A Moscou, les artistes s’attaquent au « stationnement sauvage »

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Alors que la mairie peine à gérer le problème du stationnement anarchique, des activistes s’attellent au problème avec une approche originale.

Stationnement sur pelouses, trottoirs et chaussées, embouteillages et accidents : la ville peine à gérer le nombre croissant de voitures. Selon l’agence analytique Avtotstat, Moscou comptait 3,84 millions de véhicules particuliers début 2015. Une étude de la Haute école d'économie précise que leur nombre augmente à une cadence de 8% à 10% par an.

Afin de contrôler la situation, les autorités de la ville ont lancé un projet de zones de stationnement payant. Cette mesure n’ayant pratiquement pas modifié la donne, la solution du problème est abordée aujourd’hui par les membres du mouvement Partisaning.

Do it yourself

Un policier s'est intéressé au tout-terrain d'Anton Polski. Source : facebook.com/Partizaning

Partizaning est un groupe de peintres et d’activistes qui étudient et modifient l’espace urbain. « D.I.Y. (do it yourself, ndlr) – changer la ville soi-même – est l’une des esthétiques de base de Partizaning », a raconté Anton Polski, peintre, activiste et rédacteur du site de ce mouvement. Anton a confectionné un tout-terrain en contreplaqué et, après l’avoir attelé à son vélo, est parti pour une balade à travers la ville. Occupant exprès une bande entière de la route et se garant sur le trottoir, Anton a cherché à provoquer passants et conducteurs.

« J’ai suivi ce 4x4 de bois en qualité d’escorte, a indiqué un autre membre de Partizaning, Andreï. La réaction des habitants de la ville était positive. On a voulu montrer avec une note d’humour comment une voiture et un vélo peuvent gêner tout le monde ».

Les actions automobiles « partisanes » ont commencé pour Andreï il y a dix ans, quand il s’est rendu compte du nombre de propriétaires garant leur voiture sur les pelouses. Il a alors fait imprimer un PV avertissant que les véhicules stationnant sur les pelouses seraient emmenés à la fourrière. La même idée a été exploitée par les deux jeunes hommes lors d’un flashmob contre la pollution de l’air dans la ville. Internet permet de retrouver la vidéo de cette action organisée sous le slogan : L’air que respire Moscou. L’air que tu respires. Peu importe ? Les activistes ont distribué aux conducteurs des avis de paiement indiquant le montant du préjudice porté à la ville par les véhicules.

Anton Polski (à gauche) et Andreï. Crédit : Daria Gridiaïeva

Les « partisans » ont récemment participé à l’événement mondial Park(ing) Day. Organisé le troisième vendredi de septembre, il mobilise citoyens, artistes et activistes pour transformer temporairement des places de parking payantes en espaces végétalisés et conviviaux. Or, il n’a pas été facile de tenir cette action à Moscou. Andreï a contacté l’administration des places payantes et ses appréhensions se sont confirmées : le règlement stipule clairement qu’il est interdit d’y empêcher le stationnement. Finalement, les activistes ont organisé une « tea party » directement sur le trottoir de la station de métro la plus proche de chez eux. « Nous ne nous promenons presque jamais dans le quartier. Mais si le climat était plus sympathique, les gens auraient envie de sortir. Par exemple, si les voitures ne se garaient pas sur les trottoirs », a noté Andreï.

Embûchesbureaucratiques

Anton et Andreï estiment que les Moscovites qui veulent s’opposer aux « auto-mufles » sont très nombreux : environ 80% des habitants de la capitale prennent les transports en commun et souhaitent que la situation change. Certains sont prêts à se joindre à la lutte contre l’arbitraire du stationnement, mais au moindre geste, ils se heurtent à la lourdeur administrative.

En chiffres Selon les données d’Avtostat, 34% des familles russes possèdent une voiture. Environ 13,5% ont deux véhicules et 3% en ont trois. Seulement 0,5% de familles russes sont propriétaires de quatre autos. Le tiers des Russes ne prévoit pas de renoncer à acheter une voiture en raison de la crise.

« Si l’on dénonce une voiture (garée en violation des règles, ndlr), on sera convoqué par plusieurs instances et invité à venir déposer plainte à la police. Puis l’on nous répondra que notre appareil photo n’est pas homologué et que, par conséquent, notre plainte ne peut pas être examinée, fait remarquer Andreï. Le moyen créatif que nous utilisons vise à engager un nouveau débat sur le sujet ».

Partizaning et pouvoir

Alors que les activistes changent la réalité au moyen de l’art, les autorités de la ville prennent leurs propres mesures pour résoudre les problèmes des transports à Moscou. Outre l’organisation du stationnement payant, la mairie de la capitale russe prévoit de doter chaque cour d’immeubles de barrages, ainsi que de développer un système de vélos en libre-service. Le 22 septembre, toutes les villes de Russie ont participé à la journée sans voiture.

« Moscou change en mieux, mais il faut réaliser que nos actions ont servi de catalyseur à ces transformations, souligne Anton. Nous empruntons la rhétorique aux experts mondiaux, tandis que les départements puisent des informations dans nos articles. Le peintre est plus libre d’agir que le fonctionnaire. Nous ne nous fixons pas pour objectif d’obliger le pouvoir à faire, par exemple, de jolis parcs. Notre but est de former la demande pour de tels parcs au sein de la société ».

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