naturellement, de confiance mutuelle. Malheureusement, nous n’avons pas encore de vision commune et la confiance est gravement entachée », a déclaré M. Ušackas.

Espoir d’un avenir meilleur

En dépit des batailles rhétoriques, les intervenants ont reconnu la nécessité de promouvoir le dialogue entre Moscou et Bruxelles, y compris dans les secteurs du commerce et de l’énergie. L’UE est toujours le principal partenaire commercial de la Russie, malgré les sanctions économiques et le récent déclin du commerce bilatéral.

La Russie exporte toujours jusqu’à 70% de ses hydrocarbures dans l’UE. Moscou et Bruxelles poursuivent leur coopération dans les domaines de l’éducation et des normes sur la sécurité des produits. « Nous n’avons pas atteint le point de non-retour avec l’UE », a déclaré M. Likhatchev. La communauté d’affaires russe souhaite la normalisation des relations entre Moscou et Bruxelles et continue à travailler avec ses partenaires européens, ont indiqué les intervenants.

« Un environnement d’affaires confortable, sans barrières, finira par être dessiné, la question est de savoir quelle génération de politiques répondra à ces attentes. Personnellement, je ne voudrais pas déléguer des questions si importantes à quelqu’un d’autre », a déclaré M. Likhatchev.

Le Forum de Gaïdar est une plateforme annuelle réunissant les élites politiques, économiques et des experts afin d’évoquer le rôle de la Russie dans le monde. Le forum se tient du 13 au 15 janvier à Moscou à l'Académie présidentielle russe de l'économie nationale et de l'administration publique. 

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