L’Ossétie du sud n’est pas près d’être russe

Reuters
Le président de l’Ossétie du sud (république partiellement reconnue du Caucase) a déclaré son intention de tenir un référendum sur l’adhésion du pays à la Russie. Cependant, Moscou ne semble pas disposé à un tel scénario, estiment des sources proches du Kremlin.

Le président d’Ossétie du sud Leonid Tibilov a l’intention d’organiser dans la république un référendum sur l’entrée de celle-ci dans la composition de la Russie. Il a fait cette déclaration le 19 octobre dans la capitale,Tskhinval, au cours d’une rencontre avec Vladislav Sourkov, conseiller du président russe, a annoncé le service de presse de la présidence sud-ossète. « Les réalités politiques actuelles sont telles que nous nous devons de faire notre choix historique », a indiqué Leonid Tibilov, ajoutant que la réunification avec la Russie était le rêve séculaire du peuple sud-ossète.

Un problème épineux

La Russie ne semble pas prendre au sérieux cette déclaration et n’a pas l’intention de soutenir ce référendum. « Moscou est satisfait du rythme actuel de l’intégration. Il n’est pas nécessaire de lui donner une nouvelle impulsion », a affirmé à RBTH Alexeï Tchesnakov, politologue proche du Kremlin et ancien chef adjoint du département de politique intérieure auprès du président russe.

Selon lui, la déclaration de Leonid Tibilov ne fait que constater que les priorités stratégiques de l’Ossétie du sud restent inchangées « sans pour autant donner de signal à l’organisation immédiate du référendum ».

Leonid Sloutski, président de la commission de la Douma (chambre basse du parlement russe) pour les affaires de la CEI, estime lui aussi que l’accord sur l’alliance et l’intégration signé en mars dernier est suffisant. Le document prévoit notamment la fusion des services de gardes-frontières, des ministères de l’Intérieur et des armées russes et sud-ossètes.

D’ailleurs, « la Russie s’investit largement dans l’économie sud-ossète », a-t-il fait remarquer dans une interview à RBTH. La part de la Russie dans les recettes budgétaires de l’Ossétie du sud dépasse 90%. « Nous respecterons l’expression de la volonté du peuple, mais en raison d’une situation géostratégique complexe, c’est un problème (l’adhésion à la Russie) difficile. Je préfère m’abstenir aujourd’hui d’opinion tant positive que négative à ce sujet », a-t-il ajouté.

Toutefois, « il est difficile de croire qu’un homme posé comme le président de l’Ossétie du Sud ne le sache pas et qu’il n’ait pas consulté Moscou sur le sujet », a souligné pour sa part le directeur de l’Institut des pays de la CEI, Konstantin Zatouline.

Leonid Tibilov n’est pas la seule personnalité haut placée de la république à faire de temps en temps de telles déclarations, et tout le monde comprend qu’exprimer un désir de réunification ne signifie pas matérialiser ce projet, a-t-il indiqué, en rappelant que l’idée était très populaire parmi les électeurs.

« Il est difficile de dire pourquoi Leonid Tibilov a décidé de lancer cette idée à ce moment précis, mais je vois très bien la différence entre l’Ossétie du Sud, qui cherche à s’unir à la Russie, et l’Abkhazie, qui espère édifier un Etat indépendant », a-t-il noté.

Le contexte

L’Ossétie du sud est une république partiellement reconnue (son indépendance vis-à-vis de la Géorgie est reconnue par cinq pays : Russie, Nicaragua, Nauru, Venezuela et Tuvalu). La Russie a reconnu son indépendance après « la guerre de cinq jours » contre la Géorgie en 2008. Leonid Tibilov a rappelé qu’en 1992, les habitants de l’Ossétie du sud avaient déjà voté au cours d’un plébiscite en faveur de l’intégration à la Russie (99,89% des habitants venus aux urnes avaient voté pour). En 2006, la république a organisé un autre référendum, en faveur du statut d’Etat indépendant.

 

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