Libéral, ma non troppo : retour sur le message de Poutine au Parlement

Le président russe Vladimir Poutine prononce son discours annuel devant l’Assemblée fédérale au Kremlin le 3 décembre 2015.

Le président russe Vladimir Poutine prononce son discours annuel devant l’Assemblée fédérale au Kremlin le 3 décembre 2015.

EPA
Le président russe Vladimir Poutine a prononcé son traditionnel discours annuel devant l’Assemblée fédérale. Les experts interrogés par RBTH ont qualifié l’allocation du président d’assez libérale, mais sans idées révolutionnaires.

Avec l’opération militaire en Syrie, les attentats de Paris, l’attaque contre l’avion russe А321 et l’incident du Su-24 abattu par la Turquie dans le ciel syrien, les observateurs s’attendaient à ce que le discours traditionnel du président Vladimir Poutine soit focalisé sur la sécurité internationale.

Ces attentes ont été en grande partie justifiées : en parlant des actes turcs, le président a promis qu’il n’oublierait pas « cette complicité de terrorisme » et a souligné qu’« Ankara aurait plus d’une occasion de regretter ce qu’il a fait ».

Outre cette déclaration, l’allocution ne comportait pas de rhétorique belliqueuse, alors que les thèses sur la politique intérieure étaient presque libérales. Néanmoins, elles ne peuvent être qualifiées de « révolutionnaires ».

Plus qu’une histoire de tomates

« La phrase « on n’en restera pas aux tomates » (Poutine faisait allusion à l’interdiction récente de l’importation des fruits et légumes turcs en Russie, ndlr) est en réalité au cœur du discours », estime le président de l’Institut de stratégie nationale Mikhaïl Remizov.

Pour lui, cela signifie que Moscou est prêt pour une réponse extrêmement sérieuse et adoptera des mesures permanentes contre la Turquie. Les précédents propos de Poutine ont été aujourd’hui présentés sous une forme acerbe, estime l’expert.

Les autres thèses du président sur la politique extérieure n’étaient pas aussi agressives que ses attaques contre Ankara. « Il a exprimé son souhait de voir émerger une large coalition de lutte contre le terrorisme, en particulier avec les puissances occidentales. En outre, tout au long du discours, il a fait plusieurs déclarations sur la volonté de la Russie de coopérer et d’être présente sur les marchés mondiaux », souligne Ekaterina Schulmann, politologue et professeure associée de l’Institut des sciences sociales auprès de l’Académie présidentielle russe d'économie nationale et d'administration publique, qui qualifie le ton présidentiel d’assez conciliant dans le contexte actuel.

L’absence de tout soupçon de rhétorique anti-occidentale dans la politique extérieure est également remarquée par Evgueni Mintchenko, directeur de l’Institut international d’expertise politique : toutes les « piques » ont visé les terroristes et à la Turquie.

Pays d’opportunités

Les thèses sur la politique intérieure et l’économie dans le discours du président Vladimir Poutine s’adressaient à différents groupes sociaux et revêtaient un accent positif.

« Sa thèse principale dit : la Russie est un pays d’opportunités, vous pouvez travailler librement dans plusieurs domaines, nous ne vous imposerons pas d’obstacles », explique Dmitri Orlov, directeur général de l’Agence des communications politiques et économiques, proche du Kremlin.

Poutine a également formulé des propositions en matière de lutte contre la corruption, les mesures visant notamment à renforcer la transparence des dépenses budgétaires.

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Le président a par ailleurs annoncé l’introduction d’un critère claire et facile à calculer afin de mesurer l’efficacité de la substitution des importations (politique lancée après l’introduction des sanctions occidentale visant à favoriser la fabrication de produits en Russie, ndlr) – la part des exportations de hautes technologies et hors matières premières. « Le président montre une fois de plus sa capacité à répondre aux défis de manière originale », résume M. Orlov.

Pour autant, Mikhaïl Remizov ne décèle aucune idée révolutionnaire dans le discours de Poutine. Il estime qu’il ne s’agissait que de mesures cosmétiques qui ne supposent aucun redémarrage de la croissance économique, bien qu’elles méritent d’être soutenues.

Ainsi, la partie du discours consacrée à la politique intérieure est presque libérale, dans la mesure du possible dans les conditions actuelles, estime Mme Schulmann. « Même si tous les propos sur la réduction de la pression des instances de contrôle sur les entreprises et le développement des exportations de hautes technologies se sont achevés par une proposition visant à renforcer les pouvoirs des instances de contrôle, créer de nouvelles structures de pouvoir et distribuer l’argent public à un tel ou un tel », indique Ekaterina Schulmann. 

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