Les caricatures de Charlie Hebdo suscitent une vive réaction en Russie

Les gens rendent hommage aux victimes du crash d'un Airbus russe dans le Sinaï le 31 octobre 2015.

Les gens rendent hommage aux victimes du crash d'un Airbus russe dans le Sinaï le 31 octobre 2015.

Vitaly Nevar / TASS
L'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo a publié des caricatures évoquant le crash d’un avion russe en Égypte. Les responsables russes ont qualifié ces dessins de blasphématoires et ont appelé le public français à les juger. Le travail des caricaturistes français a été également commenté par la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova. RBTH s’est intéressé aux réactions des internautes russes vis-à-vis de ces caricatures.

Les responsables russes ont été les premiers à réagir à la publication des caricatures par le journal français. Le secrétaire de presse du président russe, Dmitri Peskov, a ainsi qualifié les dessins de blasphématoires et a déclaré que « ce genre d’œuvres n’ont rien à voir avec la démocratie ni l’expression de soi ».

Constantin Kossatchev, chef du Comité des affaires internationales du Conseil de la Fédération a de son côté caracterisé les caricatures de nouvel exemple d’« immoralité résolue dans l’autopromotion ». D'après lui, l’hebdomadaire français ne fait que profiter des tragédies d’autrui en affichant une « indifférence à l’égard des souffrances des gens et une muflerie journalistique franche ». « Je ne suis clairement pas Charlie Hebdo. Je ne l’ai jamais été bien que, comme tout le monde, j'aie déploré la tragédie qui a frappé la rédaction », écrit M.Kossatchev sur sa page Facebook.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova a, à ce titre, publié un post plus court. Sur sa page Facebook, elle a posé la question : « Quelqu’un est-il encore Charlie » ?

Vsevolod Bogdanov, dirigeant de l’Union russe des journalistes, a l’intention de s’entretenir avec les créateurs du journal. Il estime qu’une « tragédie est toujours une tragédie et, dans le monde actuel, la compassion, l’empathie et l’aide mutuelle sont la meilleure voie vers l’ère de la globalisation ».

Décadence ou vérité

Vladislav Maslenkov, originaire de Nijni Novgorod, propose aux abonnés concernés de sa page Vkontakte de rejoindre l’action « Je ne suis pas Charlie ». Il écrit : « Nous devons soutenir moralement les proches des victimes russes ! Les créateurs du journal Charlie Hebdo ont perdu la crainte du Seigneur et se moquent des personnes péries dans le crash dans le Sinaï. Répondons-leur par un maximum de likes de #jenesuispascharlie ».

L’artiste-peintre Natalia réagit ainsi à la publication des nouvelles caricatures : « Je ne suis pas indignée. Je ne considère par Charlie comme des personnes, des êtres humains. Qu’est-ce que Charlie ? Un symptôme, une preuve de décadence et de déshumanisation ».

Sur sa page sur Livejournal, Аntiseptic écrit qu’il sera curieux de voir la réaction des dirigeants du monde qui ont soutenu les journalistes après les attentats de janvier. « Condamneront-ils ces « journalistes » ? Mais cela serait impossible sans une révision intérieure majeure de leurs actes et valeurs. Si tu es un être intègre, tu devras quand même te dire que soit tu avais tort alors, soit tu as tort maintenant. Sinon, c’est de la schizophrénie ».

Il se demande également si les défenseurs de ces journalistes comprennent que les caricatures pornographiques des confessions religieuses et du garçon syrien noyé viennent du même périodique.  « Donc ils n’ont pas subitement perdu la tête pour se moquer des passagers du vol égyptien fatal, mais c’est leur véritable nature… ».

Un utilisateur de Facebook se demande si l’opération militaire en Syrie a effectivement pu conduire à l’attentat et à quel point les caricatures sont une fiction. « La réponse de l’ennemi et la façon dont il allait répondre étaient une évidence. Ainsi, les victimes parmi les civiles russes étaient prévues. J’espère que personne ne doute qu’il s’agit effectivement d’un attentat. Au final, des politiciens ont pratiquement bombardé les djihadistes avec les dépouilles de leurs citoyens. Et que voyons-nous sur la caricature ? Mais, bien sûr, les vraies ordures sont ceux qui l’ont dessinée et non ceux qui l’ont fait... », écrit-il.

Globalement, la situation concernant les caricatures est très calme sur les réseaux sociaux russes. Les Russes sont plus préoccupés par la réaction de ceux qui ont vivement soutenu le journal après l’attentat que par la publication même. 

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