Une chère rentrée scolaire en temps de crise

Le coût du « cartable de l’écolier » a augmenté en moyenne de 15% à la rentrée 2015.

Le coût du « cartable de l’écolier » a augmenté en moyenne de 15% à la rentrée 2015.

TASS/Interpress
Le ralentissement économique oblige les Russes à se serrer la ceinture. Les foyers mono-parentaux et les familles nombreuses appréhendent les grosses dépenses de la rentrée scolaire.

Victoria élève seule son fils Egor, 13 ans. Ses revenus mensuels s’élèvent à 60 000 roubles (760 euros). Cette jeune mère vient de calculer que la rentrée scolaire va dévorer à elle seule un tiers de ses revenus mensuels. « Je dois lui acheter un uniforme, et comme les produits importés sont chers, je vais en chercher un fabriqué en Russie », explique-t-elle. Or, le prix des uniformes de fabrication russe a également augmenté car une partie des matières premières est importée.

Il y a un an et demi, le pouvoir d’achat de Victoria était deux fois supérieur. Mais la dévaluation du rouble de 50% par rapport à l’euro et au dollar, ainsi que la crise économique qui l’a accompagnée, sont passées par là.

De ce fait, Victoria se dit contrainte de réduire les dépenses, notamment en nourriture. « Parfois, je refuse même le raisin à mon fils. Avant, j’achetais tout le temps des concombres et des poivrons, mais ils coûtent désormais beaucoup plus cher », confie la jeune femme, qui avoue utiliser de plus en plus sa carte de crédit.

Selon les estimations des parents, le coût de tous les produits nécessaires aux écoliers a crû de 15% environ par rapport à l’an dernier. L’agence TASS précise que c’est dans le District fédéral central que le coût de l’ensemble des fournitures scolaires est le plus élevé : il peut atteindre de 25 000 à 27 000 roubles (330-360 euros environ). Dans la région de la Volga, les prix sont plus modérés : dans l’oblast de Nijni Novgorod, le tout revient à 10 000 roubles (133 euros), mais le salaire mensuel moyen dans cette région n’est que de 27 000 roubles (360 euros).

Grande famille, grosses dépenses

Si les familles de petite taille avec un revenu moyen parviennent à réunir les fonds nécessaires pour équiper leurs enfants pour l’école, les familles nombreuses sont à la peine.

L’année dernière, les Moscovites Irina et Pavel ont eu leur troisième enfant. Pour le moment, seul l’aîné va à l’école, mais les dépenses scolaires semblent déjà prohibitives pour le ménage dont les revenus, prestations sociales comprises, s’élèvent à 40 000 roubles (532 euros).

« Selon mes estimations, préparer notre fils pour l’école nous reviendra à 15 000 roubles [200 euros, ndlr] cette année. Les prix de certaines fournitures ont presque doublé, estime Irina à une semaine de la rentrée. Pour réduire les dépenses, nous avons décidé de simplement retailler l’uniforme de l’année dernière – le gilet et le pantalon. L’école exige une veste, mais nous devrons y renoncer – les enfants ne les portent que dans les grandes occasions, et nous ne pouvons pas nous permettre de faire la dépense d’un vêtement inutile. Le cartable a déjà trois ans, mais nous attendrons les soldes pour en acheter un neuf. Mon fils est soigneux, c’est ce qui nous sauve ».

En tant que mère de famille nombreuse, Irina reçoit une aide de l’État (5 000 roubles, soit 66 euros) pour les fournitures scolaires, mais cette somme ne couvre pas toutes les dépenses.

La jeune femme avoue que sa famille a été durement frappée par la crise : « Nous sommes contraints de priver les enfants de jeux éducatifs, par exemple. Les cadeaux sont réservés aux anniversaires ».

Pour le moment, la famille n’a pas besoin de réduire les dépenses en nourriture : la datcha les aide. « En été, nous préparons les conserves pour l’hiver. Je fais moi-même les gâteaux et les biscuits, cela revient beaucoup moins cher », dit la jeune mère.

C’est tout le vaste groupe social des familles aux revenus modestes qui est menacé par la pauvreté. La vice-première ministre russe Olga Golodets a déclaré en juin que les Russes dont les revenus sont passés sous le seuil de pauvreté (9 700 roubles par mois, soit 122 euros) représentent désormais 23 millions de personnes.

Les autorités régionales prennent des mesures en faveur des plus démunis. Par exemple, les familles défavorisées de la région de Sakhaline reçoivent pour la première fois cette année une aide couvrant le coût de l’uniforme. La région de Novossibirsk verse 30 euros pour chaque enfant de famille nombreuse. Des bénévoles aident les familles pauvres.
Fin juillet, une initiative d’entraide à Smolensk a donné lieu à un appel à l’aide. « Les gens donnent moins que l’année dernière, mais l’entraide continue d’exister », explique Natalia Popova, responsable du département du service social et de la charité religieuse.

Natalia reste toutefois optimiste : « Les temps sont durs, et les cœurs se sont endurcis, mais nous en avons vu d’autres et nous nous en sortirons ».

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