Crimée, Ukraine : relations sous basse tension

Une épicerie illuminée de bougies suite à la coupure de l’électricité en Crimée le 22 novembre 2015.

Une épicerie illuminée de bougies suite à la coupure de l’électricité en Crimée le 22 novembre 2015.

Reuters
Après le sabotage de lignes à haute tension en territoire ukrainien, la Crimée, normalement alimentée par ces lignes, a décrété l’état d’urgence. Les habitants de la péninsule, qui a voté l’année dernière lors d’un référendum pour l’intégration à la Russie, ont vécu auparavant des tentatives de les priver d’eau et de produits alimentaires ukrainiens, ainsi que de les couper du continent. Le 23 novembre, le président ukrainien Petro Porochenko a proposé à son gouvernement d’envisager la fin des échanges commerciaux avec la Crimée, en interdisant tout transport par la frontière dans les deux sens.

La péninsule de Crimée a été plongée dans le noir dans la nuit de samedi à dimanche 22 novembre. Des lignes à haute tension ont été sabotées dans la région de Kherson (sud-est de l’Ukraine), voisine de la Crimée. Toutefois, cette coupure totale de l’électricité n’est pas le premier « siège » que vivent les Criméens au cours des dix-huit derniers mois.

L’eau

En avril 2014, Kiev a coupé le ravitaillement en eau de la péninsule par le canal Nord-criméen. L’Ukraine assurait alors environ 85% des besoins de la Crimée en eau potable, en la faisant parvenir par le canal depuis le Dniepr. Le problème a été partiellement résolu en dirigeant vers le canal les eaux de la rivière criméenne Biyouk-Karassou. Parallèlement, des puits artésiens ont été forés et des conduites ont été construites pour acheminer l’eau vers le canal. Les premières fournitures d’eau potable dans le canal et dans plusieurs villes criméennes – telles que Kertch, Théodosie et Soudak,  particulièrement touchées par la décision de Kiev de couper le ravitaillement en eau de la péninsule – ont été effectuées en avril dernier. Mais l’eau du canal servait essentiellement à arroser les champs. Après les coupures ukrainiennes, les exploitations criméennes ont dû renoncer à cultiver le riz, très gourmand en eau, et à se concentrer sur d’autres cultures.

Les transports

En décembre 2014, l’Ukraine a annoncé qu’elle arrêtait la circulation de tous les trains et cars à destination de la Crimée. La péninsule a trouvé une solution au problème du transport automobile : selon les médias, les sociétés criméennes ont fait circuler des cars jusqu’à la frontière. Ensuite, les voyageurs descendent, traversent la frontière à pied et prennent, toujours avec le même ticket, un autre car, cette fois-ci immatriculé en Ukraine.

A la lumière du scandale qui a éclaté après le sabotage du 23 novembre, le président ukrainien a adressé à son premier ministre, Arseni Iatseniouk, une lettre lui demandant d’examiner l’arrêt de la circulation des poids lourds entre l’Ukraine et la Crimée. Le cabinet ne se l’est pas fait redire deux fois et a décidé le jour même de suspendre la circulation des camions sur cet itinéraire. Ainsi, la frontière entre la Crimée et l’Ukraine ne pourra être bientôt traversée qu’à pied ou à bord d’une voiture particulière.

En outre, l’Ukraine a introduit depuis juin dernier de nouvelles règles d’entrée en Crimée pour les étrangers. Les Ukrainiens voulant traverser la frontière, que Kiev considère toujours comme administrative, ne présentent que leur carte d’identité, tandis que les étrangers doivent avoir sur eux non seulement une pièce d’identité, mais également une autorisation spéciale délivrée par le Service d’Etat des migrations.

Denrées alimentaires

Depuis fin septembre, le groupe d’extrême-droite Pravy Sektor et l’organisation (pro-ukrainienne) des Tatars de Crimée Mejlis (qui ne reconnaît pas l’entrée de la péninsule dans la composition de la Russie) ont déclaré qu’ils lançaient un blocus alimentaire illimité de la Crimée. Ils ont organisé des barrages à la frontière pour bloquer les camions qui transportent des denrées alimentaires dans la péninsule. Par la suite, les autorités criméennes ont déclaré que même sans la campagne des forces ukrainiennes radicales, la part de produits ukrainiens dans les magasins de la presqu’île avait chuté pour ne plus constituer qu’environ 5%. Elles ont souligné que la Crimée était suffisamment ravitaillée par les fabricants locaux et la Russie.

Les médias ukrainiens ont d’ailleurs constaté qu’il était possible d’acheter des produits ukrainiens en Crimée un mois après la mise en place du blocus. Selon la Chaîne 24, les produits laitiers dans les magasins sont de fabrication russe, tandis que les saucissons restent ukrainiens. Le chef des Services douaniers criméens, Vladimir Avramenko, a annoncé que les marchandises ukrainiennes, notamment les aliments, arrivaient toujours en Crimée par d’autres secteurs de la frontière russo-ukrainienne, en évitant l’isthme reliant la Crimée à l’Ukraine.

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